AUTANT EN EMPORTENT LES ÉCHANTILLONS

© Echantillonage S.Januskiewicz

A chaque escale de Tara, l’allemand Rainer Friedrich, coordinateur de projet chez World Courier, a géré la complexe logistique d’expédition des échantillons collectés à bord vers les laboratoires européens et américains.

Son rôle est essentiel. Interview.

Quelle est la meilleure façon de réaliser le transport des échantillons ? 
La meilleure façon d’assurer la réussite de cette lourde entreprise est de pouvoir s’appuyer sur un solide réseau d’agences et un flux d’informations constamment mises à jour. Des liens solides avec les compagnies aériennes et les autorités dans les pays d’escale sont également essentiels. World Courier a l’avantage d’avoir d’excellentes relations de travail dans le monde entier.

Combien de temps faut-il pour préparer une escale ? 

À vrai dire, cela dépend du port. Par exemple, il a fallu trois mois pour organiser l’envoi depuis Djibouti en raison des lois très compliquées dans ce pays. Pour la majorité des ports, la préparation prend entre un et deux mois.

Les expéditions Tara vous ont conduit dans quels ports ? 

Je me suis rendu à Barcelone, Nice, Dubrovnik, Djibouti, Malé, Mayotte, Le Cap, Buenos Aires, Valparaiso, Guayaquil, Papeete, San Diego, New York et Lorient.
Quelle fut l’escale la plus rocambolesque ? C’était clairement Djibouti et Malé (Maldives), où nous avons souffert de la chaleur extrême, alors qu’il fallait maintenir la température interne de nos « containers VIP » à un certain niveau. D’ailleurs, cette opération est épuisante et prend beaucoup de temps à chaque escale. Sans le dossier préparé par Romain Troublé, directeur des opérations Tara Oceans, avec des soutiens – il a par exemple obtenu un précieux document des autorités françaises –, j’aurais eu beaucoup plus de difficultés. Merci au passage à Romain d’avoir fait le nécessaire et de m’avoir communiqué ce dossier au début de l’expédition.

Quel est votre meilleur souvenir et inversement le pire ? 
Mon meilleur souvenir, c’est Mayotte. Là, il n’y avait pas de mouillage possible pour Tara à cause des tarifs extrêmement coûteux demandés par les autorités comoriennes/françaises, de l’ordre de 4 000 euros par jour. J’ai donc loué une péniche et déchargé les échantillons au milieu du lagon de Mayotte ! C’était une des plus belles expériences de ma vie, et plus facile que je ne l’aurais pensé. Le Cap a été également un endroit magique. Tara a mouillé au V&A Waterfront, où la vue sur Table Mountain était magnifique. Ce site, et l’équipe très efficace de Cape Town World Courier, ont fait que l’escale et notre coordination logistique ont été parfaites ! Même les surprises de dernière minute (« Désolé ! Il y a encore une pièce à expédier ! ») n’ont pas altéré mes sentiments positifs sur cette escale.
Mon pire souvenir, à l’inverse, c’est quand je suis tombé très malade à Djibouti. Coup de chance, Major Schuber, un médecin militaire de l’armée allemande, était basé dans le même hôtel que moi. Il m’a sauvé la vie ! Une autre fois, nous avons manqué de neige carbonique à Malé (Maldives). Le vol que j’avais réservé pour le transfert des échantillons d’eau de mer a été annulé, et j’avais très peu de temps pour gérer une nouvelle réservation en Europe afin de préserver les échantillons. Mais je ne peux oublier non plus l’escale à Guayaquil ! Le lieu choisi pour le déchargement des échantillons n’était pas satisfaisant pour accomplir toute la logistique. J’ai donc dû trouver au pied levé un autre port fiable, doté des infrastructures appropriées pour protéger et décharger en toute sécurité les échantillons d’eau de mer.

Où avez-vous rencontré les températures les plus extrêmes ? 
Sans conteste à Djibouti, à Malé et à Mayotte.

Au gré des escales de Tara, quelle a été votre destination favorite ? 

Sans hésitation, ce fut Bandos Island aux Maldives, où j’ai consacré six heures, une fois la mission terminée, à me détendre et recharger mes batteries. Et aussi Le Cap qui, pour moi, reste la plus belle ville du monde…

Dès leur arrivée en Europe, comment les échantillons sont-ils distribués ? 
Tous les échantillons sont envoyés à Francfort. Là, ils sont déballés, inspectés, comptés à nouveau et réemballés en prenant en considération leur contenu spécifique. Puis, une camionnette spéciale de notre réseau livre aux laboratoires participants les échantillons destinés aux villes d’Europe, à Evry, Paris, Roscoff, Barcelone, Banyuls, Marseille et Villefranche-sur-Mer. Nous avons deux autres destinations aux États-Unis : Tucson, en Arizona, et West Booth Bay, dans le Maine.

Avec un tel rythme, comment faites-vous pour ne pas stresser et garder le sourire ? 
Il n’y a pas de recette miracle pour un défi logistique de l’ampleur de celui de Tara Oceans. Pour gérer un tel projet, vous devez être un dur à cuire capable de faire bouger les choses et de prendre des décisions instantanées. Mais boire une bonne bière avec les scientifiques et les membres de l’équipage de Tara une fois le travail terminé, c’est aussi une autre manière de conserver le sourire et d’évacuer le stress !

Aviez-vous déjà participé par le passé à des expériences similaires ? 
World Courier accomplit d’autres missions très intéressantes, comme celle de transporter des échantillons provenant de l’espace, en particulier ceux de la Station spatiale internationale (ISS-1), également à des fins scientifiques. L’essentiel du travail, dans ce cas, consiste à comprendre comment les organismes réagissent dans l’espace, et l’impact potentiel que l’espace peut avoir sur eux. Nous gérons aussi le transport des échantillons d’urine des cyclistes du Tour de France, nécessaires aux tests anti-dopage. Mais, personnellement, au cours de mes 24 ans d’organisation logistique pour World Courier, je n’ai jamais travaillé sur un projet aussi excitant que Tara ! Tara Oceans est un défi logistique unique dont je me souviendrai toujours. Quand je serai grand-père, j’aurai de belles histoires à raconter à mes petits-enfants !