Archive for juin, 2014

De la terre à la mer

Depuis notre départ d’Antibes jeudi dernier, Tara a changé de visage. Nouveaux arrivants et habitués du bateau profitent maintenant d’une autre vie, celle en mer, bien loin du rythme effréné des escales.

Lors de notre petite semaine à Antibes, comme à chaque nouvelle escale, le ventre de la goélette s’est rempli de Taranautes de passage : les passations entre « débarquants » et « embarquants », quelques membres de l’équipe de la base Tara à Paris, des scientifiques réglant les derniers protocoles de prélèvement, des techniciens venus installer du nouveau matériel de navigation ou encore régler les problèmes de communication satellite… Le pont et le grand carré n’auront quasiment jamais désempli durant ces six jours à Antibes, plongeant la goélette dans un brouhaha incessant, rythmé par le passage régulier de groupes visitant le bateau. Des visites publiques, mais aussi des groupes scolaires et des centres de loisirs, pour lesquels les marins se relaient, expliquant inlassablement l’histoire du bateau et les raisons de notre venue en Méditerranée.

A terre, les journées sont donc soigneusement organisées, comme l’atteste le planning complet trônant  dans le grand carré. Visites scolaires, heures des repas, arrivée des officiels, réception avec un des partenaires de l’expédition, conférence publique, etc., tout est inscrit dans les moindres détails. Un planning minutieux qui tranche avec la souplesse dont nous devons faire preuve une fois en mer. Une fois au large, ce sont souvent les conditions météorologiques qui dictent notre programme. La houle faiblit ? L’équipe scientifique en profite pour faire un prélèvement de plastique avec le filet Manta, décalant alors l’heure du repas. Si les stations de prélèvement ont été soigneusement prévues à terre, une fois sur les flots, la Nature nous force tout de même à quelques ajustements.

Ce changement de rythme une fois en mer entraîne également une ambiance plus calme favorisant les échanges humains. Alors que quelques jours auparavant, nous voyions en permanence de nouvelles têtes, nous ne sommes aujourd’hui plus que onze à bord, vivant 24 heures sur 24 ensemble. Entre deux remontées de filet ou pendant les repas, chacun a maintenant le temps d’apprendre à connaître ses compagnons d’étapes. Car si on retrouve des têtes bien connues sur le bateau, comme Samuel Audrain, le capitaine, François Aurat, chef de pont ou encore Marion Lauters, la cuisinière, pour beaucoup, cette expédition en Méditerranée est une grande première.

Le second capitaine de ce début d’expédition, Aloys Le Claquin, est bien un marin confirmé, après 15 ans passés dans le milieu de la course au large, mais le breton fait ses premières armes sur le pont de Tara. Idem pour Rodolphe Gaudin, à qui incombe la lourde responsabilité des machines. Du coté scientifique, Thomas Leeuw en est à son deuxième embarquement. Ce chercheur américain spécialiste de la couleur de l’eau complètera ainsi les prélèvements de plastiques menés par Stéphanie Petit, chercheur en écologie microbienne à Villefranche-sur-mer, secondée par Juliette Maury, jeune étudiante en biologie en stage sur Tara. Après avoir embarqué sur la précédente expédition, Noé Sardet retrouve le pont de la goélette pour y tourner un film sur le plancton. Enfin, dernier Taranaute à bord pour cette étape, l’artiste américain Spencer Lowell traîne sur le pont ses différents appareils argentiques pour immortaliser tout ce qui s’y passe. La vie commune en mer se met donc progressivement en place, et chacun aura encore quelques jours pour apprendre à mieux se connaître avant notre prochaine escale, Cala Gonone en Sardaigne, prévue pour la fin de semaine prochaine.

Yann Chavance

 

Articles associés :

- Toutes les photos de l’expédition

- Le programme de l’escale à Cala Gonone à partir du 5 juillet

Plan de sauvetage pour notre océan

Mr Ban Ki Moon, contribuez à assurer un océan vivant, l’alimentation et la prospérité. Proposez de nouvelles normes pour la protection de la haute mer en Septembre 2014

L’océan est en danger. Il est essentiel pour notre avenir. Faisons de sa protection une priorité de l’action des Nations Unies.

Il nous offre des aliments, de l’eau fraîche, de l’énergie, des médicaments, la moitié de l’oxygène que nous inspirons et même le cadre de nos vacances : un océan sain est essentiel à toute vie sur Terre.

Cependant, pendant trop longtemps, nous avons capturé trop de poissons, pollué aveuglément et dégradé de fragiles habitats des fonds marins. Nous poussons le système océanique jusqu’à son point de rupture, risquant ainsi notre propre santé et prospérité.

Les ressources marines et côtières atteignent une valeur de 3 000 milliards de dollars US par an – environ 5 % du PIB mondial – et, à travers le monde, 350 millions d’emplois sont liés à l’océan tandis que 97 % des pêcheurs vivent dans les pays en développement.

Mais sans la mise en œuvre de lois efficaces pour protéger un océan vivant, une minorité continuera à abuser de la liberté de la haute mer, à piller les richesses qui se trouvent sous sa surface, à prélever une part non équitable, et à en tirer profit au détriment du reste du monde, en particulier des plus pauvres.

La bonne nouvelle, c’est que nous avons l’extraordinaire possibilité de changer le cours des choses.

En septembre de cette année, l’Organisation des Nations unies (ONU) va entamer un débat sur l’avenir de la haute mer et sur la manière dont celle-ci devrait être gouvernée. Cela ne se reproduira pas de sitôt et c’est donc maintenant que nous devons tirer le meilleur parti de cette opportunité.

