Les eaux de surface, du bateau au labo

© Maeva Bardy - Tara Expeditions Foundation

Grâce aux inventions techniques uniques développées pour cette expédition, les scientifiques peuvent – pendant les traversées entre une zone corallienne et une autre – prélever les eaux de surface sans stopper la goélette. Ils ont donc accès chaque jour à des prélèvements d’eau de surface en très grande quantité. Un long processus s’en suit et aboutit à des dizaines d’échantillons de différentes tailles, conservés dans l’alcool, l’azote liquide ou encore le formol selon la finalité des recherches qui seront menées en laboratoire.

Pour comprendre le corail et son écosystème, l’équipe scientifique de Tara s’attache à caractériser également le milieu dans lequel il vit, dont les eaux de surface entre les récifs coralliens. Dès lors, le maître mot du ballet incessant qui occupe chaque matin le pont de Tara, est la filtration. « Le but est d’échantillonner l’ensemble de l’écosystème planctonique de surface, du zooplancton aux virus, en passant par les bactéries » rappelle Fabien Lombard, l’un des coordinateurs scientifiques de Tara Pacific, entre deux filtrations. « Pour cela, il faut séparer chaque groupe d’échantillon en fonction de sa taille ». Ainsi, l’eau collectée passe de filtres en filtres, chacun d’une taille de maille bien définie, de 300 microns pour retenir les plus gros organismes à 0,2 microns pour les virus. Ainsi, un filtre de trois microns au travers duquel passerait de l’eau préalablement filtrée à 20 microns récoltera tous les organismes compris entre ces deux échelles de taille. En l’occurrence, du petit phytoplancton, le plancton végétal.

 

Guillaume Bourdin, ingénieur de pont, replie une « galette » de plancton déposée sur un filtre.Guillaume Bourdin, ingénieur de pont, replie une « galette » de plancton déposée sur un filtre © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

Mais ce fractionnement de l’échantillon selon différentes classes de taille n’est pas la seule variation d’un tube à l’autre. Le mode de conservation, lui aussi, devra être adapté au type de recherche mené ensuite. A partir d’une même filtration, plusieurs échantillons seront ainsi collectés et plongés dans différents produits : alcool, formol et autres conservateurs, selon l’approche menée par la suite dans les laboratoires. « Grossièrement, nous menons deux types d’analyses : une approche génétique, pour savoir qui est là, et une approche quantitative avec l’imagerie, pour savoir combien d’organismes sont présents » résume Fabien Lombard.

Au final, les contenus des tubes collectés sur Tara seront pour certains observés directement au microscope, passeront pour d’autres dans de complexes instruments capables de compter le nombre d’organismes présents dans l’échantillon, ou encore seront séquencés pour déterminer les gènes exprimés par l’ensemble de la communauté planctonique. Enfin, quelques échantillons seront analysés chimiquement pour étudier le milieu dans lequel baignent tous ces organismes : quantité de nitrates, de phosphates, de fer, etc. De quoi décrire l’écosystème planctonique de surface dans sa globalité, tout au long du trajet de Tara.

 

Credits Yann Chavance - Tubes science-1Durant toutes les manipulations sur le pont, l’équipe scientifique doit jongler avec des dizaines de tubes destinés aux différents échantillons © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

Mais plus précisément, pourquoi s’intéresser ainsi au plancton dans cette expédition avant tout dédiée au corail ? Outre l’intérêt évident de multiplier les apports scientifiques de cette expédition de deux ans, Fabien Lombard rappelle que plancton et corail sont bien plus liés qu’il ne semble : « Tout d’abord, le plancton est la nourriture du corail ; mais surtout, le jeune corail fait partie de l’écosystème planctonique lorsqu’il est relâché dans les courants, avant qu’il ne se fixe ». Ainsi, étudier le plancton sur la route de la goélette fournira des informations clefs pour mieux comprendre les communautés coralliennes du Pacifique.

Yann Chavance

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