Cap sur Rio, pour sauver les océans !

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14 juin 2012

Rio+20 arrive à grands pas. J-6 avant le grand rendez-vous pour la terre, pour notre terre et pour notre futur ! L’événement est de taille : près de 130 chefs d’Etats et de gouvernements, des dizaines de milliers de responsables de collectivités locales, ONG, industriels, militants etc…, sont invités à se réunir dans la deuxième grande ville du Brésil pour tenter de sauver notre planète.

Mais à l’approche des festivités, c’est la morosité et le pessimisme qui semblent gagner les uns et les autres. Certains dirigeants comme Barak Obama, Angela Merkel et David Cameron ont déjà décliné l’invitation. Dans les médias, les mots échec, point mort, ne cessent de circuler.
Alors, comment ça ? Ça y est, c’est décidé ? On fait définitivement une croix sur l’avenir de notre planète ? Certes, le contexte de crise mondiale dans lequel nous nous trouvons ne facilite pas les choses, mais le Christ rédempteur de Rio de Janeiro semble de nouveau prêt, vingt ans après le premier sommet pour la terre, à nous pardonner pour nos négligences vis-à-vis de la nature, alors profitons-en, et passons sans tarder à l’action !

Au sommet de la terre, l’équipe de Tara sera donc présente pour défendre les 72% de la surface de notre globe, c’est-à-dire les océans. Voici en résumé le « pourquoi » du combat engagé par Tara et le « comment » on pourrait améliorer la situation.

Les cinq grands maux des océans :

L’acidification

Le pH de la mer baisse, les eaux deviennent de plus en plus acides et cela en raison d’une trop forte absorption de dioxyde de carbone (CO2). En effet, les océans jouent un rôle de puit de carbone, c’est-à-dire qu’ils absorbent une partie du CO2 présent dans l’atmosphère, ils conservent le carbone et rejettent de l’oxygène. Pour simplifier, ils nous purifient l’air. Le problème, c’est que depuis la révolution industrielle, on a considérablement augmenté les rejets de CO2 (usines, circulation motorisée, chauffage…), et que les océans s’acidifient et commencent à saturer en quelque sorte, peu à peu leur capacité d’absorption du CO2 diminue.
Autre conséquence de ce phénomène d’acidification, la croissance, la reproduction et la survie de certains organismes aquatiques risquent d’être altérées.

Le réchauffement

En raison, toujours, des émissions de gaz à effet de serre, la température des océans augmente considérablement. Selon le GIEC, un groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, la température des océans pourrait augmenter de 1,1°C à 6,4°C d’ici à la fin du siècle. Le réchauffement des océans provoque une perturbation du cycle de l’eau, ce qui semble être la cause de nombreuses catastrophes naturelles : inondations, sécheresses, cyclones tropicaux… Ces changements de températures entraînent aussi les migrations de certains poissons vers des eaux plus froides, et ils sont responsables du blanchissement du corail, c’est-à-dire du dépérissement des récifs coralliens, phénomène aggravé par l’acidification de l’eau.

La désertification

Comme sur terre, l’océan a ses déserts, des zones pauvres en oxygène où la vie aquatique se fait rare. Le problème est que ces zones mortes se multiplient à une allure inquiétante. Une fois de plus l’activité de l’homme semble être responsable de la situation : rejets de polluants dans la mer, acidification et réchauffement des océans…
La désertification des océans a bien sur des conséquences sur la vie aquatique, car dans ces zones hypoxiques les poissons et le plancton ont du mal à vivre, à se développer et à se reproduire. Pour certaines espèces de poissons et de crustacés, qui se déplacent trop lentement, le passage dans ces eaux pauvres en oxygène est même fatal.

