Les iles Salomon : dans l'oeil du cyclone climatique ? | Tara, un voilier pour la planète

Les iles Salomon : dans l’oeil du cyclone climatique ?

16/11/17

Des coraux résistants à la chaleur de l’activité volcanique?

Ce mardi 14 novembre à 15h30 locale, Tara est arrivée à quelques kilomètres de Kimbe, capitale de la province de la Nouvelle-Bretagne …

Ce mardi 14 novembre à 15h30 locale, Tara est arrivée à quelques kilomètres de Kimbe, capitale de la province de la Nouvelle-Bretagne occidentale. Longeant la côte nord de cette île de Papouasie Nouvelle-Guinée, nous avons accompli les derniers miles sans vent et à l’aide des moteurs.

Simon Rigal, capitaine de Tara depuis Whangarei (Nouvelle-Zélande) va quitter le bord en passant le relais à Samuel Audrain.

Avec 110 kilomètres de large pour 60 de long, Kimbe Bay est considérée comme le cœur du Triangle de Corail. Pour l’équipe scientifique emmenée par Rebecca Vega Thurber (Oregon State University), trois nouveaux sites d’échantillonnage y sont prévus.

 

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Les « bateaux-île » sur le chemin © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Une succession de volcans, dont certains encore en activité. Des îles-bateaux dont la coque est de la pierre de lave au-dessus de laquelle s’épanouit une végétation luxuriante, tropicale. Pendant ces dernières heures de navigation, le paysage ne cessait de nous raconter que nous nous rapprochions de l’équateur et de l’Indonésie. Ce soir, bien à l’abri au mouillage, Tara n’est plus qu’à 5° sud de cette ligne qui sépare la planète bleue en deux hémisphères.

Nous ne sommes pas là par hasard : Kimbe Bay est un site majeur de la biodiversité et comprendrait à lui seul 60% des espèces de coraux présents dans la zone Indo-pacifique. Ce cœur du Triangle de Corail serait d’ailleurs le lieu d’origine de tous les coraux. Selon Alfred Yohang Ko’ou, notre observateur scientifique papou, bientôt débarquant, « c’est ici le berceau, le nid premier de tous les coraux du Pacifique. Les courants océaniques auraient ensuite fait le reste en disséminant ces souches-mères ».

Une première plongée de repérage et d’échantillonnage a déjà eu lieu à l’entrée de Kimbe Bay. Elle a confirmé l’extraordinaire biodiversité et santé du polype dans ces eaux très chaudes, en moyenne autour de 30°C. C’est d’ailleurs un autre point qui intéresse particulièrement les chercheurs : Pourquoi le corail ne subit-il pas de blanchissement dans des eaux aussi chaudes ? Les coraux de Kimbe Bay apporteront ils de nouveaux éléments pour comprendre plus finement pourquoi ces colonies résistent à de telles températures, liées à une activité volcanique environnante intense ?

 

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La Papouasie Nouvelle-Guinée : pays des volcans et des coraux © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Car à deux pas d’ici, au milieu d’un parc de plus d’une centaine de volcans visibles depuis le bord, nous avons eu la chance de longer, en toute sécurité, les plus destructeurs de cette zone : les monts Vulcan et Tavurvur, proches de la nouvelle Rabaul. Alors que des fumerolles s’échappent encore de la caldeira du Vulcan, avec de fortes odeurs de souffre, l’histoire nous rappelle que ces géants en partie endormis ont littéralement englouti l’ancienne Rabaul en 1994. Une Pompéi papoue toujours enfouie sous une lave aujourd’hui solidifiée.

Le corail vit donc ici dans des eaux dont les températures sont, entre autre, influencées par cet environnement, où les stress thermiques se conjuguent. Ces nouvelles plongées, dans le cadre de l’expédition Tara Pacific, s’avèrent donc passionnantes.

 

Vincent Hilaire

 

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© Vincent Hilaire - Tara Expeditions Foundation
08/11/17

Yanaba Island : l’art de la coutume en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Après avoir quitté le site d’études sur l’acidification, les Taranautes se sont enfoncés un peu plus en territoire papou, en …

Après avoir quitté le site d’études sur l’acidification, les Taranautes se sont enfoncés un peu plus en territoire papou, en naviguant une nuit vers le nord-est, jusqu’à l’atoll d’Egum. Une nouvelle coutume a eu lieu à terre sur l’ile de Yanaba, au milieu de toutes ces cases traditionnelles sur pilotis qui font face au lagon. Ces coutumes, indispensables pour pourvoir continuer nos échantillonnages, nous rappellent aussi la nécessité de prendre le temps d’écouter et se parler. Celle-ci aura quand même duré quatre heures.

Nous sommes arrivés tôt ce matin dans la petite et peu profonde passe de l’atoll d’Egum. Nicolas Bin, le second, était dans le nid de pie pour signaler les récifs, pas de cartes marines dans ce coin qui n’a pas été hydrographié encore. Nous avons pris un mouillage devant le village de l’île de Yanaba.

 

Des marins chevronnés

Une pirogue bien toilée, manœuvrée avec dextérité est venue nous aborder, c’était celle du chef coutumier Andrew, homme mûr, sec, au regard pétillant. Il nous a invité à rejoindre sa communauté à l’issue de l’office religieux du dimanche pour que nous expliquions notre venue dans l’atoll.

Une délégation de taranautes composée de Loïc, Vincent, Joern, Cristoph et bien sûr Alfred Yohang Ko’ou notre scientifique observateur papou et moi-même, a débarqué sur la plage dans le ressac en tout début d’après-midi.

