Les ours polaires pendant l’expédition Tara Oceans Polar Circle

© F.Aurat/Tara Expeditions

Lors de la dernière expédition de sept mois autour de l’Océan Arctique Tara Oceans Polar Circle de mai à décembre 2013, les marins et scientifiques de Tara ont pu observer à plusieurs reprises des ours polaires, soit au total quatorze individus.

Ces observations ont été consignées sur des fiches spécialement conçues par l’association Pôles Actions qui récupère ces données pour étudier les populations d’ours polaire sur l’ensemble de leur aire de répartition, c’est-à-dire l’ensemble du bassin arctique. C’est à la demande de cette organisation que nous avons réalisé cette modeste mission d’observation qui s’ajoutait ainsi à notre objectif principal d’étude des écosystèmes planctoniques.

Cette technique de science participative, qui consiste à organiser la collecte de données scientifiques par des bénévoles, est actuellement en plein essor. Les fiches sont faciles à remplir. Elles permettent de multiplier des observations et apportent des données aux scientifiques qui ne peuvent être partout et élargissent ainsi leur champ d’étude. Le bénévole a, lui, le plaisir d’apporter sa petite pierre à la connaissance de notre planète.

Au cours de cette expédition, douze fiches, correspondant à douze observations différentes (un ours a été reporté sur deux fiches différentes) et à quatorze ours au total, ont été renseignées par nos cuisinières, Céline Blanchard et Dominique Limbour qui se sont prêtées au jeu.

Pour deux observations, les marins ont pu observer une femelle avec des petits. Dans le premier cas, le 17 août 2013, il y avait deux oursons nés dans l’année. L’observation a eu lieu dans des conditions exceptionnelles puisque les animaux ont pu être observés 40 minutes. Les grands plantigrades étaient au repos sur un morceau de banquise à la dérive. Les petits ont tété, joué et nagé, un spectacle inoubliable ! Dans le deuxième cas, le 20 août, la femelle avait un seul petit. L’observation, plus lointaine, n’a pas permis de noter de comportements particuliers.

Sur ces douze observations, cinq ont été faites dans l’archipel russe François-Joseph par 80° Nord. Cet endroit est difficile d’accès tant pour des questions climatiques que géographiques et politiques. Tara a eu la chance d’y naviguer pendant quelques jours. Ces données ont donc une valeur particulière. Certaines îles abritent de très grandes colonies d’oiseaux marins, on y trouve aussi des morses et des phoques. La vie marine y est donc très riche et fournit au prédateur qu’est l’ours polaire quantité de proies variées.

Cinq observations concernent des ours sur la banquise ou sur des morceaux de glace flottants. Durant l’été arctique, les ours parcourent de grandes distances en mer et sur la banquise pour chasser, le phoque, sa proie favorite, étant difficile à capturer à cette saison. Lors des autres observations, les ours évoluaient sur la terre ferme, en bordure de mer. Rappelons que le nom latin de l’ours polaire est Ursus maritimus qui signifie ours marin. En effet, celui-ci est un remarquable et très endurant nageur. De plus dans ces régions glacées la très grande majorité de la chaîne alimentaire est d’origine marine, et il tire donc sa subsistance essentiellement de ce milieu.

La multiplication de ces observations permettra aussi de juger de l’état des populations d’ours dans cette période de changement climatique que nous vivons actuellement. Elle est particulièrement sensible en Arctique. Le milieu de vie de l’ours polaire est en train de subir des transformations très profondes et rapides (diminution des surfaces de banquise l’été, diminution globale du volume de la banquise, réchauffement des eaux). Cette espèce emblématique, taillée pour ce milieu extrême, sera-t-elle capable de s’y adapter ? Nous l’ignorons encore et toutes les informations qui pourront être collectées permettront d’en savoir plus.

Xavier Bougeard
Chargé des actions éducatives