Les continents de déchets de plastique

En plus des émissions de CO2 dans l’air et des rejets de produits chimiques dans les eaux, les humains jettent dans les océans des quantités de déchets qui en raison des courants, et plus particulièrement des gyres (sorte de tourbillons marins) se concentrent par endroits formant de véritables continents. Lors de l’expédition Tara Oceans, les chercheurs se sont rendus dans le Nord-est du Pacifique, entre la Californie et Hawaï, pour prélever des échantillons dans ce continent plastique.
Outre les déchets visibles à l’œil nu, les prélèvements ont révélé une très grande quantité de microparticules de plastique dans ces eaux. Selon les estimations, cette « poubelle géante » atteindrait une superficie de 3,5 millions de km2, soit plus de 5 fois le territoire de la France. La présence d’un autre continent plastique est connue dans l’Atlantique Nord. Les études menées sur Tara ont aussi révélé la présence de morceaux de plastique, jusque dans l’Antarctique.
Les déchets plastiques, selon leur taille, peuvent être ingérés par les mammifères marins, les oiseaux, les poissons, les tortues, mais aussi le plancton, et peuvent provoquer leur décès. De plus, le plancton étant la base de la chaîne alimentaire, les microparticules de plastique se retrouvent rapidement dans les estomacs de plus gros prédateurs, pour atterrir au final jusque dans nos assiettes.

La surpêche

En plus de la pollution, les écosystèmes marins sont menacés par une pêche intensive pratiquée à l’échelle internationale. Au cours de ces cinquante dernières années, les captures de poissons ont été multipliées par 4. Pour « pêcher pas cher », les hommes ont déployé des moyens démesurés comme des filets dérivants de plus de 60 km de long. Non seulement les quantités pêchées sont gigantesques, jusqu’à 250 tonnes de poissons par jour pour les plus gros chalutiers, mais en plus les filets raflent tout sur leur passage, emportant et condamnant des milliers de poissons et de mammifères marins, qui seront rejetés ensuite.
En raison de la surpêche, activité pratiquée régulièrement dans l’illégalité, les ressources halieutiques de la planète n’ont pas le temps de se renouveler et près de 80% des stocks sont en danger d’effondrement.

A toutes ces problématiques s’ajoutent, entre autres, les menaces ponctuelles comme les marées noires. La multiplication des forages offshore augmentant considérablement les risques d’accidents et donc de pollution.

Au regard de cette liste, la situation des océans n’est certes pas glorieuse, mais heureusement des solutions existent. La surpêche semble être l’une des problématiques les plus simples ou tout du moins les plus rapides à résoudre. Pour cela, il « suffirait », entre autres, d’accroître les contrôles pour éviter la pêche illicite, de définir des quotas de prises et des interdictions temporaires pour permettre le renouvellement des espèces, de réduire notre consommation d’espèces en voie d’extinction, et d’établir plus de zones marines protégées. Actuellement moins d’1% de la superficie des mers du globe est en zone protégée.
En ce qui concerne les autres problématiques, acidification, réchauffement, désertification, l’un des principaux remèdes serait une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre, une bataille déjà engagée depuis le protocole de Kyoto, mais pour laquelle les pays doivent redoubler d’effort.

Dans l’immédiat, pour le sommet de Rio+20 qui s’ouvrira officiellement le 20 juin, Tara parmi d’autres organismes militant pour les océans, portera comme requête « la mise en place d’une gouvernance des hautes mers à l’internationale ». Il apparaît en effet primordial qu’une organisation mondiale gère au plus vite le patrimoine maritime du globe, pour lutter contre tous les maux des océans mais aussi pour mettre en place dès à présent de nouvelles législations, qui cadreront par exemple la propriété des ressources génétiques marines.
Notre chance est que la résilience de l’Océan est immense, si la pression anthropique diminue de façon significative, alors la réponse de l’Océan sera rapide. Les effets positifs seront rapidement tangibles et démontrables comme en témoignent déjà les résultats obtenus suite à la création d’Aires Marines Protégées. Le temps est venu d’agir et non plus de promettre.

Anna Deniaud, correspondante de Tara Expéditions
En direct de Rio de Janeiro