Romain Troublé : «Tara Méditerranée va être riche en science, riche en rencontres avec le public et avec des associations qui s’engagent»

© F.Limena/Tara Expéditions

A l’occasion de la première escale de la goélette à Port-Cros (Var), Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, revient sur les objectifs de Tara Méditerranée : une aventure circumméditerranéenne de 16 000 km.

Pour sa dixième expédition, Tara navigue en Méditerranée, un lieu cher aux Français. Quel est l’enjeu de cette expédition ? 

L’enjeu consiste à poursuivre les recherches sur le plastique que nous avions commencées en 2011 pendant l’expédition Tara Oceans. Cette expédition sera dédiée aux problématiques des pollutions aux plastiques en Méditerranée. Pour l’équipe, les mois à venir seront aussi l’occasion de sensibiliser le public : expliquer d’où vient le plastique, comment il arrive en mer…

Pourquoi aborder cette problématique ? 

Cela fait pas mal de temps que les scientifiques impliqués dans nos expéditions observent la présence de plastiques dans toutes les mers du globe. Le plastique est partout ! La goélette a traversé le fameux gyre du Pacifique dont on entend beaucoup parler : le « continent de plastique ». Nous nous sommes donc dit qu’il serait intéressant de consacrer une expédition à ce sujet important. Nous souhaitons contribuer à la recherche, dans le bassin occidental, ainsi que dans le bassin oriental qui a très peu été étudié.

C’est une problématique qui touche tout le monde ; tous les pays riverains du bassin méditerranéen sont concernés, tous ont un impact. Et ce n’est pas parce qu’il y a du plastique au large des côtes françaises, qu’il s’agit de plastique français. La Méditerranée constitue un véritable bouillon de courants, ce qui signifie que les plastiques issus du Maroc arrivent sur le littoral français, que ceux de France se retrouvent en Italie et ainsi de suite.

Les recherches menées par les scientifiques à bord, vont également s’intéresser à l’interaction de ce plastique avec notre chaîne alimentaire, avec le premier maillon de cette chaîne : le plancton. Voilà quatre ans que les scientifiques qui collaborent avec Tara étudient le plancton. Nous allons donc continuer à nous intéresser au plancton et à son interaction avec le plastique.

En quoi cette expédition est-elle novatrice ? 

La problématique du plastique touche tout le monde au quotidien. Le plastique c’est ce que nous mettons à la poubelle tous les jours, ce que nous consommons, c’est notre rapport à la consommation.

Cette année, Tara est près de chez nous, en Méditerranée ; le bateau navigue sur notre mer, nous nous y sommes tous baignés lorsque nous étions enfants.

Et puis la Méditerranée est une mer fermée. Elle constitue donc un enjeu majeur, car si  nous parvenons à la gérer dans un futur proche, en terme d’impact humain, nous parviendrons à gérer l’océan mondial. La Méditerranée subit de fortes pressions anthropiques : population croissante, trafic maritime, tourisme, pêche…
Cette expédition nous permettra de pointer du doigt des enjeux très sérieux comme l’importance des systèmes d’assainissement, l’éducation des populations au tri des déchets, etc.

On dit souvent que la mer Méditerranée se meurt, mais certains scientifiques soulignent qu’elle n’a jamais été aussi productive, que beaucoup de grands prédateurs et de cétacés y viennent toujours. A travers cette expédition, nous souhaitons apporter notre pierre à l’édifice et comprendre les processus qui s’y jouent.

Tara ce n’est pas uniquement de la science, c’est aussi de l’éducation, de la sensibilisation ?

Les gens font preuve d’un réel intérêt pour ce sujet, ils souhaitent en apprendre plus sur les conséquences de cette pollution : est-ce que le plastique entre dans la chaîne alimentaire et finit dans nos assiettes ? Est-ce que les molécules émanant des plastiques ont un impact sur la reproduction des organismes marins ? Existe-t-il d’autres impacts ?

Les nombreuses escales à venir nous permettrons d’inviter les gens à bord pour discuter de cette problématique : comment les sacs plastiques qui finissent par inadvertance dans la nature, terminent leur voyage en mer.

Nous voulons montrer qu’il est possible d’agir. Oui, la mer est sale, mais nous pouvons arrêter de rejeter des plastiques dedans, c’est un objectif atteignable, ce n’est pas de l’utopie. Nous parlons d’actions réalisables : éduquer les populations, mettre en place des équipements adéquats, soutenir la recherche pour trouver des plastiques vraiment biodégradables (non pas biosourcés, ni bio-fragmentables), mais des plastiques qui soient digérés par le plancton, digérés par des bactéries ou des enzymes. Il y a des entreprises qui commencent à se pencher sur ces thématiques et qui ont des idées. Il faut les encourager car il existe de forts lobbies pétrochimiques.

Le mot de la fin :

Cette expédition va être très dense : le rythme des recherches scientifiques en mer, mais aussi les nombreuses escales. Je pense que Tara est à présent connu et reconnu par le public, les gens voudront donc venir à bord, découvrir le bateau, tout au long des escales. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un beau projet, qu’il va être riche : riche en science, riche en rencontres avec le public, mais aussi avec des associations qui s’engagent, avec des bénévoles qui offrent leur temps libre et leur énergie à gérer des espaces marins. Des gens qui s’attèlent à partager leur passion pour une cause : pour la Méditerranée et pour la mer en général.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot