De l’exploration à la préservation de nos fleuves et océan – ITW d’Erik Orsenna

© Elodie Bernollin / Fondation Tara Océan

« Tara est une encyclopédie vivante, une encyclopédie en mouvement ». A Saint Malo, sur le pont de la goélette, Erik Orsenna – écrivain et président de l’Initiative pour l’Avenir des Grands Fleuves – raconte sa rencontre avec Tara et le chemin qui le mène à devenir parrain de la Fondation Tara Océan en 2019-2020.

Vous voilà à bord de Tara, pourriez-vous nous dire en quelques mots ce que représente Tara pour vous ?

Mon lien avec Tara, c’est le lien avec la planète. Je navigue depuis l’enfance et j’essaye de comprendre la relation que nous entretenons avec les océans depuis une quinzaine d’années. J’ai commencé à suivre Tara avec passion, d’abord parce que c’est un bateau de légende. J’aime les légendes. Et un jour, j’ai appris qu’un bateau partait vers l’Arctique pour reprendre la ligne des grandes explorations du passé.

Pourquoi le bateau s’en allait ? Parce que nous ne connaissons pas tout et sommes encore loin de tout connaître. Il partait, pour poursuivre l’exploration. Parce que l’exploration est un mouvement continu. Je me suis dit : il faut absolument que je parte avec Tara. Et puis ça ne s’est pas fait, mais j’ai suivi passionnément ce que faisait Tara.

Puis la goélette a quitté l’Arctique pour partir explorer le plancton. Le plancton, honnêtement, je n’y connaissais rien du tout. Alors je me suis dit : Tara est une encyclopédie vivante, une encyclopédie en mouvement. Je n’aime apprendre qu’en cheminant, aux côtés de marins. Depuis toujours, ma passion est l’eau salée,  mais aussi l’eau douce et ses fleuves.

En 2019-2020, vous devenez parrain de la Fondation, cela arrive à point nommé, ce lien terre-mer semble vous tenir à cœur …

Oui, à présent, les scientifiques de la nouvelle mission Microplastiques étudient l’articulation entre les fleuves et les océans. En tant que spécialiste des fleuves, j’ai la très forte conviction que la santé de l’Océan dépend de la santé des fleuves. Et que la santé des fleuves dépend du soin de ceux qui habitent près des fleuves, au cœur des bassins versants, de ce qu’ils rejettent dans les fleuves. C’est-à-dire du respect qu’ils ont, que nous avons pour les fleuves.

Il se trouve, qu’aujourd’hui, avec la Compagnie Nationale du Rhône, je préside l’Initiative pour l’Avenir des Grands Fleuves (IAGF). J’ai donc vu une articulation entre la recherche que Tara mène sur les Océans et celles nous menons sur les fleuves.

Comment envisagez-vous les années à venir, les crises écologiques ne sont plus à prouver, tous les voyants sont au rouge, d’après vous quels sont les leviers du changement ?

En Nouvelle-Zélande, il y a une situation à mon sens exemplaire : le fleuve Whanganui est devenu un sujet juridique. Autrement dit, il peut attaquer le gouvernement lorsqu’on le méprise. Je trouve cela formidable que les humains ne soient pas les seuls sujets de droit. C’est quelque chose qui me touche particulièrement.

Michel Serres, qui était un ami très proche, avait écrit « Le contrat naturel », un contrat de nature complémentaire au contrat social. Pour qu’un tel contrat puisse exister, il faut connaître la nature. Voilà ce que j’aime et respecte dans cette Fondation Tara Océan qui « explore pour comprendre » et « partage pour changer ».

Ce sont les deux piliers de ma vie. Et de même que Tara essaye de comprendre les mécanismes de la planète, Pasteur, il y a 150 ans, pour comprendre les mécanismes de la vie, avait les mêmes ambitions. Il faut comprendre pour soigner. Puis, pour mieux soigner, il faut transmettre le savoir. La Fondation Tara Océan fait la même chose, de l’infiniment grand à l’infiniment petit : elle étudie la planète et le  plancton, les grandes calottes Arctiques et le microplastique…

Propos recueillis par Noëlie Pansiot & Elodie Bernollin