Chaleureuses retrouvailles au Japon

© Noémie Olive / Tara Expeditions Foundation

10 mai 2018

Tara a quitté la Chine et son brouillard après plusieurs semaines de sensibilisation et d’accueil du public, pour se rendre, 750 milles et cinq jours plus tard, au Japon. Un an après son dernier passage, Tara revient au pays du Soleil Levant où l’accueil et l’enthousiasme des Japonais sont toujours aussi chaleureux et émouvants. L’équipage et les scientifiques vont pouvoir rendre compte et partager avec le public les travaux de recherche menés sur les récifs nippons l’an passé.

Tara a entamé son périple nippon en accostant au port de Nio Marina, à Mitoyo où plusieurs centaines d’habitants l’attendaient pour une cérémonie d’accueil en fanfare, au sens propre du terme. Après un discours de bienvenue, le maire et le Directeur de l’Assemblée de la ville ont remis des gourmandises locales à l’équipage. Les édiles ont ensuite laissé place aux jeunes filles de la commune qui ont effectué une superbe représentation.
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Maki Ohkojima et sa peinture ”Les poumons de la mer et de la forêt”  – © Noëlie Pansiot / Tara Expeditions Foundation

Art et Science : la mer comme source d’inspiration

Comme dans chacune des expéditions scientifiques de Tara, science, éducation et arts se mêlent. Il faut dire que la mer a toujours été une source d’inspiration pour les artistes. Ainsi, Hibino, plasticien tokyoïte, à la renommée internationale, notamment pour ses installations au Centre Pompidou à Paris et à la Biennale de Venise, a embarqué quelques jours sur Tara avec qui il a tissé des liens depuis plus de 20 ans. Ce lien remonte à l’époque où agnès b. était venue au Japon pour ouvrir sa première boutique et ayant découvert le travail de Hibino, organisa la première exposition de l’artiste à l’étranger, à Paris, dans sa “Galerie du Jour”. Depuis, Hibino s’est attaché aux activités scientifiques et éducatives de Tara et c’est lui qui a organisé l’escale à Mitoyo. Ce qui l’intéresse dit-il “c’est de penser l’environnement sur le long terme. Après le séisme de 2011 et le tragique accident de Fukushima, on sait que les conséquences s’étalent sur plusieurs générations. Je ne suis pas scientifique, je suis artiste et je questionne cette notion de temps à travers mon travail.“ Hibino a créé une résidence d’artistes sur l’île d’Awashima – une petite île qui abritait une école de marine marchande et qui a formé de nombreux marins, autres voyageurs au long cours sur tous les océans du globe.

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Hibino, ravi de vivre quelques jours à bord de Tara lors de son passage à Mitoyo, au Japon – © Noémie Olive / Tara Expeditions Foundation

La peintre Maki Ohkojima – artiste en résidence à bord de Tara en 2017 au Japon – a, elle aussi, souhaité se joindre à nouveau à l’aventure. Celle qui célèbre la mer dans ses toiles, a développé un univers marin peuplé de créatures étranges et fantastiques. “Tara a besoin de scientifiques afin d’étudier, mais aussi pour raconter aux gens la vie sous les océans” explique Maki Ohkojima, “je tiens à exprimer mon expérience à bord de Tara, à l’aide de mes 5 sens et partager mes histoires. Nous avons besoin de comprendre et de prendre conscience du monde qui nous entoure et de notre inter-connectivité. À travers l’art, les gens acquièrent cette connaissance d’une nouvelle manière“.

 

Retour sur les recherches menées au Japon

Le passage de Tara l’année dernière au Japon avait permis aux scientifiques de la goélette, accompagnés des chercheurs des universités nippones, d’étudier les effets des changements de température et les impacts de l’augmentation de l’acidité de l’eau (pH) sur les écosystèmes marins. Le Japon dispose d’une grande richesse de récifs coralliens grâce en partie au courant chaud le Kuroshio, qui favorise le transport des larves de corail vers le nord du Japon. Le Kuroshio apporte aussi de l’eau chaude et ce phénomène explique que la température y est plus élevée qu’ailleurs, à latitude égale, et que l’on peut observer des coraux jusque dans la baie de Tokyo. A terme, les chercheurs estiment qu’il pourrait y avoir un décalage de distribution des populations, avec certaines espèces de coraux qui pourraient migrer vers le Nord tandis qu’ils disparaîtraient du Sud du Japon.

Le Kuroshio prend sa source dans le Triangle du corail, il connecte donc le Japon à un “nid” de biodiversité. Cette zone du Pacifique que Tara a en partie sillonné cette année, ne représente que 1 % de la surface planétaire mais concentre 30 % des récifs coralliens du monde. Le Triangle est le berceau d’une très riche biodiversité accueillant notamment une des principales aires de reproduction des thons, des baleines bleues et des cachalots… Au sud du Triangle de Corail, le passage de Tara aux îles Salomon, en Papouasie Nouvelle Guinée a permis de compléter les prélèvements dont l’analyse a déjà commencé à livrer ses enseignements pour une meilleure connaissance des récifs coralliens, de leur état de santé et de leurs capacités d’adaptation aux changements environnementaux qui menacent la planète. Après son voyage au Japon et sa mission éducative remplie auprès des jeunes Japonais, Tara reprendra à nouveau les missions scientifiques, à Hawaï, en juin 2018.

Noémie Olive

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