La haute mer – constituée des eaux internationales et recouvrant 45 % de la surface de la Terre – nous appartient à tous. Elle ressemble pourtant à un État en déliquescence au-delà de la juridiction de tout gouvernement. Personne n’en est globalement responsable, ce qui a pour conséquence alarmante un déclin important de la santé de tout l’océan.

Il est temps d’étendre l’État de droit jusqu’à cette moitié bleue de notre planète. Nous avons besoin d’un nouvel accord international (dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer) afin de garantir le bon état de l’océan, l’utilisation durable et équitable des ressources de la haute mer, et la préservation de celles-ci.

Cela aidera à nous assurer que nous disposons de suffisamment de nourriture pour tous, d’un accès équitable aux nouveaux médicaments issus des organismes d’eau profonde pour lutter contre le cancer et d’autres maladies graves, d’une résistance suffisante face aux effets les plus graves du changement climatique et d’une protection des habitats marins précieux contre les industries destructrices.

Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est engagé en faveur de la santé et de la protection de l’océan, mais il a besoin de notre soutien pour être en position de force en septembre lorsqu’il appellera les dirigeants de la planète à préparer ce nouvel accord.

Joignez-vous à la mission pour un océan sain et vivant, et demandez à Ban Ki-moon de lancer un appel en faveur de la protection de la haute mer et de la santé de l’océan.

Signez cette pétition de Pascal Lamy, Commissioner, Global Ocean Commission France

Cliquez ici pour en savoir plus sur cette campagne Mission Ocean

Un pas important vers l’interdiction des sacs plastiques !

Tara salue la décision du gouvernement français, annoncée ce mercredi 25 juin par la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, d’interdire dès le 1er janvier 2016 la distribution gratuite des sacs plastiques à usage unique.

Ces sacs très fins, distribués encore gratuitement par les commerçants, sont difficilement réutilisables. Ils sont une source de pollution bien connue et ont un impact croissant sur les écosystèmes marins. Nous saluons également la mise en place d’avantages fiscaux pour aider le développement des filières de bioplastiques 100% compostables.

« Cela fait trop longtemps que l’on parle de l’élimination des sacs plastique, on voit des pollutions en mer, des étouffements de poissons et je crois que le moment est venu avec cette loi de faire cette avancée ». Ségolène Royal

La goélette Tara – actuellement en mer Méditerranée pour une expédition de sept mois dans le but d’étudier l’impact des plastiques en mer – se penche depuis trois ans sur la pollution par le plastique et travaille avec les organisations qui se battent depuis des années pour cette interdiction, notamment la Fondation Surfrider Europe.

Plus d’informations sur blog.surfrider.eu

André Abreu

Tara, antibois de coeur

Ce jeudi, Tara quittait Antibes après une petite semaine passée dans son port ensoleillé ; une escale aux allures de madeleine de Proust pour Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions. Une histoire de famille, de mer et de bateaux, lorsque Tara se conjuguait encore au pluriel.

Depuis une décennie que la goélette s’est fait connaître au travers de ses aventures scientifiques autour du monde, Tara a perdu son numéro. Tara 5, de son nom officiel, est ainsi le cinquième bateau de la famille, dont la plupart ont mouillé leur quille à Antibes des années durant. Tout commence avec Ado Troublé, le grand-père d’Etienne, qui nomme son petit bateau Tara, en référence au film « Autant en importe le vent » : Tara, c’est la maison où l’on revient toujours. Et déjà, ce « premier du nom » avait pris ses marques entre les bateaux de pêche du vieux port d’Antibes, une ville qu’avait toujours connu la famille. « Mon arrière-grand-père, le père d’Ado, avait fait construire une maison sur les hauteurs dans les années 1880. On y venait pour les vacances, souvent en hiver » se souvient Etienne Bourgois.

Quelques années plus tard, le deuxième bateau d’Ado, un petit voilier de huit mètres, sera appelé en toute simplicité Tara 2. C’est sur le pont de ce dernier qu’Etienne découvre la mer, la voile, l’aventure. « Je naviguais avec mon grand-père, vraiment en amateur : on allait jusqu’en Corse, en naviguant aux étoiles. Je me souviens d’un homme très cultivé, bon vivant ». Puis vint en 1973 Tara 3, un Dufour 35 rapidement envoyé en Grèce. En 1979, c’est Etienne qui le ramena à Antibes pour son grand-père. Ce dernier mourut quelques mois plus tard, lui léguant ce troisième Tara. « J’avais 20 ans, je commençais à peine à travailler, mais je mettais tout ce que je gagnais dans ce bateau » explique Etienne. C’est à cette époque qu’il s’initie à la course en mer, avec son oncle Bruno Troublé, barreur du France 3 du Baron Bich lors de la Coupe de l’America, et c’est ensemble qu’ils achèteront en 1996 le First 51 d’occasion qui deviendra Tara 4. Ce quinze mètres sera le premier à réellement quitter Antibes pour rejoindre les eaux bretonnes.

Un demi-siècle après le premier petit bateau de huit mètres d’Ado Troublé, Tara 5, qui a perdu son numéro aux yeux de tous, est donc de retour pour la première fois dans le port d’Antibes, là où les bateaux de la famille ont toujours navigué. Pour Etienne, propriétaire de la goélette avec agnès b., l’émotion est forcément forte. « Hier, je suis sorti avec le pointu de la famille, un petit bateau en bois de moins de cinq mètres. En faisant le tour du cap, j’ai pensé à mon grand-père : à l’époque où il m’emmenait en mer avec lui, jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour nous aurions un bateau comme Tara, aussi grand, naviguant sur toutes les mers du monde », explique-t-il, assis sur le pont en aluminium de la goélette. Avant de reprendre, en guise de conclusion : « Mais en fait, ce n’est pas vraiment notre bateau. C’est avant tout un bateau de travail, qui a une mission. Un peu le bateau de tout le monde ».

