Air Terre Mer : les aérosols et l'océan | Tara, un voilier pour la planète

Air Terre Mer : les aérosols et l’océan

© Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

La science à bord de Tara se déploie à 360°. Pour étudier les relations entre l’océan et l’atmosphère, un dispositif d’analyse des particules présentes dans l’air sur les zones océaniques a été installé à bord de la goélette. Une interdisciplinarité nécessaire, selon Michel Flores de l’institut Weizmann en Israël et scientifique à bord de Tara, pour comprendre les échanges air-eau, afin de mieux cerner les lois de la nature à l’échelle globale.

 

Michel Flores (scientifique en charge des prélèvements d’aérosols) change les filtres du système de collecte d'aérosols.
Michel Flores (scientifique en charge des prélèvements d’aérosols) change les filtres du système de collecte d’aérosols. © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Fixé à 12 mètres de haut sur les haubans tendus, deux entonnoirs reliés à une pompe permettent de collecter en continu, les particules présentes dans l’atmosphère, aussi appelées aérosols. Ces particules, liquides ou solides, peuvent venir de phénomènes naturels (volcan, tempête de sable, pollinisation, vagues, etc) ou anthropiques (combustion d’hydrocarbures, industries chimiques, etc). Différents instruments situés en cale arrière, permettent de les quantifier en fonction de leur taille (du nanomètre au micromètre) et de les collecter sur des filtres en vue d’analyses chimiques, morphologiques et génomiques, effectuées ultérieurement.

Michel Flores a commencé à s’intéresser aux aérosols, quelques années auparavant, pour leurs propriétés optiques. En effet, en fonction de leur couleur, ils n’absorbent pas la lumière du soleil de la même manière. Les particules de suie (noires), provenant de la combustion d’hydrocarbures, absorbent toute la lumière ce qui crée une élévation de la température atmosphérique. A l’inverse, les cristaux de sels (blancs), réfléchissent toute la lumière provoquant un refroidissement. D’autres études ont montré que leur présence est indispensable au cycle de l’eau : sans aérosols, l’eau ne pourrait pas se condenser sous forme de nuages. Ainsi, ces particules se retrouvent impliquées dans l’équilibre climatique.

Lors de récents travaux, le scientifique a mis en évidence la présence de virus dans ces aérosols expliquant l’arrêt soudain du phénomène de prolifération massive du phytoplancton, appelé « bloom planctonique », dont l’ampleur est telle qu’elle est visible par satellite. Contrairement aux idées reçues, ces virus planctoniques peuvent survivre dans l’atmosphère et se propager plus rapidement grâce aux vents. D’ailleurs, il a été démontré que les aérosols se déplacent sur de très longues distances : par exemple la pollution de Mexico peut atteindre les états Unis, les poussières minérales du Sahara enrichissent les sols de l’Amazonie…

 

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Bloom planctonique © NASA

 

L’expédition Tara Pacific, sera l’occasion de cartographier la diversité des particules et de mettre en évidence l’influence des îles sur la distribution et la variété des échantillons aérosols. Michel Flores espère pouvoir démontrer une corrélation entre les écosystèmes des récifs coralliens et les aérosols collectés dans ces régions. Ainsi, l’interdisciplinarité du projet scientifique Tara Pacific permettra d’avoir une image globale, car comme il l’explique : « Nous découpons la Nature en différentes disciplines à cause des limites que nous éprouvons à la comprendre, mais en réalité il n’y a pas de barrières, tout est lié ».

Maéva BARDY, correspondante de bord

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