Cap sur Valparaiso

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21 février 2011

Après quatre jours d’escale à la marina d’Oxxean de Puerto Montt nous avons repris la mer aujourd’hui pour de nouvelles aventures. A Puerto Montt, l’équipe scientifique a été renouvelée, des vivres ont été achetées, un soutage de fuel réalisé.

Lorsque nous avons quitté notre ponton de bois vers 9h00 ce dimanche matin, il faisait déjà un soleil splendide, une température déjà agréable. Seuls quelques nuages, des petits stratus venaient colorer par endroit « cette tempête de ciel bleu ». De rares bateaux circulaient sur ce bras de mer entre le continent et l’île Tenglo, qui signifie « eaux calmes » dans le langage ancestral local.

Après une marche arrière et un demi-tour, Tara a pris la direction de la sortie de ce chenal peu profond à marée basse. Les voiles de misaine et la grand voile ont été hissées ainsi que la trinquette. J’étais dans le pneumatique avec le second Capitaine Alain Giese pour immortaliser cet instant avec un appareil photo et une caméra vidéo. Les reflets des deux voiles glissaient sur une onde à peine en mouvement. « Il a vraiment quelque chose ce bateau » me disait Alain.

Nous devrions faire notre première station scientifique mardi prochain. Tout l’intérêt de ce leg est d’étudier la vie qui règne dans le courant de Humboldt qui longe dans un sens sud-nord la côte du Chili. Se développent aussi le long de cette côte au gré des vents, des phénomènes importants de remontée d’eaux profondes froides, appelées upwelling. Cette zone est donc un lieu de mélanges d’eaux froides du sud et d’eaux plus tempérées du nord. A notre sortie de Puerto Montt ce matin, la température de l’eau de mer enregistrée par les instruments du bord était de 16°C, mais Puerto Montt est au fond du golfe d’Ancud et nous étions dans une zone peu profonde.

Pendant cette escale nous avons aussi, avec les concours de techniciens locaux essayé de redémarrer l’un de nos groupes électrogènes, le seul apte à faire fonctionner notre treuil de mise à l’eau des instruments de prélèvements. Malheureusement rien n’y a fait, et après plus de deux jours d’acharnement, la panne n’est toujours pas réparée. Le point positif est que seules quelques hypothèses peuvent encore nous fournir la cause decette panne. Toutes les autres ont été vérifiées, testées, écartées. Ce leg ne bénéficiera donc pas encore de l’appui de ce treuil hydraulique et nous ne pourrons procéder qu’à des prélèvements de surface.

A bord l’ambiance est excellente. Nous avons deux scientifiques chiliennes en observation avec nous jusqu’à Valparaiso pleine d’enthousiasme. C’est Chris Bowler qui est le chef de cette mission, de l’Ecole Normale Supérieure de Paris.  Il nous conduira à notre dernière étape chilienne à travers trois stations au total. 800 miles nautiques nous séparent de Valparaiso, mais en ligne droite, ce que nous ne faisons jamais.

Avant de partir en Antarctique, nous avions fait notre « clearance » d’entrée au Chili les formalités de douane fin décembre, il y a donc presque deux mois. Deux mois passés en terre chilienne et beaucoup de souvenirs et de découverte sur ce pays parcouru par d’innombrables cordillères, montagnes, glaciers, volcans et bordés par deux océans.

Ce dimanche soir, après avoir franchi le canal de Chacao nous retrouverons l’un des deux, celui qui porte si mal son nom : le Pacifique.

Vincent Hilaire