Prendre le pouls des atolls, avec Valeriano Parravicini | Tara, un voilier pour la planète

Prendre le pouls des atolls, avec Valeriano Parravicini

© Pierre de Parscau

Partie il y a dix jours de Papeete, l’équipe de la mission BioAtoll a embarqué à bord de la goélette pour compléter et diversifier les échantillons récoltés pendant l’expédition. Rencontre avec Valeriano Parravicini – CRIOBE / EPHE-CNRS-UPVD – qui va piloter cette aventure durant deux semaines d’exploration autour des îles des Tuamotu.

 

tara-2016_10_29_pdeparscau6taraValeriano Parravicini de retour de plongée. © Pierre de Parscau/ Fondation Tara Expéditions

 

Quels sont les objectifs de ce volet de l’expédition nommé « BioAtoll » ?

L’objectif est d’échantillonner sept atolls qui ont des morphologies différentes. Nous allons échantillonner trois atolls comblés – il n’y en a que quatre en Polynésie – où il n’y a pas de lagon. Ensuite on a choisi deux atolls avec un lagon fermé c’est-à-dire qu’il n’y a pas de passes qui permettent la communication entre le lagon et l’océan. Enfin nous allons étudier deux atolls ouverts où l’on trouve une véritable communication entre le lagon et le récif.

La forme typique des atolls est un lagon relié à l’océan par une passe. La question qu’on se pose c’est s’il existe un lien entre la présence de lagon et la productivité des pentes externes du récif. Car le lagon est l’endroit le plus calme et le plus accessible, donc c’est celui qui est le plus impacté par l’homme. Plusieurs espèces de poissons profitent du lagon pour se développer, ils y entrent à l’état larvaire et en ressortent après avoir grandi. On y trouve aussi beaucoup de nutriments, contrairement à l’environnement océanique extérieur. Si le lagon devenait trop impacté par l’activité humaine, on peut se demander quel serait l’effet sur les pentes externes.

 

bioatolls_01Trois exemples d’îles aux morphologies différentes : Akiaki (lagon comblé), Haraiki (lagon ouvert), Vahitahi (lagon fermé).

 

Le lagon est-il plus menacé aujourd’hui qu’il y a quelques années ?

Oui, dans la littérature scientifique plusieurs articles ont mis en évidence deux aspects. Le premier c’est qu’il n’y a presque plus un seul endroit dans le monde qui ne soit pas impacté par l’homme et le second c’est que les lieux faiblement impactés actuellement se dégradent petit à petit. Le danger c’est qu’on finisse par oublier à quoi ressemble un lagon en bonne santé et à s’habituer à ces dégradations. Les effets climatiques sont visibles même ici, on a pu observer des coraux morts et blanchis durant nos premières plongées. Le phénomène cyclique et climatique El Nino joue un rôle important dans ces dégradations à cause de la hausse de température qu’il génère, mais je pense que le facteur humain reste le principal responsable. Le côté positif c’est que l’effet du changement climatique ne peut être réglé qu’à l’échelle globale de la planète alors que l’impact humain peut être contrôlé à l’échelle locale.

 

Comment se compose l’équipe pour cette mission ?

Les outils que nous utilisons sont assez classiques, nous avons choisi deux axes différents pour cette étude qui sont les coraux et les poissons. Notre équipe est composée de six personnes, dont moi. Nous avons quatre compteurs de poissons et Arjun Chennu qui est venu avec l’HyperDiver , une machine qui doit être capable de récupérer de l’information sur la biodiversité de manière automatique. J’avais déjà travaillé avec Serge Planes, directeur scientifique de l’expédition (CRIOBE – EPHE / CNRS / UPVD), et Michael Berumen et Geoffrey Jones nous ont rejoint depuis l’Arabie Saoudite et l’Australie car ils ont l’habitude de travailler en Polynésie. C’est très important d’avoir des compteurs qui ont l’habitude de travailler ensemble et qui connaissent les poissons de Polynésie, cela évite les confusions entre des espèces qui se ressemblent parfois.

 

tara-2016_10_29_pdeparscau3taraLe responsable de plongée David Monmarché encadre une mise à l’eau de l’équipe BioAtoll. © Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

Quelles sont les particularités des plongées aux Tuamotu ?

La difficulté que l’on rencontre concernant le comptage des poissons et l’analyse des communautés benthiques, qui vivent au fond des mers, c’est l’effet de la houle. On dépose sur le fond une corde longue de 50 mètres qui nous sert de guide lors de nos comptages. Quand la houle est forte, c’est très difficile de suivre ce repère. Mais pour vous donner une idée, après avoir parcouru les trois premiers atolls de cette mission, chaque compteur a pu entrer au moins un millier d’éléments dans notre base de données. On va d’abord faire des analyses qui nous prendrons deux semaines à notre retour et il faudra attendre 6 mois pour avoir les premiers résultats statistiques.

 

C’est la première fois que tu embarques sur Tara, qu’est-ce que cela change pour tes recherches ?

C’est la première fois que je travaille sur un voilier, les bateaux scientifiques sur lesquels j’embarque d’habitude ont des caractéristiques très différentes. Pour cet échantillonnage c’est pratique de travailler sur Tara car on peut couvrir des échelles qu’on ne pourrait pas couvrir avec d’autres bateaux.

 Propos recueillis par Pierre de Parscau

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