A l’écoute de Tara

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12 juin 2013

Malgré sa relative petite taille, la goélette d’exploration Tara offre à ses passagers de multiples recoins aux ambiances bien différentes, qui ne se dévoilent qu’aux résidents permanents de la goélette. Si ces ambiances se vivent, se ressentent avant tout, quelques mots, un micro indiscret et un peu d’imagination permettent tout de même d’entrevoir la vie sur Tara.

Le pont arrière
Lecture son 1 – Le pont arrière
En temps normal, le pont arrière n’est rien de plus qu’un lieu de passage obligatoire pour se rendre dans le ventre de Tara. Mais en station de prélèvements, ces quelques mètres carrés deviennent le centre névralgique du bateau. Scientifiques et marins se croisent dans un ballet bien rodé, les mains chargées d’éprouvettes, de bidons ou de filets. Point culminant de cette agitation incessante, la rosette va être mise à l’eau. Les visages sont fermés, concentrés sur la tache délicate qui s’annonce. Est-ce la fatigue et le froid qui durcissent les traits, ou le poids de la responsabilité qui pèse sur l’équipe ? Personne n’oublie que ces prélèvements sont la raison d’être de l’expédition, ce pourquoi nous sommes ici. Au bout du câble d’acier, le matériel coûteux se balancent au dessus des vagues qui s’écrasent aux pieds des travailleurs. Entre le fracas des perches métalliques jetées au sol, des ordres fusent, brefs, précis. Enfin, la rosette disparaît sous la surface. Durant ces deux jours, la même scène sera inlassablement rejouée une petite dizaine de fois.

Le grand carré
Lecture son 2 – Le grand carré
Tour à tour salle à manger, salon, bureau ou salle de conférence, le grand carré est le lieu de vie commune par excellence, si bien qu’il est rare de le trouver vide. Ce soir là, l’ambiance est encore plus agitée que d’ordinaire. Une fin de station plus un anniversaire, deux bonnes occasions de relâcher la pression. Pour marquer le coup, une nappe blanche et quelques petits fours maison, de quoi graver des sourires sur tous les visages. L’atmosphère est d’autant plus enjouée que la journée fut studieuse. Entre les rires qui fusent et les verres qui s’entrechoquent, on débriefe le travail du jour, un peu. On parle de tout autre chose, surtout. Histoires de marins, récits de navigateurs, plus ou moins enjolivés selon l’avancée de la soirée. On se taquine, on se chamaille gentiment, on apprend à se connaître, à découvrir ces quatorze parcours si différents. La musique feutrée cède peu à peu la place à des rythmes plus déchainés, de quoi attirer quelques danseurs aventureux prêts à en découdre avec le roulis. Cette nuit ensoleillée sera longue.

L’atelier
Lecture son 3 – L’atelier
Pour beaucoup de Taranautes, l’atelier n’est rien d’autre que l’entrée obligatoire vers la cale arrière, une zone guère accueillante où règne le vacarme incessant des moteurs, expirant de tous leurs pistons une forte odeur de gasoil. Le passager lambda ne se risquera dans cette caverne inhospitalière que l’espace d’un instant, le plus bref possible, pour accéder à la machine à laver du bord. Il y croisera peut-être un mécanicien tout de bleu vêtu, arborant lunettes de protection et casque isolant. Car pour qui souhaite réparer une hélice, une pompe ou un moteur, l’atelier est une véritable caverne d’Ali Baba pour bricoleur. Dans un fourre-tout apparent, pinces, tournevis, perceuses, visseuses et autres outils en tous genres envahissent le sol et les murs autour du petit établi. En poussant plus loin l’exploration, une fois l’échine courbée pour se glisser dans une mince ouverture, on pénètre alors dans un autre monde, celui de la salle des machines. La chaleur étouffante, le bruit assourdissant, l’odeur permanente… Bienvenue dans les entrailles de Tara.

Le pont avant
Lecture son 4 – Le pont avant
Avec 14 Jonas engloutis volontaires de la baleine Tara, en permanence les uns sur les autres, l’envie de s’éloigner un instant de l’agitation incessante du bateau se fait parfois sentir. Régulièrement, le pont de Tara accueille ainsi un passager épris de solitude, de silence et de calme. Vêtu d’un bon blouson et d’un gilet de sauvetage, il suffit de s’avancer vers la proue de la goélette, en enjambant prudemment bouts et winchs sur son passage, pour que les bruits des moteurs commencent enfin à se faire moins pressants. Sur le nez de Tara, face à l’immensité de l’océan où que le regard porte, les oreilles commencent à capter des sons jusqu’alors inaudibles. Ici, le clapotis des vagues mourant sur la coque. Là, le vent faisant battre les voiles. Au loin, le cliquetis monotone d’un bout claquant sur un mât. Ce concert perpétuel n’est alors troublé que par le passage d’un oiseau de mer ou, par chance, de quelques dauphins. Nul doute, le temps s’écoule ici à un autre rythme qu’au cœur de Tara.

Texte : Yann Chavance
Son : Agnès Rougier