Yann Chavance

Escale de Tara à Antibes

Du dimanche 22 juin au jeudi 26 juin, Tara fait escale à Antibes Juan-les-Pins au Port Vauban dans le cadre de l’expédition Tara Méditerranée. Des visites de la goélette pour le public et pour les scolaires et une conférence sont programmées à cette occasion !

Le programme :

- Arrivée de la goélette Tara dans le Port Vauban, le samedi 21 juin, à 18h30.

- Le dimanche 22 juin, des visites publiques du pont de la goélette, guidées par un membre d’équipage seront organisées de 10h à 11h30 et de 14h à 17h (gratuit, dans la limite des places disponibles, réservation par ordre d’arrivée) – Lieu : Port Vauban, derrière la capitainerie – Quai des Combattants en Afrique du Nord – 06600 Antibes Juan-les-Pins.

- Le lundi 23 juin, à 18h30, une conférence intitulée Tara, un bateau engagé pour la planète sera ouverte à tous (gratuit, sans inscription), avec Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions, Christian Sardet, scientifique de l’Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer et Hugues Ravenel, directeur du centre d’activités régionales du Plan Bleu – Lieu : Espaces du Fort Carré, salle polyvalente – 6 avenue du 11 Novembre – 06600 Antibes Juan-les-Pins.

- Les lundi 23 juin, mercredi 25 et jeudi 26 juin – Des visites pour les centres de loisirs et les écoles d’Antibes Juan-les-Pins sont également prévues toute la journée (sur inscription). Près de 350 élèves seront ainsi accueillis à bord pendant l’escale.

Pour être informé de l’actualité de l’expédition et connaitre la suite du programme, inscrivez vous à la newsletter Tara

Escale Tara Antibes

LES PARTENAIRES DE l’ESCALE DE TARA A ANTIBES JUAN-LES-PINS
Ville d’Antibes Juan-les-Pins, Port Vauban-Antibes

 

Tara à Monaco

Le 20 juin à l’occasion de l’escale de Tara en Principauté, Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions, Romain Troublé secrétaire général et l’équipage de la goélette ont eu l’honneur de saluer Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco.
 
La Fondation Albert II qui soutient Tara depuis 2006 est l’un des principaux partenaires de l’expédition Tara Méditerranée.
 
Ce 20 juin était aussi le jour de l’inauguration du tout nouveau Yacht Club de Monaco. L’équipe de Tara a donc assisté à la cérémonie et sur ces photos arbore le fanion du YCM.
 
Découvrez l’interview du Prince : « Tara fait comprendre et aimer la mer » 

Interview de Yoann Lelong, artiste en résidence à bord de Tara

“En filmant, je me suis rendu compte que les personnes à bord sont à la fois très indépendantes et très liées”

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Yoann Lelong fait partie des 10 artistes sélectionnés pour vivre l’aventure Tara Méditerranée. Premier à embarquer en résidence sur cette expédition, il a vécu et travaillé à bord pendant 20 jours, de l’île des Embiez à Monaco. Cette aventure humaine et artistique, lui a permis de découvrir la goélette, son univers et son équipage, qui lui étaient totalement inconnus. Discret, l’artiste a vogué caméra au point pour filmer les manœuvres et les prélèvements scientifiques, ou plutôt pour capter le « ballet » des Taranautes en action. Et lorsqu’il ne filmait pas, il s’improvisait guide et participait au travail de sensibilisation du public à bord de la goélette. Dévoué à l’art, « sa raison de vivre », c’est à travers la vidéo, les performances et les installations qu’il s’exprime. Son travail sera exposé à l’issue de l’expédition à la base Tara à Paris

Quel est l’objet de ton travail à bord ?

A mon arrivée, je voulais vraiment travailler sur des gros plans, sur les membres de l’équipage et les scientifiques. Et très vite en filmant, j’ai réalisé que ça ne marchait pas, que ça n’était pas possible de faire de l’individuel sur ce projet-là. Et puis, il y avait un mouvement entre toutes ces personnes, quelque chose d’un peu dansé. Moi qui aime beaucoup le travail de Merce Cunningham et de Trisha Brown, en danse contemporaine, ça m’intéressait d’essayer de m’inspirer de la manière plastique dont ils construisent leur chorégraphie. Mon travail a donc évolué, plutôt que de me focaliser sur les personnes, je vais travailler autour du mouvement. Mon idée c’est avant tout de filmer, d’engranger un maximum de matière première, et je verrai ensuite comment construire le film et l’installation.

Quel type de matériel utilises-tu à bord ?

J’utilise du matériel amateur, je travaille avec un Canon 700D, j’ai trafiqué un peu mes objectifs, 3 différents, pour qu’il y ait peu de lumière, parce qu’en général j’aime bien les choses un peu sombres et floues. A bord, je m’attachais à utiliser un objectif par jour pour me contraindre à ne pas m’éparpiller sur plein de choses différentes.

Que ressort-il de tes prises de vue ?

Je me suis vraiment attaché à filmer les relations entre les gens. Lorsqu’il se passait quelque chose à bord, j’ai remarqué que personne ne faisait les choses seul. J’ai trouvé cela très joli et c’est vraiment intéressant d’observer plusieurs personnes qui travaillent ensemble sur les mêmes gestes.

Lors de nos discussions, le mot« instinct » est revenu à plusieurs reprises…

Je travaille beaucoup en argentique, avec des caméras 16 mm, ce qui signifie qu’une bobine c’est seulement 2 mn 30 de tournage, il faut donc choisir ses plans et capturer les bons moments. Il s’instaure un peu une sorte de « dialogue » sans mots entre moi et la ou les personne(s) que je filme. J’essaie vraiment de capter les choses en fonction de mon ressenti personnel. Je ne pense pas réaliser une image objective, il s’agit vraiment d’une image subjective, c’est vraiment moi et ce que je ressens à ce moment-là.

