Tara Pacific, la science s’installe à bord

© Maéva Bardy

Après de longs mois de révisions techniques, ces deux dernières semaines ont été consacrées à la mise en place des équipements dédiés à la science. A bord de Tara, scientifiques et marins s’affairent aux derniers préparatifs avant le départ.

 

Encore dans les cartons, le nouveau matériel pour l’étude et les prélèvements sous l’eau comme le scooter sous-marin, la carotteuse à corail, le compresseur pour gonfler les bouteilles de plongée, ne sera déballé qu’une fois la goélette sortie du Canal de Panama, dans le Golfe du Panama, où commencera l’échantillonnage des coraux.

Sur les récifs, quelques grammes de coraux seront chaque fois récoltés à la main par les plongeurs. La carotteuse permettra de forer finement le récif et de découvrir l’histoire de la colonie, comme on lit une carotte glaciaire ou les cernes d’un arbre. Un carottage de 40 cm permet selon les espèces de remonter parfois jusqu’à 400 ans. Le matériel photographique a lui aussi son importance dans cette préparation. Chaque site étudié fera l’objet d’un relevé photographique des sites de prélèvement et des espèces étudiées in situ. Pour pouvoir analyser le corail et son environnement, de nombreux prélèvements d’échantillons d’eau de mer permettront de collecter les micro-organismes avoisinant (virus, bactéries…).

 

Gaby Gorsky
Gaby Gorsky

 

Si le coeur de l’expédition Tara Pacific est l’étude des récifs coralliens, Tara embarque également à bord du matériel pour prélever du plancton, des particules atmosphériques, du plastique. Ces données complémentaires, allant de l’infiniment petit à l’échelle océanique (notamment grâce à des images satellites), aideront à mieux appréhender les interactions entre organismes et l’influence de leur environnement. Cela permettra aussi d’enrichir les bases de données constituées par les précédents travaux de recherche. « Ceci nous permettra de cerner cette connectivité rarement étudiée, en tout cas jamais à cette échelle. Tout est lié, connecté. La nature… c’est comme Internet ! » résume Gaby Gorsky, coordinateur du projet plancton pour l’expédition Tara Pacific.

La traversée de l’Atlantique est donc mise à profit pour prélever du plancton de surface et des particules atmosphériques. Sur le pont arrière, deux systèmes de prélèvement à haute vitesse, un filet et un siphon relié à une pompe péristaltique, devraient pêcher le plancton jusqu’à une vitesse de 10 nœuds. L’eau est ensuite filtrée dans le laboratoire humide, sur le pont arrière, en suivant un protocole de séparation par taille des échantillons (virus, bactéries, protistes), similaire à celui utilisé sur les récifs coralliens. À une dizaine de mètres au-dessus de l’eau, un système aérosol aspire en continu des particules atmosphériques. Ces échantillons composés de sels, de poussières contiennent des micro-organismes mis en suspension par les turbulences. Ces données seront automatiquement filtrées et analysées en cale arrière et renseigneront sur les échanges air-mer et sur la génomique des organismes qui peuplent les eaux de surface.

 

Système de filtration du laboratoire humide
Système de filtration du laboratoire humide © Maéva Bardy

 

Le laboratoire sec est implanté dans l’ancien petit carré situé au fond de la coursive, dans la zone d’emménagement, à l’abri des projections d’eau qui pourraient endommager le matériel de mesures. Ce laboratoire prélève en continu de l’eau de mer et relève les concentrations en micro-organismes et l’abondance de leurs communautés. Les instruments enregistrent les images des organismes et les conditions physico-chimiques de leur environnement (température, salinité, fluorescence…). « On aura ainsi leur signature, leur concentration et leur rôle dans le flux du carbone !» s’enthousiasme Gaby Gorsky.

Et Tara de revêtir son habit de plateforme scientifique. Même s’il ne s’agit pas d’un laboratoire océanographique traditionnel, « Il n’y a pas d’analyses poussées à bord » nous rappelle le scientifique, le matériel est à la pointe. Il s’agit d’embarquer des instruments inédits de haute technologie : un spectromètre de masse et un cytomètre pour sonder l’activité des communautés microbiennes, un spectro-photomètre pour mesurer le pH à très haute définition…etc.

 

Manipulation des filtres
Manipulation des filtres © Maéva Bardy

 

Avec cette nouvelle expédition, Tara innove pour « faire progresser les connaissances sur l’activité biologique à la surface des océans, dans le cadre d’une véritable collaboration internationale. Personne n’a jamais fait ça avant ! » précise Gaby Gorsky. Le bateau ainsi préparé pour la science pourra traiter et stocker des milliers d’échantillons de coraux, d’eau, de micro-organismes, de plastique,… en attendant leur envoi vers les laboratoires de recherche où ils passeront sous l’œil de spécialistes pour aller plus loin dans les analyses.

Maéva BARDY

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