Stéphane Bruzaud, rencontre avec une tête chercheuse et son microscope | Tara, un voilier pour la planète

Stéphane Bruzaud, rencontre avec une tête chercheuse et son microscope

© P.DeParscau/Tara Expéditions

Stéphane Bruzaud, rencontre avec une tête chercheuse et son microscope

Stéphane Bruzaud en quête de particules

Stéphane Bruzaud en quête de particules

Nous l’avions quitté en novembre dernier sur les quais de Lorient lors du retour du TARA à son port d’attache. Il présentait aux journalistes quelques échantillons de plastiques fraichement prélevés en Méditerranée. Les mois ont passé et Stéphane Bruzaud a regagné les couloirs de l’Université Bretagne Sud à Lorient et son laboratoire d’ingénierie des matériaux. Sur les murs de ses bureaux s’affichent coupures de presse et portraits dans les journaux locaux. Une célébrité sur papier qui le fait sourire. Stéphane Bruzaud victime de son succès ? Pas encore. Attendu au tournant ? Plus que jamais.

Car depuis le retour de l’expédition TARA MEDITERRANEE, difficile de contenir l’attente autour des résultats des analyses des quelques 2 300 échantillons prélevés au cours des sept mois en mer. Au delà d’un premier constat alarmant quant à la présence de microplastiques dans chaque remontée de filet, tout reste encore à faire pour les équipes associées à cet ambitieux projet.

« L’objectif dans un premier temps c’est de constituer des équipes qui vont travailler sur les analyses. Nous avons déjà fait une réunion avec les treize laboratoires français et étrangers sous la responsabilité de Gaby Gorsky (Directeur scientifique de l’expédition TARA Mediterrannée- NdA) en mars dernier pour se répartir les activités. Dans un deuxième temps le travail va consister à trouver des financements pour recruter doctorants, personnel et stagiaires qui vont pouvoir nous aider à analyser quotidiennement tous ces échantillons. »

Séance d'analyse au spectroscope dans les locaux de l'Université Bretagne Sud

Séance d’analyse au spectroscope dans les locaux de l’Université Bretagne Sud

Sur la paillasse du laboratoire, Stéphane extrait d’un carton plusieurs flacons remplis d’eau de Méditerranée, reliques de précédentes expériences. A la surface s’agglutinent les particules de plastiques que Stéphane et ses équipes soumettent à un processus d’identification rigoureux.

« On distingue d’abord deux types d’échantillons : les macroplastiques de dimension de l’ordre de plusieurs millimètres et les microplastiques, de moins d’un millimètre voire de quelques micromètres. Pour les macroplastiques, on utilise des outils d’analyse assez courants comme la spectroscopie. La difficulté se pose surtout pour nous dans le cas des microplastiques car compte tenu de leur dimension extrêmement petite, nous allons être amenés à associer la microscopie pour pouvoir faire des analyses à une échelle de l’ordre du micron. L’objectif de ces analyses est de permettre de remonter à la source de ces pollutions pour pouvoir proposer des solutions à ces problématiques »

Graphique de spectroscopie

Graphique de spectroscopie

A terme, l’étude des échantillons prélevés lors de l’expédition TARA MEDITERRANEE devrait permettre de dessiner une véritable cartographie des plastiques qui prolifèrent à la surface de la Méditerranée. Les premiers constats soulignent la dominance des déchets d’emballages plastiques parmi les remontées des filets MANTA à bord de TARA. Une pollution qui résonne avec le cœur d’activité de Stéphane Bruzaud : le développement de bioplastiques.

« Ma spécialité c’est la production de bio-polymères que l’on va utiliser pour formuler des bioplastiques, c’est à dire travailler sur la production de matériaux en évitant l’utilisation de pétrole et en utilisant des ressources végétales en particulier des déchets issus de l’industrie agro-alimentaire bretonne. On développe des polymères plus respectueux de l’environnement et biodégradables, compostables, recyclables et dans tous les cas avec une fin de vie que l’on contrôlera mieux »

Les résultats de l’expédition TARA MEDITERRANEE pourraient-ils conduire au développement d’une véritable filière locale de production de bio-plastiques ? C’est le vœu pieux que formule Stéphane qui a déjà réuni les acteurs politiques et industriels du Grand Ouest autour de ces enjeux.

« Aujourd’hui on sait produire des matériaux respectueux de l’environnement mais on est encore confronté à des coûts de fabrication plus importants que les matériaux traditionnels, de deux à trois fois plus chers. Les politiques peuvent aussi agir sur ces questions, on sait que dans la loi sur la transition énergétique en cours de discussion à l’Assemblée Nationale, il y a un volet qui vise à interdire l’utilisation d’emballages non biosourcés et non biodégradables à l’horizon 2018 et l’interdiction de la vaisselle jetable à l’horizon 2020. L’industriel et le consommateur seront bien obligés de trouver des solutions et on espère alors être en position pour proposer des alternatives crédibles. »

Des solutions globales pour dynamiser l’économie locale ? Stéphane Bruzaud pourrait bien résoudre l’équation et prouver qu’on peut aussi voir l’avenir au travers d’un microscope.

Stéphane Bruzaud devant les locaux de l'Université de Bretagne Sud

Stéphane Bruzaud devant les locaux de l’Université de Bretagne Sud

Propos recueillis par Pierre de Parscau

 

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