Comment avais-tu préparé ton embarquement ?

En général, je travaille de manière très spontanée et du coup je me renseigne le moins possible sur les projets que j’intègre. Auparavant, je faisais le contraire, je prenais des informations, et j’arrivais avec des idées de plans préconçues ce qui, finalement, me contraignait, me bloquait dans ma prise de vue. Du coup, moins j’en sais et plus je me sens libre, plus j’ai l’impression de pouvoir capter des choses sans trop réfléchir.

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué à bord ?

En filmant, je me suis rendu compte que les personnes à bord sont à la fois très indépendantes et très liées, elles s’écoutent les unes les autres, c’est assez impressionnant. Chacun sait ce qu’il doit faire, chacun est en confiance, et du coup, il y a quelque chose d’assez naturel qui se crée. Pour moi par exemple, le bateau ce n’est pas une chose naturelle, j’ai été surpris de voir que dans cet espace clos, chacun trouve rapidement sa place.

Et puis, il y a un moment qui m’a marqué. Nous sommes partis en mer pour effectuer des prélèvements, l’eau était hyper calme, c’était brumeux et puis nous avons vu des dauphins, c’était une ambiance très particulière et du coup cette ambiance presque onirique faisait ressortir plein de choses à bord : tout le monde semblait hyper soudé et à la fois, comme c’est souvent le cas dans ces moments-là, c’était électrique, il y avait de la nervosité, on était un peu sur un fil.

Aimerais-tu revenir à bord ?

Oui, je reviendrai volontiers si j’ai un projet qui s’y prête.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Inauguration de la Base Tara

Mardi 24 juin 2014, la Base Tara située sur le port de l’Arsenal à Bastille a été inaugurée par Madame Anne Hidalgo, Maire de Paris avec Etienne Bourgois, agnès b, Christophe Girard, Maire du 4ème arrondissement ainsi que les Adjointes, Mesdames Marie-Christine Lemardeley et Célia Blauel.

La Base Tara accueille actuellement sa première exposition « Le Monde Secret du Plancton » réalisée par l’Ecole des Arts Décoratifs.

« Ce sont dix ans de vie et dix ans d’engagement qui doivent être poursuivis. » Aux yeux d’Etienne Bourgois, ces nouveaux locaux sont annonciateurs d’une aventure qui n’en est qu’à ses débuts. Cet espace ne se contente pas d’accueillir les bureaux de l’équipe Tara dirigée par Romain Troublé, mais entend lutter pour la préservation de l’océan depuis Paris au moyen d’expositions, de conférences, de réunions avec d’autres ONGs, de partenaires ou encore de visites scolaires.

Bien que Tara parcoure les quatre coins du globe, Christophe Girard n’a pas manqué d’insister, devant les quelques 150 invités, sur l’importance de la présence de Tara Expéditions au cœur de la capitale française. Ses attaches à Paris existent désormais depuis un certain temps et se confirment avec cette nouvelle Base.

Aujourd’hui, déclare Madame Anne Hidalgo, le combat auquel participe Tara contre la crise écologique des océans et le dérèglement climatique compte parmi ses alliés la ville de Paris, notamment en vue de la Conférence sur le climat qui se tiendra dans la capitale française à la fin de l’année 2015.

L’expédition Tara Méditerranée

De mai à novembre 2014

Après plus de quatre ans à naviguer autour de la planète et en Arctique, Tara réalise une expédition en Méditerranée, de mai à novembre 2014. Elle comportera à la fois un volet de sensibilisation sur les nombreux enjeux environnementaux liés à la Méditerranée et un volet scientifique sur le  plastique.

450 millions d’habitants vivent sur les zones côtières de la Méditerranée répartis dans 22 pays riverains. Par ses caractéristiques géographiques et climatiques, la Méditerranée abrite aussi près de 8 % de la diversité biologique marine, même si elle ne représente que 0,8 % de la surface de l’Océan. Aujourd’hui ses mégapoles sont saturées, la Méditerranée concentre 30% trafic maritime mondial, les difficultés liés aux pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques dans la mer et sa probable incorporation dans la chaine alimentaire, et donc dans nos assiettes, pose question. Il est donc urgent d’avancer vers des solutions concrètes comme l’assainissement des eaux, la gestion des déchets, l’innovation pour un plastique biodégradable, la promotion du tourisme durable ou la création d’Aires Marines Protégés préconisées depuis des décennies par la Convention sur la Diversité Biologique de l’ONU ainsi que par l’Union Européenne.

Cette expédition, la dixième pour Tara depuis 2003, sera l’occasion pour Tara Expéditions de promouvoir les efforts d’associations locales et régionales sur les nombreux enjeux environnementaux liés à cette mer quasi fermée.

Une étude scientifique sera menée à bord de Tara sur le plastique, par l’Université du Michigan aux Etats-Unis et le laboratoire de Villefranche-sur-mer (CNRS) en France. L’accumulation de débris plastique dans la nature est « l’un des changements récents le plus répandu et durable sur la surface de notre planète » et l’une des grandes préoccupations environnementales de notre temps. Pourtant nous connaissons trop peu de choses sur ce qu’il advient de ces plastiques et sur leurs rôles dans la dynamique des écosystèmes pour pouvoir prédire leurs impacts à venir sur les océans de notre planète.

Pour combler cette lacune, les scientifiques réaliseront une mission interdisciplinaire afin de mieux comprendre les impacts du plastique au niveau de l’écosystème méditerranéen. Elle quantifiera les fragments de plastique, ainsi que la taille et le poids de ces fragments. Elle qualifiera aussi les matières plastiques (ainsi que les polluants organiques liés au plastique) qui se répandent en mer, et explorera les dynamiques et la fonction des communautés microbiennes qui vivent sur le plastique – ce dernier sujet étant quasiment inexploré.