 

 

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Pirogue à la voile traditionnelle © Vincent Hilaire -  Tara Expeditions Foundation

 

L’attente

Nous avons passé deux heures à attendre à l’ombre de la cabane du chef tribun que la communauté se rassemble et que les principaux se joignent à nous.

Les enfants nous observaient de leurs regards espiègles, déjà les questions fusaient et la confiance s’installait.

Une fois que le chef du conseil (différent du chef de tribu), le magistrat et le directeur de l’école étaient avec nous, nous avons pu présenter l’expédition Tara Pacific et expliquer pourquoi nous avions choisi cette île. En grand orateur, calme et posé, Alfred a su présenter au mieux le travail que nous envisagions ici.

Environ cinq cents personnes vivent en autarcie sur les deux îles habitées de l’atoll. Cent vingt enfants y sont scolarisés. Aucune liaison régulière vers les « grandes » îles proches, seulement leurs canoës avec de petites voiles et cordages faits de matériaux entièrement naturels. Ces iliens sont d’excellents marins. Pour rejoindre la capitale de la province, Alotau, il leur faut deux jours de voyage.

Le conseil a délibéré et nous a autorisé à prélever des échantillons de coraux dans leurs eaux après négociation des droits.

 

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La coutume va commencer, l’équipage est au centre de l’assemblée, abrité du soleil sous cette hutte © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

La visite du village 

Nous avons ensuite visité ce village très bien tenu en bord de plage puis l’école où nous avons offert quelques fournitures et magazines Tara Junior aux enseignants.

Les deux cabanes en ruine proches étaient le dispensaire médical et le bureau de poste fermés depuis presque dix ans…Où est l’Etat ???

Si proches et tellement isolés. Pas de courant, un panneau solaire et une batterie çà et là. Pas de radio émetteur, pas de communication satellite, pas d’internet.

Un moteur hors-bord de 30 CV offert par la province qui ne fonctionne qu’en marche arrière trône seul dans un cabanon cadenassé. Ici « rien ne se perd tout se transforme » encore : les matériaux en plastique (bouées, bidons…) amenés par la mer sont tous utilisés ou recyclés.

 

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Les enfants de Yanaba Island devant Tara © Vincent Hilaire -  Tara Expeditions Foundation

 

Une communauté isolée

Les derniers étrangers à leurs rendre visite étaient deux anthropologues australiens qui ont passé deux mois avec eux, il y a plus d’un an. Les bateaux de passage sont extrêmement rares.

Malgré tout, les habitants osent espérer qu’un jour des touristes leurs rendront visite et qu’ils pourront créer ainsi leur petit business….

Mon sentiment est mitigé : je ne peux m’empêcher de penser que ces gens vivent dans un petit paradis, mais les blessures vives et infectées que nous montrent ces jeunes en nous demandant des médicaments, me rappellent à la dure réalité.

Dès que l’autorisation fut donnée, Jon, Becky, Grace et les deux Guillaume sont partis sur l’une de nos deux annexes, en reconnaissance, pour trouver le lieu de nos futurs prélèvements.

Demain vers 5h30 nous lèverons l’ancre pour nous rapprocher de cette nouvelle zone d’échantillonnage.

 

Simon Rigal, capitaine de Tara

 

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© Vincent Hilaire / Tara Expeditions Foundation
03/11/17

Rencontres rituelles en terre Papoue

Depuis notre départ d’Alotau le 1er novembre dernier en milieu de journée, nous avons fait route pendant 80 kilomètres au nord-est, …

Depuis notre départ d’Alotau le 1er novembre dernier en milieu de journée, nous avons fait route pendant 80 kilomètres au nord-est, avant d’atteindre l’île de Normanby. Après un mouillage effectué en début de nuit, très près de la côte ouest de cette île, nous avons vécu le lendemain matin la première coutume de ce leg, avant certainement bien d’autres.

 

À 7h30 locale, alors qu’un soleil encore rasant s’était établi depuis une bonne heure au-dessus de la forêt tropicale, nous avons mis à l’eau l’une des annexes pour aller à terre, rencontrer nos hôtes. Une demi-heure avant, des pirogues conduites par des enfants et des adolescents tournaient déjà autour de Tara, avec curiosité et sans aucune animosité, bien au contraire. Nous étions toujours au pays des sourires.

Embarquée dans l’annexe, une délégation improvisée emmenée par Simon Rigal, notre capitaine et notre observateur scientifique papou, Alfred Yohang Ko’ou a débarqué sur Soba Island. Les enfants de cette communauté étaient aux anges et les adultes, plus en retrait, dans l’attente de vivre ce premier contact. Nous avons été conduits près de deux cases, l’une à même le sol et l’autre sur pilotis, toutes deux construites principalement en feuille de palmiers tressés.

 

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Le lieu de notre première coutume autour des maisons de cette communauté © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Assis à même le sol autour d’une natte en palme sortie de la case principale et déployée pour nous, devant la famille réunie au complet, au milieu des chiens, des poules et d’un cochon, la coutume a débuté.

Alfred a commencé par expliquer en langue papoue d’où nous venions et ce que nous faisions à bord de Tara, tout en montrant sur son tee-shirt bleu notre parcours depuis la France. Kanagola, le chef de la communauté, écoutait avec attention.

Puis, notre chef scientifique actuelle, Rebecca Vega Thurber, Beckie, pris la parole pour expliquer plus précisément notre intérêt scientifique pour cette baie et ce que nous aimerions y faire.

Le chef écoutait toujours, très calme, sans que son visage n’exprime aucune réaction particulière. D’un coup, il sortit de son silence pour dire : « *Ah, the bubbles ! (traduction : Ah, les bulles !)

