Des coraux aux corallines

© Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

En marge du protocole d’échantillonnage des coraux, répété autour d’une quarantaine d’îles, l’expédition Tara Pacific est également l’occasion de se pencher ponctuellement sur des sujets annexes. La goélette parcourt actuellement les Tuamotu et profite de cette biodiversité particulière pour se pencher sur des organismes essentiels aux récifs : les algues corallines.

Après une escale dense à Tahiti, les scientifiques poursuivent les collectes et enchaînent les plongées pour ramener patiemment des échantillons à trier sur le pont arrière. Pourtant, en y regardant de plus près, lesdits échantillons ne ressemblent pas vraiment à du corail, mais à de petites roches couvertes d’une pellicule calcaire rosée. Ce sont les algues corallines, des végétaux d’une importance capitale dans la construction du récif. « Ces algues forment un squelette calcaire qui agit comme un ciment, permettant de souder tous les éléments du récif entre eux » explique ainsi Laetitia Hédouin (CNRS/CRIOBE), qui co-dirige avec Maggy Nugues (EPHE/CRIOBE) cette mission dans les Tuamotu. « Mais l’importance des algues corallines va plus loin : certaines espèces attireraient les larves de coraux, favorisant leur recrutement ».

 

Laetitia Hédouin (CNRS/CRIOBE) observe au microscope un échantillon afin de repérer les plus petits coraux.Laetitia Hédouin (CNRS/CRIOBE) observe au microscope un échantillon afin de repérer les plus petits coraux.  © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

Car le corail ne se limite pas à une colonie de polypes immobiles dans leur gangue de pierre : aux premiers stades de sa vie, le corail n’est qu’une simple larve dérivant au gré des flots. Lorsqu’elle trouve un substrat, cette larve se fixe – on parle alors de « recrue » – puis se divise pour former un corail juvénile, l’ébauche de la future grande colonie. Selon des études récentes, les larves de corail ne se fixeraient donc pas n’importe où sur le substrat et privilégieraient certaines algues corallines. « L’un des objectifs sera d’étudier ces associations spécifiques entre algues corallines et corail : c’est la première fois qu’une telle étude est menée in situ en Polynésie » rappelle Maggy Nugues. « L’idée est notamment d’étudier le microbiome des corallines, l’ensemble des micro-organismes associés, et de façon plus générale de comprendre par quels mécanismes ces algues induisent la fixation des larves de corail ». Si ces fameux mécanismes étaient découverts, les avancées en matière de restauration de récifs coralliens pourraient être immenses.

 

Pour détecter les plus petits coraux, les scientifiques utilisent une lampe fluorescente, faisant apparaître les coraux en vert.Pour détecter les plus petits coraux, les scientifiques utilisent une lampe fluorescente, faisant apparaître les coraux en vert. © David Hannan / Fondation Tara Expéditions

 

Pour explorer ces domaines de recherche encore méconnus, l’équipe scientifique à bord de Tara organise trois plongées sur chaque île visitée dans les Tuamotu, répétant à chaque sortie le même protocole. Tandis que deux plongeurs évaluent l’abondance et la diversité des algues corallines en identifiant les espèces présentes sur un segment de 10 mètres de long, deux autres chercheurs se chargent de prélever tous les coraux juvéniles dans une zone prédéfinie de 50 cm sur 50 cm. « Nous collectons toutes les colonies inférieures à 2 cm » décrit Laetitia Hédouin. « Pour les recrues qui ne font que quelques millimètres, nous utilisons une lampe fluorescente qui permet de les repérer plus facilement ». De retour sur le pont, chaque échantillon sera patiemment étudié pour déterminer d’une part le type de corail, d’autre part l’espèce d’algue coralline, et bien sûr si le premier s’est fixé sur le second, ou à proximité. Enfin, certains échantillons prélevés seront envoyés à terre pour des analyses, notamment génétiques, afin de déterminer les substances chimiques et biologiques qu’ils sécrètent. De quoi, peut-être, décrypter les liens secrets entre coraux et corallines.

Yann Chavance

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