Ça bouge!!!!

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13 décembre 2007

Ça bouge!!!!

Cette nuit nous avons entendu quelques bruits rien de très significatif.
Ce matin vers 11h nous avons entendu des craquements plus prononcés. En sortant nous avons pu découvrir que l’arrière du bateau se soulevait puis redescendait comme suivant une légère houle…le bateau flotte sur l’arrière, à l’avant quelques cassures. On sent l’excitation à bord.
Nous commençons par relever le sondeur et la sonde microcat immergés dans l’eau. Nous remontons en même temps les pulkas de glace à bord, au cas où!
Certains restent à l’extérieur pour observer les petites fissures, Samuel, Audun et moi décidons de nous mettre à table, où un porc au curry nous attend. Pas le temps de commencer que les équipiers restés sur le pont nous annoncent qu’il y a des ouvertures un peu partout sur bâbord et qu’un lead (une rivière) s’est formé sur tribord. Nous sortons. Ca y est, la glace se casse autour de nous, nous suivons de près l’évolution des morceaux de glaces flottants, qui suivent la houle que nous devinions peu de temps auparavant.
Pendant que j’écris ces quelques lignes, Sam annonce que nous sommes en train de se désolidariser de la banquise sur bâbord. Tous ces mouvements se font en douceur, c’est un beau spectacle. La quille de glace présente sous le bateau depuis presque un an, se déplace et libère petit à petit la baleine.
Nous vous tenons au courant.

Marion Lauters

UN POINT SUR CETTE NOUVELLE SITUATION

Tout autour de Tara le paysage a donc radicalement changé. Le dernier instrument scientifique présent sur la glace, le sismomètre, a été embarqué. Quelques mètres à droite une fracture s’ouvrait. Embarqué : ce mot reprend tout son sens. Tara retrouve peu à peu son élément.
Cet évènement sonne aussi le glas de l’océanographie. Plus possible de descendre une sonde pour explorer les couches d’eau de l’Océan Arctique.
En ce moment, le carré de Tara résonne. La glace exerce des pressions prodigieuses contre la coque, ce contact créée des sons aigus. Frottements entre deux matières qui s’affrontent. Aluminium contre la glace. Ces grincements sont continus. Pour les marins, c’est exactement comme le bruit d’un pare-battage, d’une défense écrasée entre un quai et une coque par exemple. Ces sons s’accompagnent aussi de mouvements latéraux, de bousculades. Tara est tamponné régulièrement par ces blocs qui flottent désormais comme des glaçons à la surface d’un verre d’eau.
Tara retrouve son élément, pour l’instant, sans dommage. Malgré le poids de tout le matériel embarqué, méticuleusement rangé et fixé depuis trois mois, la flottaison de la goélette est bonne.Pas de voies d’eau non plus alors que Tara avant cette débâcle dérivait encore avec une quille de glace d’environ huit mètres de profondeur. Elle a dû se détacher. Bref, jusqu’à présent la remise en eau de Tara s’effectue bien et en douceur.
La grande question reste bien sûr : Et maintenant à quand la sortie des glaces ?
Ces blocs qui se sont tous brisés autour de Tara en l’espace d’une heure, peuvent aussi bien se ressouder les uns aux autres par la magie du froid, ou bien se séparer encore. Un chemin s’ouvrirait peut-être alors devant l’étrave. Les moteurs sont en état de marche. La safran de secours à poste.
A ce stade de la dérive, le facteur déterminant est le vent. Une dépression avec des vents de sud-ouest est annoncée pour samedi prochain.
L’une des choses qui amuse particulièrement l’équipage en cette fin d’après-midi, c’est que le travail de rangements du pont s’est terminé « pile-poil » hier. La glace, polie, aura donc attendue aujourd’hui pour écrire une nouvelle page de l’histoire de « Tara Expéditions » et modifier notre univers.

Vincent Hilaire