Beckie expliquait alors qu’une mission était déjà venue en 2013 pour réaliser un travail de recherche sur ces bulles, des bulles de CO2 qui émanent des fonds marins et intéressent tant les scientifiques. Kanagola acquiesçait. Aujourd’hui, enchaîna-t-elle, « Nous venons pour faire une nouvelle campagne sur ces bulles de gaz carbonique et leurs conséquences sur l’écosystème corallien. Nous comparerons ensuite ces futurs résultats aux plus anciens. L’océan s’acidifie en ce moment et vous avez au bout de votre plage, un laboratoire exceptionnel. »

Kanagola était rassuré : « Je vous donne l’autorisation de faire ce que vous avez à faire ici. Mais si vous allez dans la baie suivante, il faudra demander à l’autre communauté son accord ».

 

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Deux générations de la communauté sur cette photo © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Simon Rigal sortait de son sac à dos quelques revues Tara Junior en anglais et les remettait à Kanagola, en expliquant avec un trait d’humour, que « ce sont des revues pour les enfants, mais en tant qu’adulte j’y ai appris plein de choses ». Kanagola remerciait Simon d’un sourire.

La coutume touchait à sa fin. Privilège nous fut donné de pouvoir prendre quelques photos dans ce cadre de vie traditionnel, sans électricité, ni eau.

 

Vincent Hilaire

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31/10/17

Premiers instants en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Tara et son équipage sont arrivés à Alotau – Papouasie – Nouvelle Guinée, chef-lieu de l’une des 20 provinces de …

Tara et son équipage sont arrivés à Alotau – Papouasie – Nouvelle Guinée, chef-lieu de l’une des 20 provinces de l’île. Bien protégée dans une anse située sur la côte nord de la profonde Milne Bay, Alotau compte un peu plus de 15.000 habitants alors que, pour l’ensemble du pays, on dénombre presque six millions et demi de papouasiens, aussi appelés Papouans-Néo-Guinéens. Nous repartirons d’Alotau le 1er novembre avec pour objectifs trois premiers sites de prélèvements, dont un consacré exclusivement à l’étude de l’acidification de l’eau et ses conséquences sur le corail : ici les émanations de CO2 naturel, venant des fonds marins, modifient la chimie de l’Océan et offriront un laboratoire naturel pour les scientifiques qui se préoccupent de l’impact du CO2 atmosphérique sur la biodiversité marine.

« Je suis agréablement surpris par les Iles Salomon », me confiait Simon Rigal, notre capitaine au moment de quitter Gizo et cet archipel. Un peu plus de deux jours de navigation et 750 kilomètres nous attendaient pour rallier Alotau, sans vents, à l’aide des moteurs.

Comme Simon, alors que Gizo s’éloignait peu à peu, je quittais cette petite bourgade agricole, paisible, avec un pincement au cœur.

Les quelques minutes passées le matin à arpenter la rue principale et le marché, toutes ces couleurs au milieu de tant de sourires, les barques échouées à même le sable devant les échoppes, tout cela me manquait déjà.

 

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 Dans l’allée centrale du marché de Gizo, Iles Salomon © Vincent Hilaire – Tara Expeditions Foundation

 

Alors que nous longions les dernières iles de l’archipel des Salomon, dame nature nous concoctait un de ces instants magiques dont elle seule a le secret, le pouvoir. D’abord, un banc de cinq dauphins venait jouer devant l’étrave de Tara, devant mes objectifs.

Ensuite, au travers d’un magnifique nuage cumuliforme, le soleil nous préparait un coucher d’anthologie, un tomber de rideau digne d’un des plus grands actes du spectacle vivant. Comme j’avais déjà pu l’observer en quittant Nouméa, au moment de commencer à traverser la ligne de l’horizon, l’astre se transformait un peu en montgolfière, de feu.

La navigation entre les Salomon et la Papouasie, quelquefois sur une mer d’huile et par une chaleur écrasante, fut rythmée par les quarts et les mises à l’eau d’instruments océanographiques, une somme de routines habituelles.

 

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Tara over the rainbow, entre les Salomon et la Papouasie, Simon Rigal (capitaine) et Nicolas Bin (second capitaine) © Vincent Hilaire – Tara Expeditions Foundation

 

Cette nuit, alors que j’étais de quart avec le chef-mécanicien, Loïc Caudan, nous nous régalions pendant ces derniers milles, d’un ciel extraordinairement étoilé, constellé de milliers et de milliers d’étoiles pour celles que nos yeux étaient en capacité de voir.

Au petit matin, à l’entrée de Milne Bay, qui fut en 1942 le théâtre de la première défaite japonaise dans le Pacifique, nous découvrions une nouveau pays montagneux et vert.

Le soleil faisait une entrée plus timide, avant de s’établir finalement généreusement.

Nicolas Bin, second capitaine, à son tour de quart, prenait son café en terrasse, sur le pont. Imitant notre Bebel national, faisant référence à ces expériences patagonnes, il me déclarait l’œil malicieux : « Milne Bay, c’est un Beagle tropical en quelque sorte ! » (rires)

Sur le quai où Tara était désormais amarrée, un comité d’accueil improvisé venait observer cette curieuse goélette, avec tous ces tee-shirt bleus s’agitant sur le pont :

- « Tara, Tara, it’s the name of the boat ? Where do you come from ? »
- « France ! »
- « Where is it ? »
- « … »

Aux antipodes de la Papouasie – Nouvelle Guinée, ou presque…

 

 

                                   Vincent Hilaire

 

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24/10/17

Iles Salomon : dans l’oeil du cyclone climatique ?

Depuis Honiara capitale des Iles Salomon et probablement jusqu’à Kimbe Bay (Papouasie-Nouvelle-Guinée), nous accueillons à bord de Tara un observateur …

Depuis Honiara capitale des Iles Salomon et probablement jusqu’à Kimbe Bay (Papouasie-Nouvelle-Guinée), nous accueillons à bord de Tara un observateur salomonais : Joe Frazer Piduru.