Une exposition itinérante et des films seront aussi partagés avec les publics rencontrés. Nous recevrons également des classes à bord lors des différentes escales. Et des artistes seront accueillis en résidence sur Tara pendant toute la durée de l’expédition.

LES PARTENAIRES
agnès b., Fondation Prince Albert II de Monaco, Fondation Veolia Environnement, IDEC, Carbios, UNESCO-COI, MedPAN, Surfrider Foundation, Lorient Agglomération, Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie, IUCN, CNRS, AFP, RFI, France 24, MCD.

LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES
Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-mer, CNRS, Université du Michigan, Université du Maine, NASA, Université Libre de Berlin, Université Pierre et Marie Curie, IFREMER, Observatoire Océanologique de Banuyls, Université Bretagne Sud, Université Toulon Sud, Université Aix Marseille, Université de Corse.

*LES ASSOCIATIONS LOCALES ET RÉGIONALES IMPLIQUÉES À CE JOUR :
Expedition MED, Fondation Mohamed VI pour l’Environnement, Acquario di Cala Gonone.

SOUS LE HAUT PATRONAGE DE JANEZ POTOČNIK, Commissaire européen en charge de l’environnement

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Bienvenue sur le nouveau site Tara !

Accessible depuis tous les écrans dans une version plus simple d’utilisation, plus visuelle et interactive, ce nouveau site est organisé autour des 4 grandes missions de Tara Expéditions : la science, l’environnement, l’éducation et l’art.

Il présente des contenus dédiés et le journal de bord en direct du bateau, ainsi que le journal des précédentes expéditions de Tara autour du monde, via un mur d’images à faire défiler chronologiquement. Le parcours du bateau y est relayé en temps réel sur une carte interactive et une visite virtuelle vous permet de visiter le bateau de l’intérieur comme si vous y étiez.

Une médiathèque vous permet d’accéder simplement aux différentes ressources de Tara : photos, vidéos, journaux, livres, films documentaires associées aux expéditions de Tara.

L’espace Science vous donne accès aux actualités et aux objectifs scientifiques de Tara, aux laboratoires impliqués et à de plus amples informations sur la science à bord de Tara.

L’espace Environnement traite des programmes que nous menons : l’océan, l’homme, le climat, la biodiversité, l’Arctique, le changement climatique, la pollution et la haute mer y seront développés. Autant de sujets qui sont chers à Tara depuis ses débuts.

L’espace Education, spécialement dédié aux enseignants, vous permet d’accéder aux contenus et aux opérations pédagogiques pour travailler avec des élèves de tout âge dans le cadre des programmes scolaires et ainsi illustrer les cours de disciplines scientifiques et techniques, mathématiques, science de la vie et de la terre, physique et chimie, technologie mais aussi pour la géographie, les arts plastiques ou le français.

L’espace Art est la nouvelle Galerie de Tara Expéditions. Elle expose en ligne le travail des artistes montés à bord du voilier Tara depuis 2003. Ils ont chacun eu carte blanche pour poser leur regard sur les voyages de Tara et ont retranscrit leur expérience à travers des photos, des vidéos, des textes ou encore des illustrations.

L’ Agenda de Tara Expéditions présente les rendez-vous à ne pas manquer : les expositions, les escales du bateau mais aussi la programmation de la Base Tara, nouvel espace de Tara Expéditions. Situé sur le port de l’Arsenal de la Bastille, 11 boulevard Bourdon dans le 4e arrondissement de Paris, il accueille librement des cycles de conférences et projections pour le public.

Avant la fin de l’été, une nouvelle version de la boutique en ligne sera mise en ligne. Vous pouvez d’ores et déjà commander partout dans le monde la gamme des produits Tara. En achetant nos produits, vous soutenez les missions pédagogiques et scientifiques de Tara Expéditions.

La version anglaise, espagnole, italienne et portugaise de ce site seront en ligne dans quelques semaines.

Pour rester informé des actualités environnementales de Tara Expéditions, le planning des escales et les découvertes scientifiques, vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire à une newsletter bi-mensuelle.

 

Site produit par l’agence Soixanteseize en collaboration avec Tara Expéditions

« J’ai grandi en tant que scientifique avec Tara »

Les marins ont quitté le navire, le temps d’une escale à Villefranche-sur-Mer. Invités à visiter l’Observatoire Océanologique, ils ont arpenté la station zoologique créée en 1884, l’ancien bagne des rois de Sardaigne, un lieu charmant organisé autour d’une jolie cour arborée. Les bâtisses du bagne et de la Vieille Forge abritent un dédale de laboratoires, de bureaux, une animalerie et une bibliothèque. Le fameux bâtiment des Galériens sert quant à lui d’entrepôt : bouteilles Niskin, bien connues des Taranautes, kayak de mer, matériel de plongée… Et la mer n’est pas loin, le terrain de jeu favori des océanographes se situe à quelques mètres de là, au bout d’une avancée en pierres. Au fil de la visite, l’équipage a croisé, par hasard, plusieurs scientifiques ayant embarqué à bord de la goélette. Parmi eux, Jean-Baptiste Romagnan, ingénieur spécialisé dans l’étude et l’analyse du plancton à travers des outils d’imagerie, qui travaille toujours sur l’analyse des données de Tara Oceans (2009-2012). Une aventure scientifique d’envergure, à laquelle il a participé à deux reprises. Focus sur les données collectées durant cette mission.
 
A quel moment as-tu embarqué pendant Tara Oceans et pour quelle mission ?

