De la terre à la mer

Depuis notre départ d’Antibes jeudi dernier, Tara a changé de visage. Nouveaux arrivants et habitués du bateau profitent maintenant d’une autre vie, celle en mer, bien loin du rythme effréné des escales.

Lors de notre petite semaine à Antibes, comme à chaque nouvelle escale, le ventre de la goélette s’est rempli de Taranautes de passage : les passations entre « débarquants » et « embarquants », quelques membres de l’équipe de la base Tara à Paris, des scientifiques réglant les derniers protocoles de prélèvement, des techniciens venus installer du nouveau matériel de navigation ou encore régler les problèmes de communication satellite… Le pont et le grand carré n’auront quasiment jamais désempli durant ces six jours à Antibes, plongeant la goélette dans un brouhaha incessant, rythmé par le passage régulier de groupes visitant le bateau. Des visites publiques, mais aussi des groupes scolaires et des centres de loisirs, pour lesquels les marins se relaient, expliquant inlassablement l’histoire du bateau et les raisons de notre venue en Méditerranée.

A terre, les journées sont donc soigneusement organisées, comme l’atteste le planning complet trônant  dans le grand carré. Visites scolaires, heures des repas, arrivée des officiels, réception avec un des partenaires de l’expédition, conférence publique, etc., tout est inscrit dans les moindres détails. Un planning minutieux qui tranche avec la souplesse dont nous devons faire preuve une fois en mer. Une fois au large, ce sont souvent les conditions météorologiques qui dictent notre programme. La houle faiblit ? L’équipe scientifique en profite pour faire un prélèvement de plastique avec le filet Manta, décalant alors l’heure du repas. Si les stations de prélèvement ont été soigneusement prévues à terre, une fois sur les flots, la Nature nous force tout de même à quelques ajustements.

Ce changement de rythme une fois en mer entraîne également une ambiance plus calme favorisant les échanges humains. Alors que quelques jours auparavant, nous voyions en permanence de nouvelles têtes, nous ne sommes aujourd’hui plus que onze à bord, vivant 24 heures sur 24 ensemble. Entre deux remontées de filet ou pendant les repas, chacun a maintenant le temps d’apprendre à connaître ses compagnons d’étapes. Car si on retrouve des têtes bien connues sur le bateau, comme Samuel Audrain, le capitaine, François Aurat, chef de pont ou encore Marion Lauters, la cuisinière, pour beaucoup, cette expédition en Méditerranée est une grande première.

Le second capitaine de ce début d’expédition, Aloys Le Claquin, est bien un marin confirmé, après 15 ans passés dans le milieu de la course au large, mais le breton fait ses premières armes sur le pont de Tara. Idem pour Rodolphe Gaudin, à qui incombe la lourde responsabilité des machines. Du coté scientifique, Thomas Leeuw en est à son deuxième embarquement. Ce chercheur américain spécialiste de la couleur de l’eau complètera ainsi les prélèvements de plastiques menés par Stéphanie Petit, chercheur en écologie microbienne à Villefranche-sur-mer, secondée par Juliette Maury, jeune étudiante en biologie en stage sur Tara. Après avoir embarqué sur la précédente expédition, Noé Sardet retrouve le pont de la goélette pour y tourner un film sur le plancton. Enfin, dernier Taranaute à bord pour cette étape, l’artiste américain Spencer Lowell traîne sur le pont ses différents appareils argentiques pour immortaliser tout ce qui s’y passe. La vie commune en mer se met donc progressivement en place, et chacun aura encore quelques jours pour apprendre à mieux se connaître avant notre prochaine escale, Cala Gonone en Sardaigne, prévue pour la fin de semaine prochaine.

Yann Chavance

 

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