Cet homme souriant de 43 ans né dans la province de Choiseul, l’une des grandes iles de l’archipel, est un marin professionnel. Titulaire du brevet de capitaine Classe 4 obtenu à l’école de marine marchande d’Honiara, Joe travaille pour la SIMSA (Salomon Islands Maritime Safety Administration), l’équivalent des Affaires Maritimes en France.

 

Tara est au mouillage à quelques centaines de mètres d’une forêt de palmiers qui donne presque sur la plage. De leurs cimes s’échappent, par endroits, des volutes de fumée. Une tribu vit là. Plus loin, sur l’eau, des hommes en pirogue pêchent.

Alors que la nouvelle équipe scientifique prépare sa première plongée ici à 40 miles nautiques* au nord-ouest d’Honiara, à travers ses lunettes de soleil noire rectangulaires, un nouveau venu regarde discrètement cette scène : le chargement du tender 16R, l’annexe pneumatique, l’un des rituels de l’expédition Tara Pacific orchestré par les marins à l’aide de la grue.

Ce leg Salomon-Papouasie ne fait que commencer, l’occasion de faire un peu plus ample connaissance avec Joe et lui poser quelques questions.

 

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Joe Frazer Piduru prend son premier quart  © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Plusieurs centaines d’iles composent l’archipel des Salomon, de laquelle venez vous ?

« Je suis né dans la province de Choiseul, comme mes parents. Notre tribu dispose d’une île le long de la côte de Choiseul, c’est notre territoire coutumier. Cette ile s’appelle Zenoa Island. Nous avons réussi à la faire classer en aire marine protégée depuis 2010 et nous attendons maintenant de bénéficier d’un programme de conservation. »

 

Pourquoi avoir fait ces démarches pour protéger votre île ?

« Nous voulons protéger Zenoa et toutes les espèces qui y vivent, mais aussi les récifs. Nous faisons cela pour le futur, pour qu’il y ait un futur. Depuis quelques années, nous observons la disparition de nombreuses espèces de poissons. Nous ne savons pas pourquoi. C’est peut-être le changement climatique ou la surpêche ou la surexploitation de nos ressources forestières, les trois conjugués ?

 

La surpêche, le changement climatique on en découvre un peu plus les conséquences chaque jour dans le monde. Mais la surexploitation forestière en quoi impacte-t-elle la mer, les récifs par exemple ?

La première des perturbations vient de la hausse très importante du trafic maritime.  De nombreux cargos en provenance de la Malaisie viennent charger le bois ici, très souvent près de la côte sans structure portuaire particulière. Ils veulent éviter aussi de payer les taxes portuaires alors ils sont au mouillage et détruisent les fonds avec leurs ancres. Ensuite, l’exploitation forestière génère des quantités très importantes de boues. Ces boues dévalent ensuite les pentes, emportées par les rivières, avant de se jeter dans la mer. Cela entraine une pollution massive et détruit l’écosystème. Ces boues sont chargées en huile, en hydrocarbures de toutes sortes. L’exploitation de l’or entraine d’autres nuisances avec les mines et le déversement dans nos eaux côtières de produits chimiques lourds.

Le problème c’est que toutes les iles de notre archipel ont ce type d’exploitation. Cela fait 40 ans que l’on coupe du bois ici, que l’on coupe ces arbres qui absorbent le C02 et relâchent de l’oxygène, qu’on pollue la mer ».

 

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Carcasses de bateaux victimes du cyclone PAM en 2015, près du port d’Honaria © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Que font les autorités face à cette situation ?

« Nous voulons arrêter cette horreur. Le problème du logging **, c’est la corruption. Dans les ministères ici, tout le monde est prêt à signer un papier d’autorisation d’exploitation contre des pots-de-vin. Le gouvernement a seulement réussi à classer moins de 10 essences de bois en 40 ans. Si on ne protège pas plus nos forêts nous allons la détruire mais aussi nos lagons, nos récifs et toute leur biodiversité. Je suis sûr en plus que cette déforestation a des conséquences sur notre climat ici. »

 

Quelles évolutions notez-vous ces dernières années pour votre climat ? Rappelons qu’il y a eu le cyclone PAM en 2015.

« De nos anciens nous avons hérité une connaissance de nos climats locaux, mais maintenant ça ne marche plus. Aujourd’hui il fait un grand soleil et demain il peut y avoir un cyclone. Nous sommes affectés par des changements climatiques, notre climat n’est plus stable comme avant.

Pour le cyclone PAM, il a surtout touché les Vanuatu et la partie Est de l’archipel, la province de Temotu. Ici, nous l’avons moins subi.

Mais maintenant, deux ans plus tard, avec l’envoi massif des navires d’approvisionnement après le drame, heureusement tout est rentré dans l’ordre. La seule chose qui s’est améliorée après le drame, c’est que maintenant nous avons des téléphones portables pour prévenir les populations. Nous avons des stations météorologiques dans les 9 provinces, mais elles ne marchent pas toutes.

 

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Joe Frazer Piduru, observateur de la SIMSA, l’équivalent des affaires maritimes aux Salomon © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions 

 

Une autre manifestation des conséquences du changement climatique, c’est que nous commençons à voir des îles disparaître. La première a disparu en 1999, dans l’archipel des Russel Islands, à cause de la montée des eaux et de ces violentes tempêtes tropicales.

Notre situation est très mauvaise, nous sommes piégés. Quand j’étais petit, je regardais sous l’eau, tout était ok. Je nageais au milieu des poissons, je jouais dans des eaux cristallines. Mais personne ne nous appris à protéger nos forêts, nos poissons, nos coraux. Il faut que ça change, que nous changions ».

