Cap au Nord

© P.DeParscau/Tara Expéditions

29 juin 2015

Cap au Nord

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Ce matin aux petites heures, l’équipage a abandonné les draps des bannettes pour se glisser dans le lit de la Seine. À 5h et sous un ciel orange, TARA s’est doucement laissée prendre dans le courant, comme pour ne pas réveiller Rouen encore toute endormie. La levée du pont Gustave Flaubert a donné le départ d’une campagne de trois mois longtemps attendue. Les yeux encore embués de sommeil mais le cœur léger, marins et passagers ont enroulé les amarres une dernière fois avant la prochaine escale dont le nom à lui seul invite à l’aventure : Akureyri. Quelques boucles de Seine plus tard, une vision toute nordique vint nous saisir sur l’avant du navire : la fraicheur du matin couvrant d’une nappe de brume la surface du fleuve. TARA s’engagea dans la mer de nuages comme sur une banquise de vapeur.

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Tancarville, Pont de Normandie, le Havre : la Seine semblait nous pousser toujours plus vite vers le large. Dans le cours du chenal havrais, l’aiguille de la boussole de timonerie s’est lentement déplacée pour pointer le zéro. : le Nord était devant nous.

Enfin.

Après des mois de chantier, des semaines de préparation, des jours de navigation fluviale et avant Paris Climat en fin d’année, le moment était venu de mettre le cap vers des latitudes familières de la goélette. Face au Havre, un zodiac vint à notre rencontre, le frère cadet de Do, la cuisinière du bord, passé en voisin faire un dernier signe avant la campagne de deux mois et demi qui gardera TARA éloignée des côtes françaises. Un coup de corne de brume pour tout adieu et le voilà qui s’éloignait vers une côte à présent plus lointaine.

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Mais l’activité à bord ne s’était pas fait attendre, surtout avec la montée d’une brise inattendue venue du Nord-Ouest. La chance de soulager l’effort de nos moteurs et le plaisir aussi de se sentir porter par le souffle marin. Depuis le cockpit, Martin le capitaine gardait un œil sur le cap alors que sur le pont l’équipage composé d’anciens et de nouveaux prenait ses marques pour la première manœuvre. Winch électrique, drisses et écoutes, chacun trouva sa place dans le dispositif tandis que grand-voile et misaine se gonflèrent d’un vent enfin plus frais.

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Dans le ventre de TARA, cale avant et cale arrière avaient fait un dernier plein sur les quais rouennais. Pas moins de 9m3 de matériel scientifique et de nourriture destinés pour une large partie à la mission EcoPolaris que TARA ravitaillera lors de son arrivée sur la côte Est du Groenland. Un objectif que le navire devrait atteindre aux abords du 11 juillet prochain. Mais avant de s’engager sur les côtes et les fjords encore englacés, il reste pour TARA à parcourir les quelques 1600 milles qui nous séparent encore des rivages islandais. Un tracé qui nous conduira par l’English Channel et son trafic ininterrompu de gros porteurs, la côte Est du Royaume-Uni et son champ de plateformes offshores jusqu’aux portes du grand large. Sur la carte GPS, la ligne rouge pointillée du cap serpente le long des falaises normandes et entre le trafic des lourds porte-containers qui croisent à l’horizon.

Déjà la ligne blanche des falaises normandes disparaît derrière l’horizon, ne reste qu’une mer gris anthracite autour de TARA et une promesse : celle de l’Angleterre, demain.

Pierre de Parscau