La première fois, c’était pour ma thèse, en octobre 2009 entre Naples et Malte, la seconde fois, à l’automne 2011 entre l’île d’Ascension et Rio. Lors de mon premier embarquement, nous étions encore dans une période de mise en place, j’ai plutôt pris en charge la collecte de zooplancton avec les filets et j’ai travaillé sur le pont aux côtés de l’ingénieur Sarah Searson. Et à l’automne 2011, j’ai à nouveau participé à l’échantillonnage au filet et au déploiement des instruments avec l’ingénieur de pont.

Lors de cette mission, beaucoup de données ont été prélevées, comment sont-elles traitées ?

Effectivement, nous avons collecté beaucoup d’échantillons, des tubes contenant du plancton, lors de Tara Oceans, puis Tara Oceans Polar Circle (2013) et nous allons encore en collecter dans les mois à venir en Méditerranée. Lorsque ces tubes sont ramenés au labo on peut en tirer des informations de plusieurs manières : certains scientifiques font de la génétique, d’autres les analysent à l’aide d’outils d’imagerie. C’est ce que je fais sur les échantillons de Tara Oceans, avec le Zooscan, un scanner à plancton, et grâce à la participation de nombreux stagiaires, depuis presque 5 ans. Nous avons traité environ 75% des données collectées. La procédure est toujours la même : il faut retirer le formol, prendre une partie de l’échantillon pour le placer sur le Zooscan, afin d’obtenir des images, des petites vignettes de chacun des objets, a partir de la grande image scannée. Ces images sont analysées, puis à partir de mesures sur vignettes de plancton, nous faisons de « l’apprentissage automatique », en d’autres termes, nous demandons à l’ordinateur d’identifier le plancton, avant de valider les identifications manuellement. Avant on faisait ça à la loupe binoculaire, ça prenait du temps et ça demandait beaucoup d’expertise. A présent, nous avons développé des outils qui nous permettent d’aller plus vite et d’analyser un grand nombre d’échantillons.

Un lot d’échantillons représente combien de données archivées ?

Des milliards ! Le Zooscan est un outil qui a été développé pour répondre à plusieurs besoins. Le premier : pouvoir générer des données issues de campagnes océanographiques rapidement après la collecte, parce que dans le passé il fallait plusieurs années pour analyser des données planctoniques comme celles-ci. Le deuxième, répond à un besoin de stockage : les échantillons en tube ne sont pas éternels, ils peuvent s’abîmer, ils sont à la merci d’un accident. L’archivage numérique nous permet de stocker nos données à plusieurs endroits, dans une logique de conservation. Le troisième besoin répond à des problématiques scientifiques comme la mesure de biomasses, la mesure de biovolume, la mesure de taille ou de spectre de taille. En fait avec les images, nous pouvons mesurer automatiquement chaque organisme et obtenir des mesures précises et homogènes. De ces mesures, nous tirons des informations sur le fonctionnement des écosystèmes. Le plancton peut être observé à travers la « loupe de la biodiversité », ou bien à travers la loupe de la « structure en taille » pour répondre à différentes questions : combien y en a-t-il, pourquoi, où sont-ils, etc.

Que dire d’une expédition à l’échelle globale comme Tara Oceans ?

C’est une expédition exceptionnelle ! Tout comme Tara Oceans Polar Circle. Il s’agit de deux expéditions inédites, le genre d’aventure scientifique qui n’avait pas été réalisée depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, elles sont à classer parmi les grandes expéditions naturalistes comme celles de Darwin ou du Challenger. L’idée de départ était d’échantillonner tout le vivant planctonique, uniquement le plancton, mais tous les organismes : des virus et des bacteries, jusqu’aux plus gros organismes du plancton gélatineux. Le but était donc de mettre en place un échantillonnage de toute la biodiversité et de toute la complexité du plancton pour réaliser un état des lieux « photographique »  de la biodiversité du plancton à l’échelle globale. Après des expéditions comme celles-ci, il y en a pour des décennies de travail. Les analyses sont en cours, comme ici, ou encore à la Station Biologique de Roscoff, un laboratoire partenaire, ainsi que dans d’autres laboratoires.

Quelle a été votre expérience sur Tara ?

Mes embarquements étaient géniaux ! Une campagne océanographique sur un bateau si petit, c’est un gros bateau, mais en comparaison des bateaux océanographiques habituels, il s’agit d’un petit navire et la mise en œuvre d’un échantillonnage complexe et complet sur cette goélette est une belle prouesse. C’est une autre approche de l’océanographie, c’était assez intense. Finalement, nous travaillons en groupe, nous interagissons avec les partenaires du consortium Tara Oceans nous nous réunissons plusieurs fois dans l’année et nous essayons de faire de la science ensemble et ça, c’est vraiment intéressant. Cette communauté est très attachante. Et puis personnellement, j’ai grandi en tant que scientifique avec Tara, ça a été un projet formateur et je continue à travailler sur ces données.

Propos recueillis par Noélie Pansiot

Exposition Le monde secret du plancton

Fort de son expérience sur le voilier Tara en tant qu’artiste, Rémi Hamoir, professeur à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs, a proposé aux enseignants et aux étudiants de 1ère année de travailler sur un projet d’expression plastique autour de la thématique : « Tara et le monde secret du plancton ».

Le projet s’est élaboré autour d’une conférence donnée à l’École par Christian Sardet, co-initiateur de l’expédition Tara Oceans et Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, sur les activités de Tara depuis 10 ans : ses missions scientifiques sur le changement climatique, notamment à travers l’étude du plancton, ainsi que les différentes créations artistiques réalisées autour de ses expéditions maritimes.