 

Vincent Hilaire

 

 

* 70 kilomètres

** Exploitation forestière

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22/10/17

Dans le sillage de Bougainville et de la Boudeuse

Bougainville. Ce nom d’explorateur résonne dans nos têtes à mesure que Tara avale les milles nautiques. Pendant toute l’expédition, en …

Bougainville. Ce nom d’explorateur résonne dans nos têtes à mesure que Tara avale les milles nautiques. Pendant toute l’expédition, en dehors du Détroit de Magellan, nous marchons sur les traces de la Boudeuse et de l’Étoile, grâce aux découvertes et aux cartes dressées au terme de cette aventure incroyable. Il y a plus de deux siècles, bien avant le GPS !

 

C’est en 1768, lors de son grand voyage d’exploration de l’Océan Pacifique, que l’explorateur français Louis-Antoine de Bougainville, découvrit le plus grand récif du monde. Quand on dit que les plus grandes découvertes se font quelquefois par hasard, ce récit d’aventure en est une illustration parfaite.

 

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Louis-Antoine de Bougainville

 

En décembre 1766, Bougainville appareille de Brest à bord de La Boudeuse. Accompagné par des naturalistes, un ingénieur cartographe et un astronome, notre capitaine de vaisseau doit compléter les connaissances de la France et accroitre sa présence dans cette partie du monde.

À partir de Rio de Janeiro, il reçoit le soutien d’un autre bateau français, l’Étoile. Également sous son commandement, elle fait office de navire de charge. Après un passage du Détroit de Magellan laborieux, vents et courant de Humboldt repoussant les navires vers le nord, Bougainville entre enfin dans le Pacifique.

Il lui faudra alors, ainsi qu’à ses quatre-cents hommes déjà diminués par le scorbut, plus d’une année de navigation avant d’apercevoir les premières îles, l’immense archipel des Tuamotu, en février 1768. Il le baptise « archipel dangereux » à cause des nombreux atolls coralliens qui rendent la progression des deux navires très périlleuse.

 

L’expédition atteint Tahiti le 6 avril 1768. Mais malheureusement pour Bougainville, Tahiti avait été découverte l’année précédente par l’anglais Wallis.

 

8833466-13983590La Boudeuse et l’Etoile au mouillage à Tahiti

 

Au moment où la Boudeuse et l’Étoile y jettent l’ancre, un charmant problème se pose à lui. « En dépit de toutes nos précautions », écrit-il, « une jeune fille laissa tomber négligemment un pagne qui la couvrait et parut aux yeux de tous telle que Vénus se fit voir au berger phrygien. Elle en avait la forme céleste. Matelots et soldats s’empressaient pour parvenir à l’écoutille et jamais cabestan ne fut viré avec une pareille activité. Nos soins réussirent cependant à contenir ces hommes ensorcelés ». Mais Bougainville se demande pour la suite « comment retenir au travail au milieu d’un spectacle pareil 400 Français, de jeunes marins qui depuis six mois n’avaient point vu de femmes ».

Après un séjour exquis, au milieu des « bons sauvages » selon son expression désormais consacrée, Louis-Antoine de Bougainville reprend la mer, cap à l’ouest, et découvre les Nouvelles-Hébrides (aujourd’hui devenu le Vanuatu).

De là, il poursuit, toujours cap à l’ouest, pour tenter de trouver la Terra Australis qui, sur sa carte, s’avançait en direction du nord-est vers la Nouvelle-Guinée. Les vivres viennent encore à manquer et Bougainville observe : « La viande gâtée était en plus grande quantité, mais elle s’infectait. Nous lui préférions les rats qu’on pouvait prendre ». Il n’en continue pas moins sa route.

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Au printemps 1768, les deux navires atteignent l’est de l’Australie que les récifs empêchent d’aborder. Bougainville vient de découvrir la Grande Barrière de corail : « Les vigies aperçurent du haut des mâts de nouveaux brisants », écrit-il… « … On n’en apercevait pas la fin… ». Après mûre réflexion, Bougainville met cap au nord et décide de ne pas chercher de passe au milieu de tous ces écueils.

Le premier européen à avoir exploré la grande barrière fut le capitaine britannique James Cook. Il découvrit le récif en s’y échouant le 11 juin 1770.

Bougainville visite ensuite l’ouest des îles Salomon et découvre une nouvelle île, le 30 juin 1768, sur la route pour la Papouasie. Cette île porte aujourd’hui encore son nom.

 

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Dans des contrastes de bleus, les eaux de rivière et de mer se mélangent avant Honiara, aux îles Salomon – Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

La partie la plus pénible du voyage fut le retour le long des côtes de Nouvelle-Guinée. Une navigation encore marquée par la faim et le scorbut. L’expédition rejoint ensuite les Moluques et des routes maritimes plus fréquentées, avant de passer le cap de Bonne-Espérance.

À son retour en France, Antoine de Bougainville reprit sa carrière militaire, participa à la guerre d’indépendance américaine puis fut nommé chef d’escadre en 1779. En plein siècle des lumières, le compte-rendu de ce voyage publié en 1771 alimenta les controverses philosophiques et inspira notamment Diderot.

Reconnu et entouré d’honneurs, soutenu par Napoléon, il consacra la fin de sa vie à des études et projets de recherche scientifique.

Il décède à 82 ans, en 1811, et repose depuis au Panthéon, à Paris.

