Géopolitique de l’Océan : les défis pour une gestion durable de la Planète bleue

© J.Girardot/Tara Expéditions

Pendant très longtemps l’homme a cru que l’Océan était infini, ou du moins si grand qu’il pouvait absorber toutes nos pollutions, organiques ou industrielles, et que l’impact des diverses activités humaines en mer ne serait pas aussi important au point de menacer les écosystèmes marins.

Mais avec l’explosion démographique et la croissance rapide des activités humaines en mer, l’océan est de plus en plus impacté et les écosystèmes marins touchés : pollutions diverses, acidification, surpêche, accidents avec l’exploration pétrolière offshore… les problèmes s’accumulent et ses conséquences sont encore peu connues de la science.  

Quid des solutions ? Même si elles existent, encore faut-il se mettre d’accord pour les appliquer, dans un monde en crise et devenu « multipolaire », où tous les pays veulent avoir leur mot à dire et exploiter les ressources qui sont à leur portée.

Dans cette nouvelle géopolitique de l’océan, des âpres négociations sont en cours, bien loin des caméras mais au contraire au sein d’instances multilatérales très peu connues du grand public comme la Division sur la Loi de la Mer de l’ONU, la Direction des affaires maritimes de la Commission Européenne, ou encore le Conseil Arctique ou les diverses Organisations Régionales de Gestion de la Pêche. Au sein de ces institutions se décident pourtant des questions fondamentales pour notre planète, comme la gestion de l’Arctique, la gestion des quotas de pêche, ou encore la gouvernance internationale de la Haute Mer. Tara Expéditions – avec un positionnement unique entre la recherche, l’éducation et la sensibilisation – se mobilise aussi auprès de décideurs pour faire avancer concrètement les dossiers vers une gestion durable de l’océan. Petite revue de ces enjeux aussi méconnus qu’importants pour notre avenir.

La Gouvernance de la Haute Mer : Il faut gérer durablement ces grands espaces qui représentent presque 50% de la Planète

Il y a plus de cinquante ans, à un moment historique pour la diplomatie internationale, naissait la Convention des Nations Unies sur la Loi de la Mer, avec l’objectif de poser des bases juridiques communes pour une gestion internationale des espaces maritimes. Un demi-siècle après, cette convention – qui régule le trafic maritime et l’exploitation des fonds marins – doit être révisée pour inclure les activités touchant la biodiversité marine en Haute Mer.  Rapide à expliquer, mais plutôt très difficile à accomplir : le projet d’accord pour un instrument juridique régulant les richesses de la biodiversité marine avance lentement depuis dix ans, avec plusieurs pays qui veulent à tout prix bloquer la création d’un instrument contraignant qui limiterait les profits de ses industries…

Tara Expéditions – avec le Conseil Economique, Social et Environnemental et plusieurs autres partenaires – a lancé en avril 2013 l’Appel de Paris pour la Haute Mer, avec l’objectif de mobiliser les forces de la société civile pour arriver à un million de signature à l’horizon 2015 quand l’Assemblée générale de l’ONU devra trancher sur cet accord historique. Vous aussi, signez l’Appel sur lahautemer.org.

Géopolitique de l’Arctique : Ni Eldorado ni sanctuaire, il faut progresser vers une gestion internationale et raisonnée du Grand Nord

Avec le changement climatique et la fonte de la banquise polaire, les enjeux liés à l’exploitation des richesses de l’Arctique est devenu d’une actualité brûlante : Des nouvelles routes commerciales, projets d’exploitation de pétrole offshore, explosion du tourisme au Groenland, pêche intensive en mer du Nord…plus ça fond, plus on y va ! Mais jusqu’où le fragile écosystème marin arctique peut supporter des nouvelles activités à fort impact environnemental? Encore une fois, les réponses existent mais les espaces politiques manquent pour appliquer les solutions prônés par les chercheurs et les experts. Le Conseil Arctique, club des pays riverains de l’Arctique censé proposer une gouvernance partagée du Grand Nord, peine à avancer face aux ambitions économiques de chaque pays dans la région.

Gestion responsable de la pêche : un casse-tête politique qui concerne en premier lieu les populations plus vulnérables

La gestion des stocks de poisson est aujourd’hui un enjeu géopolitique de taille qui entraine des luttes passionnées, parfois même violentes, entre les pêcheurs et les défenseurs des espèces en danger comme la baleine ou les requins. Mais au-delà des réactions extrêmes et des actions spectaculaires, il y a un vaste terrain politique bien moins visible où tous les ans se négocient les « prises » autorisées. Ces négociations internationales sont un véritable casse-tête politique au sein des diverses organisations régionales de gestion de pêche (ORGPs) créées au cas par cas pour lutter contre la disparition des espèces et placées sous l’égide de l’ONU. Face à la baisse dramatique de population de certaines espèces comme la morue ou le thon rouge, des experts et diplomates se réunissent chaque année au sein de ces organisations pour délibérer sur le montant de capture autorisé pour chaque espèce. Ces négociations sont souvent dures et opposent en général des pays plus enclins à une position « écologiste » et d’autres qui défendent leurs intérêts industriels, chacun brandissant des chiffres différents et des arguments pour ou contre la pêche de telle ou telle espèce.

La création et la gestion des Aires Marines Protégés, outil essentiel pour protéger les espèces plus fragiles

La communauté scientifique commence à souligner l’impact des activités humaines sur l’océan particulièrement grave dans certaines régions spécialement importantes pour la biodiversité marine.  Ces régions – en général lieux de reproduction d’espèces, récifs coralliens ou aires de « résurgence » des courants marins – sont donc classées prioritaires selon des critères scientifiques dans un effort de limiter les activités à fort impact sur les écosystèmes marins. En 1985, nous comptions 430 régions de préservation – avec différents statuts mais nommées de façon générale « Aires Marines Protégées » – nombre qui grandit rapidement au cours des dernières décennies pour s’établir à 5.880 en 2010. Malgré cette « explosion » des Aires Marines Protégées, l’extension de la totalité de ces espaces ne couvre même pas 1% de l’Océan, quand les régions de préservation « terrestres » sont déjà à 10% des territoires. Récemment, la Convention sur la Diversité Biologique de l’ONU a fixé un objectif de couvrir 10% de l’océan avec des Aires Marines Protégées en 2020. Mais sur le chemin de ces ambitions se trouvent plusieurs limites et blocages, notamment liés aux enjeux liés à la pêche et à l’exploitation des ressources minérales en ces lieux.

La goélette Tara, sur le départ pour une expédition en Méditerranée, s’intéressera justement cette année aux enjeux liés aux Aires Marines Protégés, en partenariat avec le MEDPAM, le réseau des AMPs en Méditerranée.

 

André Abreu, chargé de mission au sein de Tara Expéditions