ITW Gaby Gorsky : interactions au coeur du monde planctonique | Tara, un voilier pour la planète

ITW Gaby Gorsky : interactions au coeur du monde planctonique

© C.Sardet/Tara Expéditions

Gaby Gorsky n’est pas seulement l’un des coordinateurs scientifiques de l’expédition Tara Océans, il est aussi Taranaute à part entière. Lorsqu’il est à bord de Tara, il prend plaisir à transmettre ses connaissances. L’opportunité se présente à nouveau de lui poser quelques questions sur les relations qui existent entre les différentes espèces de planctons.

N.Pansiot/Tara Expéditions

N.Pansiot/Tara Expéditions

Les résultats de Tara Océans sont majeurs pour la connaissance du monde planctonique. Après trois années de collecte dans les océans de la planète, une cartographie détaillée de la biodiversité planctonique a pu être établie et les interactions entre les micro-organismes ont été observées. Parmi les nombreuses interactions que vous avez étudiées, on parle de collaboration et interdépendance des espèces planctoniques. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Parmi les communautés microscopiques qui sont à la base de la vie marine et qui constituent une grande part de la biodiversité de l’océan, nous savons que les espèces planctoniques vivent en interactions les unes par rapport aux autres. Compétition, collaboration, ou encore symbiose, leurs interactions sont multiples. Avec les résultats de Tara Oceans, nous avons pu mettre en évidence que les espèces se sont sans doute diversifiées grâce à leur relation de collaboration ou à leur interdépendance étroite. Selon moi, c’est cette interdépendance qui jouerait un rôle dans la diversification des espèces. C’est une hypothèse. Autrement dit, lorsqu’une espèce collabore avec une autre, si l’une est modifiée c’est l’ensemble de la collaboration ou des « collaborateurs » qui évolue. Ce que nous observons à partir de nos résultats, c’est qu’il existe beaucoup plus de collaborations que ce l’on pensait.

Quel serait le meilleur exemple de collaboration qui a été observé grâce aux prélèvements de Tara Oceans ?

Il existe de nombreux exemples, que nous avons présentés dans les articles publiés par la revue Science. Je pense notamment à un ver plat vivant en symbiose avec des algues qui se développent à l’intérieur de son corps. Ces algues peuvent aussi bien être ce que l’on appelle des %symbiotes% que des parasites. Elles peuvent modifier leurs réactions si un changement apparaît dans leur milieu. Elles peuvent, par exemple, se mettre à secréter des toxines, ou autres choses, ce qui pourrait avoir des conséquences sur la vie du petit ver.

Vous avez encore beaucoup d’échantillons à traiter. Quel est le devenir des recherches ?

Avec Tara Oceans, nous avons avant tout procédé à de la collecte d’échantillons en mer. Ces prélèvements ont ensuite été analysés à terre, car nous n’étions pas équipés à bord pour faire des expériences en mission (le bateau n’est pas dimensionné pour cela).  Nous avons donc réalisé des collectes de gènes dans les eaux superficielles des océans sillonnés : entre 100 mètres et la surface. Aujourd’hui, lorsqu’on poursuit les études génétiques, que l’on observe d’autres échantillons, on ne trouve pas de nouveaux gènes. Nous sommes arrivés à la saturation de notre base de données. Autrement dit, nous avons réussi à prélever la majorité des gènes dans les eaux superficielles des océans. C’est fantastique !

Nous avons également réalisé de nombreux travaux de statistiques, notamment des travaux de corrélation. Ces corrélations nous amènent aux associations d’espèces que j’évoquais plus tôt.  Nous travaillons en continu : nous  collectons, analysons, traitons pour ensuite formuler des hypothèses. Nous avons déjà bien avancé dans nos recherches sur les organismes unicellulaires, mais nous aurons besoin d’un peu plus de temps concernant les êtres pluricellulaires, qui sont beaucoup plus complexes : en terme de relation entre espèces notamment. Les organismes pluricellulaires abritent en leur sein, dans leurs tubes digestifs, une grande diversité des bactéries symbiotes qui leur permettent de digérer leur nourriture. Actuellement, nous travaillons là-dessus. Les techniques utilisées demandent du temps, elles sont complexes et chaque résultat doit être vérifié. Chaque information doit être recoupée.

Trois ans après la fin de l’expédition Tara Oceans, nous avons rédigé 30 articles scientifiques de haut niveau et 5 d’entre eux ont été publiés dans le magazine Science. Ce n’est pas rien ! Je termine ma carrière, j’ai travaillé pendant 40 ans dans le domaine de l’océanographie et c’est la première fois que je vois une chose pareille. Ce que nous avons fait est unique.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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