Vincent Hilaire

 

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19/10/17

Honiara, Royaume des Îles Salomon

Ce mercredi 18 octobre à 14h heure locale, Tara est arrivée à Honiara. Quatre jours d’une navigation sereine, au portant, …

Ce mercredi 18 octobre à 14h heure locale, Tara est arrivée à Honiara. Quatre jours d’une navigation sereine, au portant, auront suffi pour rallier cet archipel dont la capitale est Honiara. Tara restera à quai ici deux jours, avant de repartir pour explorer trois sites sur les récifs environnants. Une nouvelle équipe scientifique emmenée par la biologiste Rebecca Vega Thurber (Oregon State University, États-Unis) embarquera demain à bord pour accomplir cette tâche, jusqu’en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

 

Des parfums de résineux, de terre humide, de fleurs fraiches comme du mimosa, un cocktail encore inconnu. Nous étions de quart de nuit avec Julie Lhérault, second capitaine, à humer sur le pont de Tara ces premiers signaux envoyés par les îles Salomon.

Le ciel était dégagé par endroit, laissant apparaître de belles constellations d’étoiles, parmi lesquelles Orion. La température de l’eau était encore de 28 °C. Impossible de fermer l’œil dans les cabines sans mettre en route les petits ventilateurs.

 

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Entre ciel et mer, Tara arrive à Honiara © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions
Dans les premières lueurs de l’aube, le sud de l’ile Guadalcanal, la principale de l’archipel, laissait découvrir une épaisse couverture forestière. Nous savions désormais d’où venaient ces parfums nocturnes. Dominant cet épais tapis vert courrait une chaine de montagnes d’origine volcanique dont certains sommets étaient entourés de petits nuages.

Pendant toute la matinée, nous avons longé une bonne partie des 160 kilomètres de cette côte, offrant toujours, peu ou prou, les mêmes paysages. À la surface de ces eaux bleues teintées de turquoise probablement par des eaux de ruissellement, de petits dauphins chassaient des bancs de thons, survolés par des oiseaux marins. Honiara se dessinait peu à peu dans un léger renfoncement.

Rapidement, sous nos yeux, la côte changeait de physionomie : des cargos étaient au mouillage en attente de chargements de bois avec des chalands remplis de grumes à couple. À terre, sur la rive, des scieries se succédaient les unes aux autres, préparant tous ces fruits d’une exploitation forestière visiblement intense.

 

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Bidonvilles près du centre ville d’Honiara © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions 

 

Au détour d’une dernière pointe, Honiara, 84.520 habitants, se dévoilait au fond d’une baie peu abritée de l’alizé de sud-est.

Le véritable choc auquel nous nous étions un peu préparés eut lieu au moment de l’accostage. Sur les quais parallèles au nôtre, des ferry-boats rouillés remplis de Salomonais vivants sur d’autres îles de l’archipel, se préparaient au départ. Un autre quai plus loin des enfants chargeaient, à dos d’homme, l’avitaillement d’un autre ferry, plus petit. Et juste à l’extérieur des quais du port de commerce, des centaines de personnes en train de marcher, d’errer, chichement vêtues au milieu de quelques pick-up.

En quittant la Nouvelle-Calédonie et en arrivant ici, nous avons bien changé de planète. Les îles Salomon sont le pays le plus pauvre de la région Pacifique, les quais d’Honiara racontent bien ce dénuement …

                                                                                                         Vincent Hilaire

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18/10/17

En route vers le Royaume des Îles Salomon

Tara a repris la mer pour rejoindre les îles Salomon. Pour la première fois depuis Whangarei (Nouvelle-Zélande), nous naviguons plusieurs …

Tara a repris la mer pour rejoindre les îles Salomon. Pour la première fois depuis Whangarei (Nouvelle-Zélande), nous naviguons plusieurs jours d’affilée sous voiles au portant. L’alizé de sud-est bien établi autour de 20 nœuds, nous permet de filer droit sur notre objectif, 738 miles nautiques* plus au nord, tout en faisant comme à chaque fois des prélèvements d’eau de surface.

L’équipage savoure cette montée en douceur vers cet archipel découpé en neuf provinces. Honiara, la capitale, notre point de chute, se situe sur l’île de Guadalcanal.

À Poum, dès le départ pour cette nouvelle navigation, les huit Taranautes présents à bord ont ressenti un grand vide. Avec la fin de la mission sur les récifs d’Entrecasteaux, le débarquement de l’équipe scientifique laissait Tara brutalement dépeuplée. Nous étions encore quinze à bord quelques heures plus tôt.

 

 

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Un dernier regard vers Poum avant le départ de Tara en direction des îles Salomon © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions 

 

Mais une fois les voiles hissées, ce sentiment s’est tout de suite atténué un peu. Tara prenait une belle allure, sous un beau soleil, glissant dans le sens des vagues sur l’eau verte. Seuls les sons du vent et de l’eau sous la coque s’invitaient au milieu de nos conversations.

Après une première nuit, portés par ce rythme paisible, la journée commençait par un grand sentiment de liberté. Nous étions seulement huit à bord, au milieu de cette Mer de Corail, avec autour de nous 360° d’eau bleue, zébrée de moutons blancs.

Mais comme sur Tara on a horreur du vide et de l’inaction, la science repartait de plus belle. Guillaume Bourdin, notre ingénieur-océanographe du laboratoire LOV** lançait avec appétit une première station, en mettant à l’eau le dauphin et le HSN – High Speed Net, ce filet à plancton spécialement conçu pour Tara Pacific afin de prélever à grande vitesse :  Lors de la navigation entre Whangarei et Sydney, vues les conditions, nous avions réussi à faire uniquement deux stations en une semaine. Avec la mer et le vent de face, par 25 nœuds***, il était presque impossible d’échantillonner sans que les filets ne s’endommagent. D’ici les Salomon, avec d’aussi bonnes conditions, je voudrais réaliser 6 stations au total avec une trentaine de manips par stations. Echantillonnages génomiques, taxonomie, imagerie, bio-géochimie, optique, aérosols, Guillaume alias Guigui s’est transformé en cabri et, avec l’aide des marins, fait feu de tout bois pour profiter de cette opportunité météorologique sur le pont de Tara.

