Canal de Panama : de l’Atlantique au Pacifique

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12 juillet 2016

Dans quelques jours, Tara traversera le canal de Panama, un passage mythique pour la navigation mondiale. De récents travaux d’élargissement assurent à cette construction sa suprématie, en multipliant par trois ses capacités de transit entre l’Asie et l’Est des Etats Unis.

Pour la quatrième fois de son existence, la goélette franchira le canal de Panama. Ce sera le second passage sous le nom de Tara après l’expédition Tara Océans. Ce canal relie les océans Atlantique et Pacifique et facilite le transit maritime à des milliers de bateaux, allant d’embarcations privées jusqu’aux gros navires de commerce, appelés « Panamax » (terme désignant les bateaux ayant la plus grande taille admissible dans le canal).

 

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Tara dans le Canal de Panama, en 2011 © C. Blanchard / Fondation Tara Expéditions

 

« Panama, un vrai rendez-vous »

Pour Tara, le passage se prépare depuis un certain temps. Les formalités portuaires sont nombreuses. « Taille du bateau, équipage à bord, puissance des moteurs, tout est déclaré pour permettre le meilleur transit possible » explique Clémentine Moulin, responsable logistique à terre, qui a préparé le passage avec le Capitaine. « Passer d’un océan à un autre, par l’un des canaux les plus fréquentés au monde, c’est un vrai rendez-vous ! Et tout s’organise avec un agent portuaire, intermédiaire indispensable ».

Le passage devrait durer entre 24 et 36h à une vitesse moyenne de 8 nœuds entre chaque écluse, transit pendant lequel Tara embarquera un pilote. Les manœuvres de Tara seront assez aisées contrairement à de gros cargos pour ne pas devoir être remorqué par les locomotives électriques. A quai, les « lamaneurs », chargés des opérations d’amarrage, veilleront à amarrer Tara avec l’équipage lors du passage de chaque écluse.

Le coût du passage dépend du volume du navire (de sa jauge), et se compte en quelques milliers de dollars pour Tara, et en quelques centaines de milliers de dollars pour les gros cargos. Une belle somme pour monter jusqu’au lac Gatún puis redescendre vers le Pacifique, mais finalement peu comparé au détour par le Cap Horn…

 

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© Thomas Römer/OpenStreetMap data CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

 

Une voie maritime cruciale pour les échanges mondiaux

Cette construction a eu un impact considérable sur le commerce maritime. Depuis son ouverture en 1914, les navires n’ont plus à faire de détour par le cap Horn ou le détroit de Magellan, situés à la pointe Sud du Chili, une région bien connue pour ses mers capricieuses et ses vents violents. Ainsi, chaque année, plus de 14 000 navires transitent par cette voie, ce qui représente 5% du commerce mondial.

Des travaux titanesques ont été nécessaires pour aménager cette bande de terre de 77 km séparant les deux océans. Une série d’écluses, dont les dimensions déterminent le « Panamax », permettent d’atteindre un lac artificiel situé à 26 mètres au-dessus du niveau des océans. Ce lac est essentiel pour le transit des navires et sert aussi de réservoir d’eau pour le bon fonctionnement des écluses durant la saison sèche.

Récemment, avec l’essor du commerce maritime, la position privilégiée du Canal du Panama s’est trouvée menacée par le canal de Suez et par un projet de construction d’un nouveau canal au Nicaragua d’ici 2020. La taille de ses écluses devenait limitante. En 2011, 37 % des porte-conteneurs étaient estimés trop gros (post-panamax) pour emprunter cette route et près de 50 % des navires transitant par le canal utilisaient déjà la largeur maximale des écluses.

Des travaux d’élargissement se sont achevés le 26 juin dernier. Ils permettent le passage de navires plus longs et plus volumineux pouvant transporter jusqu’à 12 000 conteneurs, soit plus du double de la charge autorisée par le canal d’origine. Plus de 100 ans après son ouverture, le Panama garde ainsi sa suprématie sur la route maritime reliant l’Asie à la côte Est des Etats-Unis.

 

Miraflores Lock - 10 Nov 1912
Construction de l’écluse de Miraflores, 1912

 

Le Canal de Panama en chiffres

Extension du canal :
- 9 ans de travaux (sept 2007 à Juin 2016)
- 5,2 milliards de dollars : coût final de l’élargissement
- 24 000 ouvriers ont travaillé sur le chantier
- 49 navires transitent chaque jour par le canal
- 510 millions à 600 millions de tonnes de marchandises par an en 2025
- Dimensions des bateaux : largeur 49m – longueur 366m
- Bassins géants d’écluse : largeur 55m – longueur 420m – plus de 18m de profondeur

Premier canal :
- 32 ans de travaux (de 1882 à 1914)
- 20 000 ouvriers auraient péri pendant le chantier principalement à cause de la malaria et de la fièvre jaune
- 39 navires transitent chaque jour par le canal
- 203 millions de tonnes de marchandises transportées par an
- Capacité Panamax : largeur 32,3 m – longueur 294,1 m
- Bassins géants d’écluse : largeur 33,53 m – longueur 304,8 m – profondeur minimale 12,55 m

Maéva Bardy

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