Au cœur du laboratoire sec | Tara, un voilier pour la planète

Au cœur du laboratoire sec

© Y.Chavance/Tara Expéditions

Si les prélèvements de plastique se font depuis le pont arrière de Tara, la science à bord se joue aussi au cœur même du bateau, dans le petit laboratoire sec. Quelques mètres carrés exigus où se concentrent des instruments aux acronymes barbares : TSG, ACs et autres BB3. Bienvenue dans le temple de la science en continu.

Pour le néophyte, le laboratoire sec se résume à une flopée d’écrans projetant 24 heures sur 24 courbes tremblotantes et lignes de calcul pour le moins austères. Pour l’équipe scientifique à bord de l’expédition Tara Méditerranée, c’est un passage obligé durant une station de prélèvement, lieu de stockage du matériel – pinces, pipettes, et flacons en tous genres – et de préparation de certains échantillons. Entre une machine vrombissante et un énième écran d’ordinateur, un minuscule plan de travail permet, grâce à deux pompes, de réunir sur un filtre tous les micro-organismes présents dans les échantillons d’eau de mer prélevés sur le pont. Mais la raison d’être de ce labo sec est avant tout l’ensemble de ses instruments de mesure, ces derniers analysant en permanence l’eau de surface qui défile sous la goélette. Un complexe circuit de tuyaux achemine ainsi l’eau prélevée sous la coque et la répartie entre les différents outils de mesure pour en tirer le maximum d’informations.

Le TSG, pour ThermoSalinoGraphe, mesure comme son nom l’indique la température et la salinité de l’eau de surface, pour obtenir au final une carte de l’évolution de ces paramètres tout au long de notre parcours. Des données qui pourront ensuite être liées aux courants traversés et aux micro-organismes prélevés. Différents appareils d’optique prennent ensuite le relais.

Le BB3, pour commencer, est un rétrodiffusiomètre : autrement dit, l’engin émet de la lumière à travers l’eau de mer et mesure l’intensité récupérée en retour, cette dernière étant directement liée au nombre des particules présentes dans l’eau. De puissants algorithmes prédisent alors la composition de ces particules (s’il s’agit d’êtres vivants ou de déchets inorganiques).

Le spectrophotomètre en flux, plus simplement appelé ACs, va encore plus loin en évaluant jusqu’à la taille de ces particules, donnant ainsi une image globale du type d’écosystème planctonique traversé. L’appareil est de plus capable de fournir de précieuses informations sur les pigments présents dans le phytoplancton, ces organismes utilisant la chlorophylle ou d’autres pigments pour faire de la photosynthèse.

Enfin, un dernier instrument, le spectrophotomètre Alpha, s’intéresse lui aussi à ces pigments, provoquant la fluorescence de ces derniers via ses deux lasers. En plus de relever le type et la concentration des différents pigments présents, l’Alpha livre des indices extrêmement précis sur les organismes produisant ces pigments : sont-ils en « bonne santé », ont-ils des carences en fer, manquent-ils de certaines nutriments…

Toutes ces données étant prises en continu tout au long des 16 000 kilomètres parcourus durant cette expédition en Méditerranée, la masse d’informations en résultant est colossale, permettant une vision à très grande échelle des masses d’eau et des organismes y évoluant. Car si les équipes scientifiques de Tara s’intéressent avant tout aux particules plastiques polluant cette mer intérieure, connaître les masses d’eaux sur lesquelles flottent les débris plastiques et les organismes gravitant autour d’eux est primordial. Les millions de chiffres et de graphiques obtenus tout au long de notre parcours seront quand à eux soumis tout d’abord à la NASA, désireuse de comparer ces données sur les masses d’eau avec leur images satellitaires, avant d’être rendus public dans les mois qui viennent, pouvant alors être utilisés par les équipes de recherche du monde entier.

Yann Chavance

 

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