Rencontre avec Serge Planes, directeur scientifique de Tara Pacific | Tara, un voilier pour la planète

Rencontre avec Serge Planes, directeur scientifique de Tara Pacific

© Tara Pacific

De Perpignan à l’île de Moorea en Polynésie française, Serge Planes directeur scientifique de la prochaine expédition Tara Pacific revient sur son parcours et raconte en quoi consiste le rôle d’un directeur scientifique d’une expédition Tara.

 

Serge Planes
 

Comment devient-on directeur scientifique d’une telle expédition ?

L’aventure Tara a commencé par une rencontre avec Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara Expéditions, en janvier 2014. Françoise Gaill, qui était alors directrice de l’Institut Ecologie et Environnement du CNRS, m’avait aussi déjà beaucoup parlé des travaux menés lors de Tara Oceans. Elle avait une très bonne connaissance de l’expédition et trouvait pertinent de mener une nouvelle étude sur le corail avec Tara… Pour Etienne Bourgois, président de la Fondation et Romain Troublé, directeur général, mobiliser Tara sur une grande expédition consacrée aux récifs coralliens était une évidence. L’équipe de Tara Oceans avait d’ailleurs déjà commencé à documenter les récifs entre 2009 et 2013.

 

Aviez-vous envisagé de mener un jour ce genre de mission ?

Depuis ma thèse, je travaille sur les récifs coralliens, pas forcément sur le corail lui-même, mais sur des questions assez générales autour de leur conservation … Lorsque je suis entré au CNRS, j’ai œuvré pour mettre en avant l’intérêt des écosystèmes coralliens comme un modèle d’étude, et surtout en tant qu’écosystème très fragile. Il y a des priorités de conservation à mettre en place. Après c’est un cheminement… J’étais intéressé pour prendre la direction d’une équipe et constituer une unité de recherche. J’ai ensuite travaillé pour avoir un laboratoire d’excellence sur les récifs, le Labex Corail… Tout ceci a donné une certaine légitimité à la recherche française sur les récifs coralliens et une certaine lisibilité sur ma contribution.

 

Pouvez-vous nous raconter comment cette histoire a démarré ?

Je crois que cela commence très jeune, par un intérêt pour la plongée sous-marine. Un peu plus tard mon intérêt pour la voile s’est révélé aussi … En alliant passions et recherche, on est forcément très convaincu par l’originalité de ce projet et par l’opportunité de mener une recherche avec un tel navire océanographique : une plateforme de recherche plurisdisciplinaire, sur une longue durée avec un programme en continu sur deux ans… C’est quelque chose d’unique, une opportunité exceptionnelle ! Nous avons vite pris conscience de tout ce que nous pouvions réaliser ensemble !

 

Pouvez-vous décrire vos objectifs lors de cette expédition ?

L’objectif général de cette expédition de deux ans est d’essayer de voir le long de transects Est-Ouest et Sud-Nord comment se répartit la biodiversité de la microfaune des récifs, c’est-à-dire l’ensemble des tout petits animaux (inférieurs à 0,2 mm) qui co-habitent autour du corail et dans le corail. Cette cartographie nous permettra de comprendre l’implication fonctionnelle de cette microfaune dans la capacité de résistance du corail face aux changements de son environnement dus au climat ou à l’activité humaine (acidification, pollution, …).

 

Quel est le rôle d’un directeur scientifique lors d’une expédition Tara ?

Le premier rôle est de construire le questionnement scientifique : que cherche-t-on, pourquoi, quelles contributions à la recherche veut-on apporter. Puis il s’agit de constituer une équipe scientifique avec les différentes personnes spécialistes qui permettront de réaliser l’objectif. Enfin, le défi c’est de les faire travailler ensemble ! C’est un challenge intéressant : faire en sorte que des gens d’horizons différents, avec des questionnements différents arrivent à travailler ensemble autour d’une même question !

 

Comment envisagez-vous l’avancée des travaux dans les prochaines années à venir ?

Comme toute recherche, il y a plusieurs étapes. La première étape qui devrait arriver rapidement, le temps d’avoir toutes les analyses génétiques (18 mois voire 2 ans après la mission), c’est la description de toute la biodiversité collectée, microorganismes, virus, bactéries. Puis, dans un délai d’au moins 5 ans, il y aura les résultats des analyses plus précises sur le fonctionnement de certaines espèces, ce qui va demander beaucoup plus d’analyses et par conséquent beaucoup de temps. Mais avant, c’est un vrai travail d’équipe à mener avec les scientifiques, les marins et les partenaires de l’expédition !

Propos recueillis par Maéva Bardy

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