Tara accueille trois plongeurs émérites

© Départ pour une exploration à la Pointe du Cognet une plongée de 160 minutes à 75 mètres de profondeur. N.PansiotTara Expéditions

Laurent Ballesta, Florian Holon et Thibault Rauby, qui forment une partie de l’équipe d’Andromède, sont connus pour leurs explorations à des profondeurs vertigineuses. L’utilisation de recycleurs à gestion électronique de mélange, alliée à une maîtrise de la plongée sous-marine, leur permettent de sillonner des zones méconnues à -70 mètres et plus. Venus étudier les profondeurs du Parc National de Port-Cros pendant 15 jours, les plongeurs travaillent en étroite collaboration avec l’équipage de Tara.

La goélette leur sert de plateforme logistique pour se tenir au plus près des sites d’étude. Si les conditions météorologiques le permettent, ils devraient explorer une vingtaine de zones, à raison de deux plongées profondes quotidiennes. Laurent Ballesta, biologiste et photographe sous-marin, nous présente cette mission. 

Quelles sont les attentes du Parc National pour cette mission ?

L’idée est d’explorer toutes les zones profondes, parce que ce sont des zones que le Parc National de Port-Cros connait assez mal, qui n’ont été explorées qu’avec des robots, donc pas de façon poussée. Nous avons d’abord effectué un travail avec un sonar latéral, des sonars multi-faisceaux, pour découvrir des pierres isolées au large, ce qui nous a ensuite permis de déterminer les endroits qui méritent d’être explorés en plongée profonde. Florian Holon, collègue et plongeur, a effectué tout ce travail en amont : il a déterminé ce qui semblait être des zones remarquables. Ici, on est souvent dans des fonds meubles, de sable ou de vase, et puis tout à coup il y a une pointe rocheuse qui est là, plus ou moins grande, et ça mérite d’y aller. Florian a déterminé une vingtaine de sites autour de Port-Cros et de l’île du Levant, qui semblent intéressants à découvrir.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces fameuses plongées profondes ?

Nous utilisons un recycleur électronique, nous plongeons avec des gaz à base d’hélium pour moins souffrir de l’ivresse des profondeurs et pouvoir rester longtemps au fond. Ce que nous réalisons à Port-Cros, c’est véritablement un travail d’observation naturaliste et d’illustration. Les responsables du Parc National aimeraient, par exemple, savoir si certains sites abritent du corail rouge en quantité importante. Ils souhaitent savoir quelles espèces remarquables ou emblématiques sont présentes dans le Parc National.

Que pouvez-vous observer lors de ces plongées ? 

Du coralligène. Le coralligène est un écosystème méditerranéen, qui se développe en moyenne vers -40 mètres et jusqu’à une centaine de mètres de profondeur.
On connaît bien la roche infralittorale à algues photophiles, ainsi que l’herbier de Posidonie, mais c’est au-delà de -30 à -40 mètres de profondeur, que se développe le coralligène, qui est un assemblage de très grands nombres d’espèces.

Des espèces qui ont souvent la caractéristique de fabriquer du calcaire, de fabriquer leur propre support en quelque sorte. Il s’agit d’une roche biologique. Lorsque nous descendons sur ces massifs coralligènes, il y a souvent une roche mère (un granite, un calcaire), qui est suivi d’un encroûtement pouvant parfois mesurer plusieurs mètres de haut. Il s’agit en fait d’une roche biologique fait d’agrégats d’algues calcaires, de vers, de coraux, etc. Ainsi que d’autres organismes qui, au contraire, se nourrissent de toute cette roche biologique, ce qui fait quelque chose de très chaotique, de très alvéolaire et c’est sans doute l’écosystème de Méditerranée le plus diversifié. On a longtemps dit que c’était l’herbier de Posidonie parce que c’était celui qu’on étudiait, parce qu’il était moins profond et plus facile d’accès. Mais maintenant que nous avons les moyens de plonger à ces profondeurs là, il y a tout un nouveau domaine de recherche qui s’ouvre aux chercheurs.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot