Bain de jouvence pour Tara

© F.Aurat/ Tara Expéditions

2 février 2016

Cette fois c’est irrémédiable. Les destins de Brigitte et Thérèse sont scellés. Les deux moteurs d’origine – Bâbord et Tribord – de Tara prennent ces jours-ci leur retraite anticipée après 25 ans de service, avant d’aller servir d’autres bateaux.

La goélette Tara, de retour de la Capitale où elle a fièrement mené sa campagne « Océan et Climat » lors de la COP21, a été mise à sec pour une rénovation d’envergure en vue de sa prochaine expédition dans le Pacifique prévue en 2016-2018. Cette optimisation était programmée de longue date par Etienne Bourgois, Président et Romain Troublé, Secrétaire général de Tara Expéditions.

AV0O3109Après la longue opération de remâtage, Tara avait enfin quitté le port du Havre le 9 janvier, direction Lorient. Le 22 janvier, le bateau était hissé sur le quai du port de pêche de Keroman à Lorient pour son grand chantier de rénovation. Délogé quelques temps de sa cabine comme le reste de son équipage pour intégrer provisoirement une maison de Larmor Plage, Martin Hertau, le capitaine, dresse un inventaire des nombreuses tâches à accomplir d’ici le mois de mai prochain. “Nous allons profiter de l’extraction des deux moteurs d’origine pour effectuer la réfection complète de la salle des machines, dit-il. On va vider les moteurs, réviser les réducteurs et les remplacer par deux nouveaux moteurs de nouvelle génération pour être aux normes rejet-pollution, etc. et être encore plus en accord avec nos engagements environnementaux et les missions scientifiques. On navigue souvent à la voile mais lors des stations de prélèvement, c’est au moteur qu’on s’approche des sites ».

Dirigé et assisté par Jean Collet, le maître d’œuvre, premier capitaine d’Antarctica à sa mise à l’eau avec Jean-Louis Etienne, le changement des moteurs a été confié à Meunier, une grande société susceptible de mettre assez de personnel sur le chantier dans le cas d’un éventuel retard. “Les moteurs choisis sont des Cummins, dit Jean Collet. Ce sont des moteurs nouvelle génération. Ils ont besoin de plus de réfrigération ainsi que d’une meilleure filtration du gasoil. Il y a donc une transformation à faire à ce niveau-là ». Jean Collet est surtout chargé du rapport entre les différents prestataires et l’évolution du chantier, le tout en accord avec la Base Tara à Paris.

Les moteurs vont garder la même puissance pour une cylindrée qui va passer de 14 litres chacun à 10 litres. Tara pourra donc bénéficier des progrès faits depuis 1989, date de sa mise à l’eau. Ses moteurs seront moins polluants et plus performants grâce à des hélices plus adaptées. “Nous allons également les changer, continue Jean Collet. Nous travaillons avec un expert pour améliorer leur performance et la consommation en général. Il y aura un meilleur rendement. On va vers le mieux : moins de gasoil et plus de vitesse ». Ce nouveau type de moteur nécessite néanmoins un système de refroidissement plus important, donc quelques modifications structurelles qui n’étaient pas prévues au départ. L’équipe va profiter de l’occasion pour refaire toute l’isolation machine (également d’origine), améliorer la ventilation, changer toutes les durites. “Depuis longtemps, la salle machine n’a jamais été vide. C’est donc l’occasion de l’optimiser », précise le capitaine de Tara.

AV0O3153Sur le port de Keroman, l’équipe de bord a commencé à démonter le bateau, préparer, cacher, protéger, masquer pour pouvoir faire la peinture. Elle va aussi préparer les panneaux qui vont être démontés sur le pont pour pouvoir sortir les moteurs. Pour l’instant, la pluie de ces jours derniers freine cette opération délicate. Les lignes d’arbre d’hélice ont également été déposées et envoyées chez le motoriste. Dans un hangar aménagé en atelier, tout a été entreposé, répertorié pour pouvoir être analysé, nettoyé puis plus tard remonté.

Ce « grand coup de propre » se conjugue avec le deuxième gros dossier de ce chantier hors norme: celui de l’aménagement du bateau en vue de l’expédition Tara Pacific, dédiée à l’étude des récifs coralliens et qui va durer deux ans. Il s’agit notamment de la fabrication d’une paillasse pour la manipulation des échantillons de coraux. “Cela passe par l’aménagement du pont, continue Martin Hertau. Mais il y aura aussi une paillasse pour pouvoir travailler à l’intérieur du bateau. Une cabine a déjà été refaite l’été dernier et un labo sec se trouve maintenant dans le petit carré. Il y en aura un autre situé en cale arrière pour le corail. »

Le programme scientifique est actuellement en cours d’élaboration, il faudra donc adapter la goélette aux besoins des scientifiques au fur et à mesure. Ce qui est certain c’est qu’il y aura beaucoup de plongée sous-marine. Pour assurer la sécurité des plongeurs, Tara sera équipée d’un caisson hyperbare* gonflable et d’un compresseur destiné à remplir les bouteilles de plongée. “Il n’y avait pas la place pour placer un caisson hyperbare sur le pont, commente Jean Collet. Celui-ci est gonflable et peut accueillir deux personnes en cas de pépin. Il sera monté sur le pont lors des plongées sous-marines puis plié et rangé en cale le reste du temps ».

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Construit pour les glaces polaires, Tara s’apprête à présent à mettre le cap sur les mers chaudes. C’est en Méditerranée et dans l’océan Indien que Tara a effectué son galop d’essai. L’équipage sait déjà quelles améliorations porter au bateau pour le rendre supportable par de fortes températures. Reste les procédures qu’exige toute nouvelle expédition, avec le renouvellement des documents et du matériel lié à la sécurité.

Cet important chantier de remotorisation est entièrement financé par agnès b. fondatrice et mécène principale de Tara et soutenu également par d’autres fidèles partenaires. Le travail d’extraction est prévu jusqu’à mi-mars. Les réfrigérants seront montés fin mars les nouveaux moteurs début avril. La remise à l’eau elle est annoncée pour le 20 avril. Un chantier qui devrait redonner un vrai bain de jouvence à Tara !

Dino Di Meo

* Le caisson de recompression – ou chambre hyperbare – est une installation médicotechnique étanche permettant d’exposer les plongeurs à une pression supérieure à celle de la surface. La recompression, définie par la profondeur de leur dernière plongée, permet de rétablir un cycle normal de décompression s’il a été interrompu.

 

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