« Au Maroc, il existe un recyclage informel du plastique »

© N.Pansiot/Tara Expéditions

3 novembre 2014

« Soyez les bienvenus.» Depuis deux jours, les Taranautes découvrent le sens de l’accueil tangérois. Hier, c’était au tour de l’équipage de recevoir les membres des associations environnementales locales. Partenaire de cette escale, l’Association marocaine pour un Environnement Durable (AMED) est l’une d’entre elles. Son président, Lofti Chraibi, nous présente ses champs d’action.

Quels sont les objectifs d’AMED ?

Notre association vise à sensibiliser les citoyens, jeunes et moins jeunes, en les impliquant dans des ateliers pratiques. Nous pensons que c’est par la pratique que les gens apprennent, en s’impliquant.

Notre objectif est de faire découvrir les composantes du développement durable au grand public. Dans le cadre d’un plan d’action annuel, nous développons des séminaires et des ateliers de sensibilisation sur les impacts environnementaux, sur les changements de comportements à adopter. Ici, au Maroc, nous sommes encore dans une phase où nous devons sensibiliser et expliquer la nécessité de changer les comportements. Les gens apprennent sur le recyclage et la gestion des déchets, dans le but de les réduire. Nous les initions aussi à l’usage des énergies renouvelables, afin de les ouvrir à de nouveaux horizons.

Chaque année, nous organisons également les Journées Développement Durable. L’année prochaine, à l’occasion de la 7e édition, nous travaillerons sur la thématique de l’eau.

Tara Méditerranée s’atèle à étudier la pollution plastique et sensibilise le public à cette problématique. Quelle est la situation, ici, à Tanger ?

Le plastique constitue un problème. Nous essayons d’insuffler une prise de conscience, de faire en sorte que le citoyen se questionne : est-il conscient de son mode de consommation ? A-t-il une idée de ce que devient cette bouteille après l’avoir utilisée ? Comme dans toutes les sociétés modernes du XXIe siècle, la société marocaine consomme beaucoup de plastique. Les Marocains aiment beaucoup les sodas, et la plupart sont conditionnés sous plastique. Mais lorsqu’on parle de sensibilisation, il ne s’agit pas uniquement d’éduquer le citoyen, il faut aussi sensibiliser les politiciens et les décideurs pour accélérer la mise en place d’une plateforme de tri sélectif pour la filière plastique. Et à Tanger, nous n’en sommes pas encore là ! Nous constatons qu’il existe une réelle volonté de mise en place de stratégie, mais sur le terrain, il n’y a pas d’impact visible.

En revanche, ce qui est intéressant à Tanger, et c’est aussi ce que nous faisons avec AMED, c’est de penser et d’animer des réflexions sur la forme ou le concept de recyclage à mettre en place. Pourquoi ? Parce qu’ici, il existe un recyclage informel. Autrement dit, des ramasseurs vivent en collectant les plastiques pour les revendre. Les bouteilles plastiques sont, par exemple, réutilisées par les crémiers, pour le transport du lait. Nous devons donc imaginer une plateforme ou une solution de recyclage qui intègrera tous ces gens. Mais il faut le faire en suivant des normes et de meilleures conditions d’hygiène. Il nous faut donc réfléchir aux mécanismes à mettre en place pour intégrer ces travailleurs de l’ombre. Pour le moment, nous sommes toujours dans une phase de plaidoyer auprès des communes et des institutionnels.

Vous êtes partenaires de Tara Expéditions pour cette escale. Quel est le programme de la semaine à venir ?

Nous venons d’organiser une visite du bateau avec les membres des associations environnementales actives à Tanger.  Des jeunes membres d’AMED sont aussi venus faire un reportage sur le travail effectué par l’équipage. Notre association participera aux Ateliers de Tara mercredi 5 novembre et, à cette occasion, nous présenterons nos actions de sensibilisation.

Aujourd’hui, grâce à Tara, j’ai découvert une nouvelle dimension du plastique. Lorsqu’on aborde la problématique de la pollution plastique, on imagine les bouteilles ou les déchets visibles à l’œil nu. A bord, j’ai donc réalisé qu’il existe aussi de fines particules plastiques. Cette thématique pourrait, dans le futur, être intégrée au programme de sensibilisation de notre association.

Cet après-midi, nous avons prévu une visite de la médina et de la casbah avec l’équipage. Nous souhaitons leur montrer la réalité de notre ville et leur faire découvrir sa dimension humaine. Ils pourront ainsi observer le mode de vie et de consommation des Tangérois. Au cœur de la Médina, il n’y a pas de grande surface, mais il y a des épiceries et je pense que nous verrons beaucoup de plastique lors de cette visite.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

 

 

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