 

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Le dauphin en nage dans les eaux bleues du Pacifique. Il permet de collecter les bactéries et virus jusqu’à une taille de 2mm © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Avec une moyenne à 7 nœuds, malgré cette activité scientifique, pour Simon Rigal, notre capitaine, notre atterrissage à Honiara est prévue mercredi 18 octobre dans la journée : On va être obligé aussi de prendre la veille de notre arrivée un traitement préventif contre le paludisme, car il y a une souche mortelle dans ces îles. On ne veut prendre aucun risque pour l’équipage.
La malaria est effectivement l’un des problèmes majeurs auxquelles sont confrontées ces îles avec la pauvreté, la corruption, l’instabilité politique et la surexploitation forestière. Le Royaume des Iles Salomon dont Elizabeth II est la reine, est le pays le plus pauvre de toute l’Océanie. Cette monarchie constitutionnelle, construite sur le même modèle que celle de Westminster, vie surtout grâce aux subsides de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, les deux superpuissances locales.

Devenu indépendant depuis 1975, l’archipel est donc fragile et cherche encore à asseoir une unité nationale qui ne ne tient que grâce au maintien d’une force d’interposition (RAMSI) pilotée par les Australiens et les kiwis, depuis les émeutes et la guerre civile qui ont éclaté au début des années 2000. Une situation à laquelle s’ajoute des catastrophes naturelles qui, régulièrement, affaiblissent cette zone : un cyclone en 1986 et deux tremblements de terre en 2007 et 2013.

 

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Julie L’Hérault, second capitaine, range les bouts sur le pont après l’envoi des voiles © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Lorsque Tara appontera à Honiara, il est clair que nous changerons de planète, déjà par les températures : 31°C avec des pluies et des orages. Nous quitterons aussi celle d’une Mélanésie du sud relativement riche, plus stable mais aussi plus développée. Avec les conséquences que cela veut signifie à chaque fois pour l’environnement et le corail aussi.
Dès le 20 octobre, avec la nouvelle équipe scientifique, c’est ce que les nouvelles plongées confirmeront ou infirmeront.

 

Vincent Hilaire

*1400 kilomètres
**Laboratoire océanographique de Villefranche-sur-Mer
*** 50 kilomètres/heure

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14/10/17

Poum, dernier mouillage en Nouvelle-Calédonie

Après presque une journée de navigation à la voile, depuis les récifs d’Entrecasteaux, Tara est arrivée hier en fin de …

Après presque une journée de navigation à la voile, depuis les récifs d’Entrecasteaux, Tara est arrivée hier en fin de matinée à Poum, au nord de la Grande Terre en Province Nord.

Cette escale sera de courte durée puisque nous repartons demain pour rallier les îles Salomon. Ce leg de deux semaines avec l’IRD et l’UNC s’achève. Il marque pour nous aussi la fin de mission de Tara Pacific en Nouvelle-Calédonie.

 

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Dernier coucher de soleil sur l’île de la Surprise (Entrecasteaux) : l’équipage va bientôt se mettre en route vers Poum – © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Le vent s’était établi dans le secteur sud-est autour de vingt nœuds. Au moment de quitter l’île de la Surprise, notre capitaine Simon Rigal et son équipage n’ont pas hésité une seconde à hisser les voiles. La route de Tara offrait un angle intéressant par rapport au vent, presque au travers bâbord amure. De quoi engloutir efficacement les 140 miles nautiques * nous séparant de Poum, situé encore au nord de Koumac (Nouvelle-Calédonie).

Dans la tradition de partage et d’entraide qui règne à bord, la voile de misaine a été hissée à la main par les marins aidés par les scientifiques. Il restait ensuite à dérouler le foc yankee. Ce qu’au terme d’une belle débauche d’énergie, les deux binômes se faisant face sur le pont central de Tara ont réalisé à grand tour de moulinets, arc-boutés sur les manivelles des deux colonnes de winchs.

 

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Quatre marins s’activent au winch pour dérouler le foc yankee, une des voiles de la goélette © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Tara était alors lancée à huit nœuds dans une mer « pas encore bien rangée » selon Simon qui savourait le décollage de la baleine Tara.

Mais, dans la nuit, l’alizé mollissait. Le foc fut enroulé puis l’un après l’autre les deux moteurs, Brigitte et Thérèse (Brigitte pour babord et Thérèse pour tribord), reprenaient du service. En dehors du plaisir et de la liberté qu’on ressent sous voiles, bien des litres de gasoil avaient été économisés au passage.

Aux premières heures du jour, après le franchissement de la passe d’Estrées, nous retrouvions le calme du lagon avec encore un peu de vent. La côte ouest du lagon néo-calédonien sous cette latitude révélait de nouveaux paysages, avec une végétation toujours assez sèche. Au niveau des îles Belep, entre le bleu de l’eau, le rouge de la terre et le vert des pins colonnaires, la Nouvelle-Calédonie nous dévoilait encore un peu plus de ses charmes.

 

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Tara au mouillage devant Poum pour une escale de 24 heures maximum © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 
En fin de matinée Poum était en vue. Vous verrez, c’est un peu le far-west ici, il n’y a pas grand-chose, commentait Gregory Lasne, le jovial et sympathique biologiste de l’IRD. Le déjeuner confectionné par Do, notre chère cuisinière, avalé, je profitais d’un lift à terre pour vérifier de mes propres yeux cette présentation.

