COP21 : Vers quel accord se dirige-t-on ?

© Le Bourget

Les négociations sur le climat restent souvent complexes et difficiles à appréhender. André Abreu, responsable Environnement et Climat chez Tara Expéditions propose une lecture des avancées et des statu quo et fait le point avant l’issue des négociations.

Après deux semaines de négociations, la présidence française de la COP21 a remis sur la table un texte d’accord presque finalisé qui devrait être approuvé par tous les pays. Faisant suite au protocole de Kyoto, ce nouvel « Accord de Paris », constituera le nouveau cadre juridique qui imposera aux pays de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.

En effet, l’une des avancées de l’Accord de Paris serait d’être un accord juridiquement contraignant. Mais comment sanctionner les pays qui ne respecteront pas l’accord ? Cet aspect reste en suspens pour le moment. Autre avancée, le texte définit aussi des ambitions de financement pour soutenir l’adaptation des pays en développement aux changements climatiques ainsi qu’un mécanisme de dédommagement, dit « pertes et dommages » pour les pays plus exposés aux évènements extrêmes.

Mais l’ambition affichée à Paris pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est pas du tout à la hauteur des enjeux et pour limiter la hausse de température autour d’un seuil acceptable qui permettrait aux populations comme à la biodiversité de s’adapter. Les experts estiment qu’avec les engagements tels qu’ils sont chiffrés à Paris, la planète se dirige plutôt vers une courbe de 3°C d’augmentation vers 2050, un scenario considéré comme pessimiste par les experts climatiques qui demandent des engagements plus ambitieux pour limiter le réchauffement à seulement 2°C.

Les pays pourront-ils faire mieux dans les années à venir ? Un point très important n’est pas encore statué et concerne la période de révision de ces engagements, c’est-à-dire la durée après laquelle les pays pourront modifier et renforcer leurs efforts pour atténuer le changement climatique. Une des principales demandes des pays vulnérables et des ONG ne semble pas entendue : pouvoir améliorer le scénario dès 2018 voire 2016. Les experts et la société civile mobilisée tablaient sur une révision avant 2020 quoiqu’il en soit.

DSCF3903

Le prix du carbone compte également parmi les enjeux importants. Difficile point d’accord et ce depuis toujours, les avancées sur ce point restent particulièrement lentes. Le prix du carbone doit peser sur le portefeuille des Etats selon le principe du pollueur-payeur et inciter les producteurs comme les consommateurs à réduire leurs énergies carbonées.

Alors que l’accord doit entrer en vigueur en 2020, une autre décision très attendue ne voit pas le jour : les moyens de financement qui permettront aux pays de s’adapter d’ici 2020. Aucune mention concrète n’a été proposée de la part des pays développés alors que la course contre la montre ne peut faire l’économie des 5 prochaines années pour lutter contre le changement climatique.

Une autre déception vient de l’absence d’objectifs concernant les énergies renouvelables. Les pays producteurs de pétrole – Arabie Saoudite et Venezuela en tête -  ont en effet travaillé pour bloquer la « décarbonisation » ou la sortie des énergies fossiles, ce qui serait une importante défaite, notamment pour les pays mobilisés dans la transition énergétique, comme la France.

Pour l’océan, l’inclusion d’un paragraphe ou d’une référence aux « besoins et intégrité de l’océan » serait une victoire symbolique pour les organisations qui ont beaucoup travaillé pour « faire entendre la voix de l’océan à la COP21 ». En effet, avec une mobilisation sans précèdent, « l’océan était présent sur tous les débats », comme a déclaré la Directrice de l’UICN, Inger Andersen. En marge de l’accord, l’initiative « Because the Ocean » a été un succès, avec 22 pays signataires, dont des grands pays importants comme Canada, Australie, Chili, France, entre autres. Ils appellent à travers cette déclaration – lancée le 29 novembre au Pavillon Tara – à la création dès 2016 d’un plan d’action pour l’océan au sein de la Convention Climat ainsi que le soutien à la proposition de Monaco d’un rapport spécial sur l’océan au sein du GIEC. Un mouvement inédit qui, au delà de la prise de conscience des Etats signataires, augure d’une nouvelle dynamique et de mesures concrètes.

Alors que les négociations se prolongent Tara Expéditions et la communauté océan appellent avant tout à l’obtention d’un accord universel, contraignant et ambitieux. L’optimisme est de mise, comme le soulignait Al Gore aujourd’hui,  « Yes we will win, but how fast ? «   (Oui, nous y arriverons mais dans combien de temps ?)

André Abreu, Responsable Environnement et Climat – Tara Expéditions

 

Articles associés :

- Vidéo : Tara sur Seine pour Paris Climat 2015

- 11 pays signent la déclaration « Because the Ocean » au Pavillon Tara

- ITW Jean Jouzel : vers une vision plus globale de l’Océan dans la machine climatique