Point de vue : le G20 engage les grands pays d’Asie à agir contre le plastique en mer

© Samuel Bollendorff / Fondation Tara Océan

Par André Abreu, Directeur des politiques internationales, Fondation Tara Océan

Au Japon, les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays du G20 ont annoncé des mesures volontaires pour lutter contre la pollution plastique. Bien que ces déclarations soient encore peu concrètes, c’est la première fois que les pays d’Asie – premiers pollueurs avant l’Europe – affichent au G20 une intention collective de s’attaquer aux flux de plastique rejetés en mer par les fleuves asiatiques, les industries et les mégalopoles. Pour la Fondation Tara Océan, la fin de l’exportation des déchets plastiques à l’étranger – et notamment en Asie – doit engager l’Europe à améliorer ses filières de gestion et de recyclage de ses déchets plastiques et à acter la transition plastique sur la base de l’expertise scientifique.

Après les engagements politiques internationaux pris au niveau de l’ONU, de l’Europe et du G7, c’est le tour du G20 – groupe des vingt pays les plus riches de la planète – de s’engager dans la lutte contre les plastiques en mer. Réunis à Osaka, au Japon, les chefs d’Etat et de gouvernement ont annoncé une série de mesures volontaires et un dispositif de coopération pour lutter contre la pollution plastique dans l’Océan.

Encore une fois, comme souvent dans ce genre de grand-messe politique, les annonces restent vagues et n’engagent, au mieux, que les pays qui veulent les suivre. Mais dans le contexte actuel, il s’agit d’un message politique fort venant confirmer un changement radical de vision et de stratégie des pays d’Asie. La volonté de ne plus être la décharge de la planète se conjugue à celle de devenir leaders du plastique biodégradable en quelques années.

Qu’en est-il des autres mesures annoncées ? La coopération annoncée sur la gestion de l’eau, la gestion des déchets et la réduction des décharges ne peuvent qu’être saluées, quand nous savons que jusqu’à 80 % des plastiques rejetés en mer vient des grandes métropoles et des bassins versants. Une étude récente publiée par le Helmholtz Institute estime même que 90 % des débris plastiques flottants proviennent de seulement dix grands fleuves, dont huit en Asie – Yangtze, Indus, Jaune, Hai He, Ganges, Pearl, Amur et Mekong.

2019_06_08_Ramassage_Saint_Malo©Marilou_Bourdreux_Fondation_Tara_OceanAction de ramassage de déchets plastiques sur la plage de Saint-Malo en juin dernier © Marilou Bourdreux / Fondation Tara Océan

Devant ces chiffres étonnants, c’est une certitude pour la Fondation Tara Océan qui étudie depuis 10 ans cette pollution : les solutions contre le plastique en mer se trouvent à terre. Plutôt qu’exporter nos déchets ou essayer de nettoyer l’Océan, nous devons prendre des mesures concrètes au niveau des territoires, des bassins versants, des métropoles et des citoyens pour stopper ce flux de déchets.

En France et en Europe, la fin de l’exportation des déchets plastiques appelle au développement des filières de recyclage et des systèmes de collecte pour tous le plastiques, y compris les films et autres plastiques de basse densité issus des emballages, pourtant difficilement rentables en Europe.

Vu de l’Océan, si nous voulons protéger la biodiversité marine, il est essentiel de réduire et substituer ces matériaux très légers qui s’envolent et se fragmentent très rapidement. Il est aussi important de soutenir la recherche et l’innovation, pour déterminer les sources, la dégradation et l’impact en mer des différents types de micro-plastiques. Sans connaissance sur ces déchets nouveaux et complexes, difficile de prescrire et développer les solutions adaptées pour réduire ce flux ininterrompu.

Tara-biotherm (184 of 225) Echantillons de microplastiques (<5 mm) prélevés en mer par Tara © Max Barel / Biotherm

Pour la Fondation Tara Océan, la fin de l’exportation des déchets plastiques à l’étranger doit engager l’Europe à améliorer ses filières de gestion et de recyclage et à acter la transition plastique sur la base de l’expertise scientifique.

 

Contacts Fondation Tara Océan

Élodie Bernollin
 – Directrice Communication
elodie@taraexpeditions.org / Tél. : 06.95.73.26.88

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