Au fond de l’Océan

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27 novembre 2006

Quatre-vingt unième jour de dérive.
Position : Dérive par 82° 45′ 3930″ N-136° 32′ 9762″ E, vitesse 0.4 nœuds nord !
Vent : 10 noeuds
Visibilité : moyenne, ciel couvert,
Lune : Pas visible
Jour : Nul
Banquise : Instable, forts mouvements de compression sur l’avant tribord dans la matinée.
Température de l’air : – 23°C
Température de l’eau : -1,5°C

Certaines tâche liées à nos activités scientifiques sont quotidiennes, et parfois pénibles mais d’elles dépendent la sécurité des installations et la validité des mesures scientifiques. L’entretien des trous est l’une d’entre elles. Ces trous dans la banquise nous permettent de descendre dans l’eau divers appareils de mesures : Un trou à l’arrière de Tara, à la verticale du portique, permet de descendre la sonde CTD jusqu’au fond de l’océan ; deux trous à une centaine de mètres sur bâbord qui permettent pour l’un de laisser en permanence une sonde dite « microcat » qui est statique et pour l’autre une sonde acoustique placée à trente mètres sous la banquise. Les données de ces sondes sont recueillies une fois par semaine, nécessitant de les ramener à bord.

Pour faire ces trous, divers outils plus ou moins spécifiques sont utilisés : La « drilleuse », sorte de grosse vrille à moteur pour faire des pré trous, la tronçonneuse thermique à bûche, un pic à glace et une épuisette à glace voire une casserole. Le plus dur est de creuser le trou la première fois, mais son entretien, matin et soir n’est pas une mince affaire car la glace se reforme, malgré la mise en place de plaques de protection. Il n’est pas rare quand les températures dépassent les moins 20°C de trouver une couche de près de 10 à 20 cm en une nuit !

Hervé, notre « iceman » préféré nous explique les difficultés d’entretien de ces trous : « Nos gestes sont entravés par les vêtements nécessaires pour résister au froid, les gants gênent la dextérité et en plus la nuit nous oblige à travailler à la lampe frontale tel des cyclopes. Le froid, en dessous de moins 20°C, provoque des difficultés de démarrage des instruments thermiques, fragilise les plastiques et même l’acier (une chaîne de coupe s’est cassé après trois heures d’utilisation). Tous ces ennuis mécaniques prolongent le travail, une tâche simple est vite compliquée dans ces conditions de froid. Ensuite il faut retirer la glace à la casserole pour avoir un trou propre, les gants se mouillent et le froid au niveau des mains devient vite invalidant et dangereux. Le matériel scientifique est lui aussi sensible au grand froid quand il est hors de l’eau. On est content de rentrer au chaud du carré pour prendre un café ou un thé et un biscuit ».

Denys