Le projet s’est ensuite appuyé sur une observation scientifique des micro-organismes marins conduite par les scientifiques Chris Bowler et Christian Sardet, tous deux ayant participé aux dernières missions de Tara. Cette expérience s’est tenue à l’Institut de Biologie à l’École Normale Supérieure dans le cadre d’un partenariat avec l’École. Les étudiants ont ensuite travaillé sur le sujet pendant un mois avec l’objectif de produire une exposition.

Etudiants: Louise Collet, Louise Vendel, Mathilde Cordelle, Clara Kernreuter, Cindy Attoungbre, Raphael Serres, Daniela Calcagno, Marie-Marie Dutour, Emmanuelle Blanc, Raphaelle Martinez, Eloise Petel, Hélène Hugues, Gabrielle Kourdadz, Margaux Saura, Lorène Gaydon.

Le monde secret du plancton sera la première exposition de la Base Tara qui sera inaugurée par la Maire de Paris Anne Hidalgo au mois de juin. Le public découvrira, à travers la créativité des étudiants et leurs interprétations plastiques, l’actualité des missions du bateau Tara, qui prospecte en ce moment sur la pollution plastique en mer Méditerranée.

Informations pratiques :

Exposition Le monde secret du plancton

Du 2 au 26 juin 2014

Base TARA, 11, boulevard Bourdon 75004 Paris

Du lundi au samedi de 10h à 18h.

Entrée libre.

 Le monde secret du plancton à la Base Tara

La Base Tara est le nouvel espace de Tara Expéditions. D’une surface de 400m2, il accueillera librement expositions, visites et conférences sur le Port de l’Arsenal à la Bastille, 11 boulevard Bourdon, dans le 4e arrondissement de Paris.

Des expériences à partager sur les réseaux sociaux

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Interview d’Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions

Une nouvelle expédition, une nouvelle base Tara à Paris, un nouveau site Internet, le lancement d’une Plateforme Océan et Climat à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Océan, Etienne Bourgois fait le point sur l’actualité très riche pour Tara durant ce mois de juin.

L’expédition est lancée et le volet scientifique de l’expédition Tara Méditerranée a commencé cette semaine…

Tara est d’abord un bateau pour la recherche, c’est donc une bonne chose ! Je suis d’autant plus satisfait que le volet scientifique de l’expédition s’est étoffé ces dernières semaines avec d’avantage d’universités et d’instituts qui s’impliquent sous la direction de Gaby Gorsky, directeur de l’observatoire océanologique de Villefranche sur mer.

Mais n’oublions pas que nous consacrerons aussi 50% du temps de la mission à la sensibilisation sur les enjeux environnementaux. Nous avons d’ailleurs pour objectif de publier un livre bleu à l’issue de ces 7 mois en Méditerranée.

Depuis quelques jours nous accueillons aussi un artiste à bord. Ils seront 11 à se succéder en résidence à bord de Tara, ils ont carte blanche. C’est une expérience unique pour eux mais aussi pour les scientifiques et les marins qu’ils vont côtoyer à bord de Tara !

Quel message souhaitez-vous faire passer en particulier ?

Un message de détermination concernant l’environnement. Malheureusement la roue est entrain de tourner, le temps passe et les réactions des politiques sont lentes. Il faut agir, prendre des orientations fortes maintenant.

Y-a t-il déjà eu des moments forts depuis que vous êtes en Méditerranée ?

Oui je me suis rendu à bord de Tara à Port-Cros début mai lors de l’étude du coralligène profond mené par l’équipe de Laurent Ballesta et l’Agence de l’Eau. Il m’a montré des photos extraordinaires qui montrent que la mise en place d’une Aire Marine Protégée porte ses fruits et que l’écosystème méditerranéen est merveilleux. Ces zones manquent souvent de moyens et sont encore trop peu nombreuses pour couvrir 10% de cette mer avant 2020, objectif fixé par la Convention sur la diversité biologique.

Je voudrais en profiter ici pour adresser mes remerciements à l’équipage très professionnel, motivé, uni, modeste etc…

Le 8 juin sera la Journée mondiale de l’Océan. Comment avance votre sensibilisation auprès des politiques ?

Cette Journée mondiale de l’Océan, donnera notamment lieu à une série d’événements pour les jeunes et la presse organisés le 10 juin au siège de l’UNESCO avec notamment le lancement de la Plateforme Océan et Climat 2015. Sous l’impulsion d’un petit groupe de fondateurs dont Tara, celle-ci réunit des acteurs de la société civile, et de la recherche avec un objectif : renforcer la place de l’Océan au cœur des discussions internationales relatives au climat, notamment en vue de la CoP 21 l’année prochaine à Paris.

Une autre source de satisfaction : l’ONU vient de rendre public la première version du texte sur les objectifs du développement durable. Et la “conservation et l’usage durable des ressources marines” sont dans la liste, avec 11 autres objectifs. Tara Expéditions avec André Abreu notre chargé de mission a aussi participé à cet effort à l’ONU.

Un prochain site Internet Tara est au programme pour la mi-juin…

Oui nous avions besoin de moyens nouveaux et plus adaptés aux nouvelles technologies afin de mieux diffuser nos messages. Ce site, réalisé en partenariat avec l’agence 76, sera plus simple d’utilisation, plus visuel et sera organisé autour des 4 grandes missions de Tara Expéditions: la science, l’environnement, l’éducation et l’art.

Tara Expéditions dispose aussi d’un nouvel espace : la base Tara…

Oui c’est la base arrière de Tara. L’équipe à terre dirigée par Romain Troublé y a désormais ses bureaux. C’est un lieu magique à côté de la Bastille, très lumineux. Nous pouvons y accueillir des expositions, des conférences, des rencontres pour les scolaires, des projections, etc…

La première exposition « Le Monde Secret du Plancton » a d’ailleurs ouvert ses portes  ce lundi et sera ouverte jusqu’au 26 juin. Fort de son expérience sur Tara en tant qu’artiste, Rémi Hamoir, professeur aux Arts Décoratifs, a proposé aux enseignants et aux étudiants de 1ère année de travailler sur un projet d’expression plastique autour de la thématique : « Tara et le monde secret du plancton ».

