Ascension finale pour Thérèse

© Tara Expéditions

19 février 2016

Sur l’aire technique du port de Keroman à Lorient, la goélette Tara dresse ses mâts vers un ciel humide qu’elle ne peut pas atteindre. Après sa mise à sec pour le long chantier qui l’attend en vue de l’expédition Tara PACIFIC 2016-2018 qui partira le 28 mai, la grosse baleine grise trône à une dizaine de mètres de hauteur, les nageoires pendantes.

Trois paliers d’un escalier en tubulaire sont nécessaires pour accéder au pont arrière. A bord, les six membres d’équipage ont désossé une partie de la bulle qui protège la partie centrale et habitable, autrement appelée le carré.  A l’intérieur, la grande table où tout le monde a l’habitude de se retrouver chaudement a disparu. La cuisine est réduite à une simple tranchée, le couloir est éventré et laisse apparaître un enchevêtrement de gros tubes noirs tels les intestins d’une créature. Les banquettes ont également été démontées, tout comme le plancher.

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Mercredi 17 février, c’est le jour J pour l’extraction des moteurs. Martin Hertau, capitaine, supervise les quatre ouvriers casqués cachés au fond du trou béant où se trouve Thérèse, le moteur tribord d’origine de Tara. Palans et poulies, tournent dans un bruit de chaînes assourdissant. On s’applique pour hisser délicatement ce gros moteur bleu hors du carré. Le grutier, télécommande à la main, écoute attentivement les ordres. Thérèse passe au centimètre près par l’ouverture, s’élève dans les airs, se balance légèrement dans le vide et descend se poser sur une palette située 10 mètres plus bas. Le trou laissé est énorme. “Il y a de quoi y aménager une belle cabine non ?” plaisante Martin. Jean Collet, le directeur technique du chantier et premier capitaine d’Antarctica, premier nom du bateau à sa construction en 1989, filme toute la scène. Reste à extraire le collecteur. “Il doit peser au moins 900 kg, précise Jean. Il n’y a que des pignons en métal là-dedans!” La manoeuvre s’annonce plus délicate puisqu’il faut d’une part faire glisser l’énorme bloc compact à la hauteur du trou et ensuite le hisser hors de sa cachette. Loïc Caudan, chef mécanicien, s’est glissé dans le goulet d’accès où il est passé des centaines de fois. Il observe la scène. “Allez ! Une petite larme ! Ca fait drôle de voir partir ces machines sur lesquelles on a tellement travaillé !” dit-il. Le collecteur sort sans encombre de sa niche et va rejoindre Thérèse sur une palette voisine.

La pluie a commencé à tomber. L’ouverture du grand carré est bâchée en un clin d’oeil. Tout le monde s’est réfugié à l’intérieur car le froid est aussi tombé sur Lorient. Mais il pleut trop pour s’attaquer comme prévu à Brigitte, le moteur bâbord. “Il va falloir attendre une meilleure météo », se résigne Jean Collet. “Oui, au mois de juillet !” plaisante un des ouvriers sous la météo bretonne. L’opération de nettoyage de la cale moteur va pouvoir commencer, en attendant que le ciel lorientais s’éclaircisse à nouveau.

Dino Di Meo, à Lorient