La couleur des océans | Tara, un voilier pour la planète

La couleur des océans

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Regarder la mer, ses ondulations, ses variations de couleur… rien de plus poétique. A bord de Tara, on l’observe, on vit à son rythme, mais lorsqu’il s’agit de la décrire et de la comprendre, la poésie laisse souvent place au pragmatisme et aux mots compliqués : calibration, adsorption, rétrodiffusion.

Marie Barbieux, responsable scientifique entre Malte et Marseille, réalise une thèse sur la couleur des océans et nous explique les origines de ces variations chromatiques.

Quels sont les facteurs qui déterminent la couleur des océans ?

Au premier regard, il est facile d’observer les variations de couleur de la mer allant du bleu profond par temps clair jusqu’au gris par temps nuageux en passant par le rose-orangée au moment du coucher ou du lever de soleil. Cela rend compte de la réflexion de la lumière solaire et de l’aspect de la voûte céleste sur la surface de l’Océan. Mais la « couleur de l’océan » dépend également des particules organiques ou minérales et des substances dissoutes dans l’eau. In situ, on peut avoir une idée de la concentration, la nature et la taille de ces particules en étudiant la rétrodiffusion et/ou l’absorption de la lumière par ces dernières. Depuis peu, les satellites permettent également d’avoir accès à ces informations à l’échelle mondiale. Donc depuis l’espace l’homme est désormais capable d’étudier l’infiniment petit.

Les eaux que Tara sillonnent n’ont donc pas toutes la même couleur : près des côtes, où on trouve de nombreux types de particules et différentes substances dissoutes qui sont issues du lessivage des terres, l’eau se révèle donc marron ou brunâtre. Mais d’une manière générale, lorsque l’on navigue au large, dans des eaux pélagiques, on considère que la couleur de la mer dépend uniquement de la quantité de phytoplancton qu’elle contient.

Cette couleur peut aussi varier en fonction des espèces de phytoplancton présentes dans les étendues marines. Il existe, par exemple, des espèces de dinoflagellés qui sont à l’origine de véritables « marées rouges » (« red tides »), les coccolithophoridés vont, quant à eux, rendre la mer plus laiteuse et les diatomées plutôt verte. Au contraire, lorsque les eaux sont pauvres en phytoplancton (dites « oligotrophes »), la couleur de l’eau tend vers l’indigo voire le violet. C’est le cas dans le Pacifique, vers l’île de Pâques, où l’on observe les eaux les plus transparentes au monde ; la lumière pénètre jusqu’à plus de 100 mètres de profondeur contre seulement une trentaine mètres dans le nord de l’Atlantique.

Comment l’expédition contribue-t-elle à étoffer le savoir sur la couleur de l’océan ?

A bord de Tara, nous avons différents appareils aux noms quelque peu barbares comme l’HTSRB, l’Alpha ou encore le BB3 qui permettent d’obtenir des données in situ sur la couleur des océans. Il sera possible de comparer nos mesures avec celles réalisées par les satellites. Jusqu’ici, les scientifiques ne disposaient pas de beaucoup de données optiques dans la zone traversée par la goélette, entre Chypre et Malte (transect est-ouest) ou entre Alger et Marseille (transect nord-sud). L’expédition Tara Méditerranée est donc une aubaine pour de telles études !

Tu réalises une thèse sur la couleur des océans, peux-tu nous expliquer ton travail ?

Le nom de ma thèse est très long, mais finalement assez clair : « Etude des anomalies bio-optiques et impact sur la biogéochimie en mer Méditerranée et océan Austral, à l’aide d’une approche synergique multi-outils ». On l’a vu, la mer possède une couleur qui diffère selon les lieux. En Méditerranée, on s’est rendu compte que nos mesures satellitaires présentaient des anomalies. Il semble que ces dernières surestiment la quantité de phytoplancton présente dans l’eau par rapport aux données collectées sur le terrain. Il existe différentes hypothèses pour expliquer ces anomalies : la présence de poussières sahariennes, ou encore la forte quantité de CDOM (Color Dislove Organic Matter – la matière organique dissoute colorée) pourraient influencer la couleur de l’eau. Tout mon travail sera d’analyser, d’infirmer ou confirmer ces hypothèses.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

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