Avant de reprendre le large

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31 juillet 2013

Il ne fut pas simple pour les hommes et les bagages de rejoindre Doudinka, en Russie. Retard, halte imprévue à Moscou, autant d’aléas qui donnent du charme au voyage, mais qui compliquent le passage de relais entre deux équipages. Quoi qu’il en soit, jeudi, la goélette scientifique reprendra le large, direction l’Archipel de François-Joseph. Alors à bord, la nouvelle équipe s’agite pour effectuer les derniers préparatifs avant le départ.

Les uns partent, les autres embarquent. C’est un peu la routine des escales de Tara. Malgré cela, on ne s’y fait pas. Avec un pincement au cœur, nous regardons nos sept compagnons de voyage quitter le navire, à 5h30 du matin. Si cette nuit là, les températures ont chuté à Doudinka, les au revoir ne sont pas moins chaleureux sur le quai. Les plus chanceux évoquent leurs prochaines retrouvailles à bord, les autres promettent de s’écrire. Soudain, le voilier paraît bien calme, désert même. Nous en profitons pour nous reposer un peu. Quand tout à coup, des rires retentissent dans le carré, des rires familiers. Il n’y a pas de doute « capitaine Vallette »* est de retour à bord ! Après des péripéties de transport, la relève a fini par arriver. Le répit fut de courte durée.

L’agitation reprend joyeusement ses quartiers. Pendant que les uns s’installent dans leurs cabines et prennent leurs marques à bord, les autres assurent le ravitaillement en eau, en gazole et en nourriture pour les mois d’expédition à venir. Il est cocasse d’observer nos marins tenter de se faire comprendre par leurs interlocuteurs russes. Avec le conducteur du camion d’eau douce, Yohann Mucherie, le chef mécanicien, a opté pour les dessins. Il lui faut deux camions d’eau pour le 31 juillet. Par raillerie, nous évoquons la venue de trente et un camions d’eau, le 2 ! De son côté, Céline, la cuisinière, a sollicité l’aide de Serguey, le scientifique russe du bord, pour passer commande dans un supermarché du coin. Doudinka est approvisionnée en nourriture par voie fluviale. Les navires partent de Krasnojarsk les cales pleines, et vendent leur marchandise le long du fleuve Ienissei. Mais aucun bateau n’arrivera avant notre départ, il n’y aura donc pas d’œufs frais. Soit, nous ferons sans. Nous avons été si gâtés en fruits et légumes qu’il serait déplacé de se plaindre. Une chose est sûre, le scorbut* ne nous aura pas !

En cale avant, au milieu des cargaisons de produits frais, Claudie Marec et Simon Morisset, les deux ingénieurs océanographiques du bord, tentent de remettre sur pied le Flowcytobot (flow cytometer). Cet appareil, qui permet de photographier le petit zooplancton, fait des siennes. Après avoir usé les nerfs de Marc Picheral, la nuit précédant son départ, l’engin continue de jouer avec la patience des deux ingénieurs. Dans le carré, l’ambiance est studieuse. Les scientifiques étudient les protocoles et les rapports des stations de prélèvements précédentes. Il faut être prêts, car dans trois jours, sous la direction de Pascal Hingamp, le nouveau chef scientifique, les filets et la rosette seront de nouveau de sortie.

Anna Deniaud Garcia

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* Loic Vallette, capitaine de Tara, vient prendre la relève de Samuel Audrain.

* Scorbut : Maladie due à une carence en vitamine C, qui peut entrainer la mort. De nombreux explorateurs polaires furent victimes de cette maladie.