Des innovations techniques uniques pour prélever le plancton

© Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

En dehors des périodes de plongée sur les récifs coralliens, comme durant ces quinze jours de mer entre la Colombie et l’île de Pâques, la science ne s’arrête pas à bord de Tara. Pendant les traversées, tous les matins, l’équipe scientifique s’active pendant plusieurs heures sur le pont arrière de la goélette, enchaînant des dizaines de filtrations pour récupérer de précieux échantillons de plancton qui viendront compléter les données récoltées. Focus sur deux innovations techniques uniques. 

 

Un échantillon d’eau de mer prélevé à l’aide du filet haute vitesse, contenant du plancton mais aussi du plastique.
Un échantillon d’eau de mer prélevé à l’aide du filet haute vitesse, contenant du plancton mais aussi du plastique © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Comme souvent en science, l’élaboration des protocoles a été dictée par des questions de logistique. « Dès le départ, les choses étaient claires : nous allions devoir prélever des échantillons sans arrêter le bateau ni même le ralentir » se rappelle Fabien Lombard, maître de conférence à l’Université Pierre et Marie Curie. Avec le parcours ambitieux de cette expédition à travers le Pacifique, il n’était pas possible, pour des raisons de temps, d’envisager des stations de prélèvement à la dérive pendant plusieurs heures comme lors des précédentes expéditions de Tara.

« Il fallait trouver une solution technique, innover et c’est ça qui est fabuleux avec Tara, c’est que les chercheurs sont en permanence en quête de solutions, d’innovations, on n’avait jamais prélevé à une telle vitesse, c’est ce que Gaby Gorsky a réalisé avec son équipe ! » explique Maria Luiza Pedrotti de l’Observatoire de Villefranche.

 

Guillaume Bourdin, ingénieur de pont, et David Monmarché, chef opérateur hyperbare, mettent à l’eau le « Dauphin », un système de pompage d’eau de surface permettant d’analyser l’eau et de prélever le plancton.
Guillaume Bourdin, ingénieur de pont, et David Monmarché, chef opérateur hyperbare, mettent à l’eau le « Dauphin », un système de pompage d’eau de surface © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

Avec ces contraintes inédites, Gaby Gorsky, l’un des coordinateurs scientifiques de Tara Pacific, a en effet imaginé deux nouveaux appareils capables d’être tirés à une vitesse de plus de sept nœuds (soit environ 13 km/h) derrière Tara sans se disloquer sous la force de l’eau. Ce sont ainsi deux prototypes, uniques au monde, qui ont été créés : le « Dauphin », un système pompant l’eau de surface via un imposant tuyau, et le HSN, pour High Speed Net ou filet haute vitesse. Deux instruments ayant comme particularité d’avaler l’eau de mer via une mince fente de métal s’élargissant peu à peu. « L’idée est de créer une dépression, pour éviter que la pression de l’eau ne déchire le tuyau ou le filet, mais aussi pour ne pas écraser les organismes » explique Fabien Lombard.

 

Le filet haute vitesse permettant de récupérer des échantillons d’eau de mer afin d’étudier le plancton.
Le filet haute vitesse, avec son collecteur (en bas) permettant de récupérer des échantillons d’eau de mer © Maéva Bardy / Fondation Tara Expéditions

 

Chaque matin sur le pont arrière de Tara, l’équipe scientifique s’active donc à mettre à l’eau ces deux colosses de métal –  sur le flanc de la coque pour le Dauphin et tiré à l’arrière pour l’imposant HSN – qui pèsent près d’une centaine de kilos tout de même. Récoltant l’eau provenant du collecteur du filet ou jaillissant du tuyau raccordé au Dauphin, les chercheurs se lancent ensuite dans une course effrénée, filtrant, mélangeant, transvasant le précieux liquide dans des dizaines de tubes soigneusement étiquetés. Les protocoles sont complexes et nécessitent une concentration de tous les instants : en une matinée, l’équipe devra collecter une trentaine d’échantillons, chacun destiné à un laboratoire bien précis, pour un objectif de recherche bien précis.

Yann Chavance

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