Un bémol à vos actions actuelles ?

Malgré le soutien et l’engagement d’agnès b depuis le début, le budget n’est jamais bouclé. C’est un stress permanent qui nous empêche de mieux nous préparer à moyen terme. Cela peut être parfois décourageant. J’en profite pour répéter ici qu’il n’y a jamais de don trop petit !

A ce sujet quels sont vos projets futurs ?

Nous préparons un projet qui nécessite un budget sur deux ans. C’est un programme scientifique sur les récifs coralliens de grande envergure. Il faut au moins 12 à 18 mois de préparation et nous sommes déjà à pied d’œuvre depuis trois mois.

10 ans c’est un cap pour Tara ou le début d’une seconde vie ?

Nous sommes dans la continuité. Depuis 10 ans nous avons fait 10 expéditions et toutes ont eu un sens. C’est notre trésor. Nos projets ont comme particularité d’avoir été initiés par des individus qui forment un groupe et non des entreprises ou des institutions.
J’espère que d’autres projets comme Tara pourront naître dans le monde.

Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter ?

Boucler notre budget toujours plus tôt et du bon vent en Méditerranée !

Vers une meilleure gestion de l’eau

Des nuages à la mer, une seule eau

L’océan est le berceau de la vie sur Terre et couvre les trois quarts de notre planète bleue. Il est vital pour la santé de nos écosystèmes marins et terrestres, essentiel pour l’équilibre du climat et indispensable pour l’économie mondiale. Toutefois, malgré sa vaste étendue, le grand bleu n’est pas infini et ne pourra pas encaisser éternellement l’impact des activités humaines en mer, de la pression urbaine en zone côtière et surtout les dégâts causés par la pollution d’origine terrestre. Aujourd’hui nous savons qu’entre 80 et 90% des déchets en mer sont originaire de nos cours d’eau, bassins versants et réseaux d’eaux pluviales et que cette « pression anthropique » a des nombreux effets nocifs sur la biodiversité marine.  Face à cette réalité, force est de constater que la gestion de l’eau est un facteur majeur qui pèse directement sur les enjeux écologiques en mer, même si très rarement ces enjeux sont traités ensemble. Comme le rappelle souvent Jean Michel Cousteau « l’eau est une seule, des nuages à la mer ». La nature nous apprend par son grand cycle de l’eau que cette eau douce des rivières deviendra l’eau salé de la mer et retournera à la terre par le régime de pluies, et que les impacts et pollutions qui pèsent sur l’eau douce se retrouveront plus tard sur la mer.  Mais est-ce que nous connaissons ces impacts ? Comment réagit l’océan et sa biodiversité face a cette pollution de plus en plus complexe ? Quels sont les impacts des tonnes de plastiques et microplastiques versés en mer chaque jour ?

 Un besoin urgent de données et de connaissances

Pour essayer de répondre à ces questions, la goélette Tara – après avoir passé deux ans à dériver dans la glace de l’Arctique et trois ans et demi autour du globe pour une recherche sur le plancton –  s’intéresse maintenant à la pollution d’origine terrestre, notamment la pollution par les microplastiques. L’expédition Tara Méditerranée, lancée en mai dernier, sillonnera « Notre Mer » pendant sept mois pour un projet inédit d’étude multidisciplinaire sur l’impact des microplastiques sur la Méditerranée. Cette expédition approfondit les études déjà réalisées par Tara et intègre des nouveaux protocoles qui nous permettront de mieux comprendre les phénomènes liés à cette « plastisphere ». La Méditerranée – une mer semi fermée qui concentre 8% de la biodiversité marine planétaire – subit un impact croissant de 450 millions de personnes vivant en zone côtière et concentre 30% du trafic maritime mondiale. Les enjeux environnementaux présents dans toutes les mers de la planète sont ici concentrés sur une surface que représente seulement 0,3% du volume d’eau de l’océan. Le défi d’une bonne gestion de la Méditerranée est donc important et symbolique si nous voulons avancer vers une « société bleue » qui aura compris l’importance d’une gestion durable de l’Océan.

Un focus sur les solutions et les innovations

Quelles sont donc les solutions pour une Méditerranée en bonne santé ?  La croissance démographique et l’urbanisation accélérées des deux rives imposent en premier lieu de s’attaquer aux besoins d’équipements en gestion de l’eau et gestion des pollutions complexes. En Europe, malgré les avancées il y a encore du travail en retard en plusieurs pays importants comme l’Italie, la Grèce, l’Albanie ou la Croatie mais aussi et surtout dans  la rive sud où sont les métropoles le plus peuplés comme Le Caire ou Alger. La mise en place de régions de protection et d’outils de surveillance de certaines espèces en danger sont aussi des facteurs essentiels, comme montrent les résultats positifs sur la biodiversité après l’installation de certaines Aires Marines Protégées. Enfin un travail de prévention, réduction et recyclage des déchets est essentiel si nous voulons réussir la transition vers une économie circulaire qui permettra de réduire durablement notre empreinte sur l’Océan. Au cours de son périple, Tara s’associe avec des acteurs locaux pour valoriser les solutions locales et mettre en valeurs les expériences positives qui changent concrètement la réalité des habitants. Dans un monde en pleine mutation et face à des nombreuses incertitudes qui pèsent sur la planète, il est important de garder l’espoir et de se mettre ensemble pour prouver que les solutions existent et qu’il suffit d’avoir la volonté de les appliquer.

André Abreu