Poum est un petit village de peut-être à peine une centaine d’habitants qui fait face au lagon. La commune, forte d’environ 1500 habitants, fait partie de l’aire coutumière Hoot ma Waap. Il y a donc une mairie, une école, un poste de gendarmerie, une poste et une station-service.

 

 

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Panneau de bienvenu à l’entrée de Poum © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Effectivement, d’une certaine manière ça ressemble un peu au far-west, en tout cas à l’idée que je m’en fais. Mais ce qui m’a surtout frappé c’est la quiétude et la paix qui règnent ici. Les habitants, principalement des kanaks vous saluent avec le sourire et continuent leur chemin paisible. Des enfants se baignent le long du trait de côte en descendant directement de chez eux. Un peu plus loin, sur une petite barque, deux femmes pêchent tranquillement à la dandine.

Au fil de mes pas sur la route centrale, je repense à Puerto Eden, un autre petit village de Patagonie que nous avions connu pendant Tara Oceans. Là-bas, il n’y avait pas d’électricité et l’eau ne venait que de là-haut. Comme ici, les habitants semblaient tous pourtant si heureux.

Merci Poum d’ouvrir ainsi la boîte à bons souvenirs !

 

 

                                                                                                                     Vincent Hilaire

 

 

*250 kilomètres

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06/10/17

Tara au mouillage à l’île Huon

Avec les récifs Guilbert et du Mérite, Huon est l’un des quatre atolls qui composent la réserve naturelle d’Entrecasteaux. Ce …

Avec les récifs Guilbert et du Mérite, Huon est l’un des quatre atolls qui composent la réserve naturelle d’Entrecasteaux. Ce paradis de la biodiversité, classé au patrimoine mondial par l’UNESCO en juillet 2008, est un sanctuaire pour les oiseaux, les tortues vertes, 2300 espèces de poissons et plus de 350 coraux différents.

Nous y sommes en mission jusqu’au 13 octobre prochain avec des scientifiques du centre IRD (Institut de Recherche et Développement) de Nouméa et l’Université de Nouvelle-Calédonie (UNC). Le guano des milliers d’oiseaux présents sur ces îlots est au centre de leurs investigations.

 

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Un crabe côtier sur l’île Huon, dans les récifs d’Entrecasteaux - © Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions 

Les récifs d’Entrecasteaux sont affleurants et se situent au nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie à environ 180 kilomètres de la Grande Terre. Inhabités, ils constituent la limite nord de l’archipel néocalédonien. Ils furent découverts le 1er juillet 1792 par Antoine Bruny d’Entrecasteaux lancé avec deux frégates armées sur ordre de Louis XVI, à la recherche de l’expédition conduite par La Pérouse.

L’expédition ne permit pas de retrouver les traces de La Pérouse et se terminera de façon chaotique à Surabaya. Les navires passent à proximité de Vanikoro où vivaient encore certainement des rescapés du naufrage de la Boussole et de l’Astrolabe mais d’Entrecasteaux, atteint de scorbut, succombe en mer au large de Java le 20 juillet 1793.

Ce voyage fut cependant un succès indéniable puisqu’il offre à la France la découverte de nombreuses terres alors inconnues, dont ces récifs.

 

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La journée se termine pour l’équipage de Tara, qui profite d’un magnifique coucher de soleil sur le Pacifique – Vincent Hilaire / Fondation Tara Expéditions

 

Pour l’anecdote, le nom de l’Atoll de la Surprise vient du fait qu’Entrecasteaux aurait été surpris de trouver à cet endroit une nouvelle terre émergée aussi près de la Grande Terre, alors qu’il croyait avoir contourné la Nouvelle-Calédonie.

Les trois autres noms donnés par D’Entrecasteaux à ces récifs proviennent des patronymes de membres de son expédition : le second de D’Entrecasteaux, commandant de L’Espérance, le capitaine de vaisseau Jean-Michel Huon de Kermadec ; le lieutenant de vaisseau Malo de la Motte du Portail ; l’enseigne de vaisseau du Mérite. Le récif Guilbert doit son toponyme à l’enseigne de vaisseau et hydrographe de l’expédition de Jules Dumont d’Urville en 1827. On ne sait pas trop pour les autres.

La zone est régulièrement visitée par les baleiniers au début du XIXe siècle. Mais la véritable occupation pérenne par l’homme n’a lieu que sur les trois îlots de l’atoll de la Surprise entre 1883 et 1928 pour l’exploitation du guano.

 

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Des noddis bruns en vol sur l’île Huon © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Aujourd’hui, cette exploitation a cessé, mais ce sont les scientifiques qui s’y intéressent. Depuis des années, particulièrement après le blanchissement de février 2016 qui a considérablement impacté la Grande Terre et les récifs d’Entrecasteaux, ils essaient de comprendre pourquoi ces atolls sont touchés différemment.

Un chiffre : lors de ce dernier épisode de blanchissement, 90 % des récifs du lagon d’Entrecasteaux ont été impactés entre la surface et 5 mètres. A l’extérieur de ce lagon environ la moitié a été affectée.

C’est alors que l’hypothèse d’une influence jouée par le guano a fait surface. Grâce à cette mission avec Tara et son équipage sur ces récifs, les équipes de l’IRD et de l’UNC espèrent définitivement percer les secrets de la résilience des coraux d’Entrecasteaux.

Depuis mardi, les équipes travaillent ensemble pour prélever des coraux, chasser les poissons de récifs et recueillir la précieuse fiente à terre pour essayer de confirmer maintenant ce rôle clé joué par le guano, sous l’eau, sur les communautés coralliennes.

Le résultat de ces recherches auxquelles auront collaborées Tara et ses équipes feront certainement date.

Vincent Hilaire

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