Abdou, Fils d’Obock

© Julien Girardot / Fondation Tara Océan

4 février 2010


Depuis que nous avons quitté le port de Djibouti, Tara navigue de mouillages en mouillages à la recherche des plus beaux sites coralliens de la baie de Tadjoura. Déjà 15 plongées ont été effectuées et plus de 200 échantillons collectés.

Pour les besoins logistiques de nos cameramen terrestre et sous marin, un petit boutre suit Tara depuis quelques jours. Son pilote, Abdou, 64 ans, a donc rejoint l’équipe pour notre plus grand bonheur. Originaire du village d’Obock situé au Nord de la baie, Abdou est un ancien pêcheur qui connait les eaux Djiboutiennes comme sa poche. Et quand Tara se présente dans la passe étroite d’Obock entre les récifs, c’est lui qui me conseille à la manœuvre comme le ferait un pilote portuaire.
Pour lui quelle opportunité ! Il revient chez lui après 6 mois d’absence. C’est avec sa “vedette” comme il dit, portant le doux nom de “kokobeach” qu’il nous emmène à la rencontre de sa famille. Sa maison se trouve d’ailleurs à quelques pas de l’ancienne résidence d’Henri de Monfreid, d’où une partie de ses récits passionnants virent le jour.

Tout n’a pas été si facile pour Abdou, dans les années 90, chassé par les rebelles qui pillent les villages, il fuit avec 22 camarades dans un petit boutre de pêche. S’ensuit un inévitable naufrage, 15 de ses camarades disparaissent en mer, 7 sont sauvés. Abdou nage 8 heures pour sauver sa vie et atteint la côte épuisé. Pourchassé par les rebelles, il passera 10 mois de sa vie en prison.
Une histoire comme il s’en fait des milliers sur le continent africain mais Abdou reste discret sur son passé et son regard calme sur l’horizon en dit long sur ce qu’il a vécu dans sa vie.
A bord, Abdou porte désormais fièrement son T-shirt Tara comme le reste de l’équipage et préfère dormir sur le pont pour veiller à son boutre amarré à l’arrière. Il nous épate toujours avec son mélange thé+café dans la même tasse en guise de petit déjeuner. A notre arrivée à Obock, Abdou dépose une chèvre sur le pont de Tara, il veut que nous la gardions à bord pour la suite de l’expédition au cas ou l’on manquerait de provisions. Je lui explique gentiment que l’on ne peut garder d’animaux vivants à bord, mais connaissant la valeur d’un troupeau dans ces contrées désertiques, je comprends qu’il s’agit d’exprimer sa reconnaissance et qu’il est heureux avec nous.

“Capitaine, je connais un bon coin, je t’emmène pêcher”, à peine la traine mise à l’eau et c’est une carangue de 15 kilos que l’on remonte à bout de bras. Ce qui fera d’ailleurs le délice de l’équipage !
Tara quittera Obock demain et rejoindra, l’extrême ouest de la baie, à la découverte de Ghoubbet El Kharrab et de la baie du Lac Salé. Sur notre route, Abdou nous aidera à trouver les requins baleines tant attendus, dans un autre “bon coin” qu’il connait ; mais je ne vous en dirais pas plus pour l’instant…

Olivier Marien
Capitaine de Tara jusqu’au 12 février