Choc thermique

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17 janvier 2012

La dernière station longue de cette étape « Panama-Savannah » vient de débuter dans une fraîcheur que n’avait plus connu Tara depuis des mois. Mais alors que sur le pont les scientifiques semblent regretter le soleil de plomb qui nous suivait depuis le Panama ; sous la coque de Tara, le courant qui nous porte est toujours placé sous le signe des tropiques.

En entrant dans le Golfe du Mexique, nous étions déjà passés d’une chaleur étouffante à un doux été des plus agréables. Mais ce week-end, en passant le cap fatidique de la Floride pour remonter cap au Nord, le choc thermique fut bien plus violent.

Sur le pont, les gilets et les chaudes vestes de quart sont de sortie et les couettes retrouvent leur place dans les cabines. En moins de 48 heures, nous avons tout simplement perdu dix degrés. Et ça ne fait que commencer…

Mais curieusement, sous nos pieds, l’eau semble être restée à l’heure tropicale, tournant toujours autour des 25 degrés, alors qu’à quelques kilomètres de nous, le long des côtes, la température de l’eau n’est que de 15 degrés. Ainsi, entre la précédente station dans le golfe du Mexique et celle-ci, entre la Floride à l’Ouest et les Bahamas à l’Est, le courant qui nous porte garde presque toute sa chaleur. Un courant que les scientifiques à bord n’ont pas cessé d’étudier entre ces deux stations.

Durant toute la semaine, comme une routine, chaque matinée était ainsi dévolue à de courtes « stations » en miniature. Avec au programme : CTD (données physico-chimiques de l’eau), Bongo (filet prélevant les espèces les plus volumineuses entre zéro et 500 mètres), parfois TSRB (pour Tethered Spectro Radiometer Buoy, capteurs utilisés pour analyser la couleur de l’océan), et enfin prélèvements d’eau de surface pour l’étude du phytoplancton, ainsi que pour fournir des sujets photographiques à Gabriella dans le labo sec.

Autant dire que ce courant qui nous aura porté tout au long de ce leg et qui deviendra bientôt le Gulf Stream aura été scruté jour après jour avec attention par l’équipe scientifique. Les marins, eux, à défaut de l’étudier, ont bel et bien ressenti ce fameux courant, Loïc en tête. « C’est flagrant : normalement, avec deux moteurs et face au vent, on avance en moyenne à cinq nœuds. En passant le canal de la Floride, on est monté jusqu’à huit nœuds et demi ! ».

De quoi nous donner une belle avance sur le programme de cette dernière semaine en mer, même si nous voilà maintenant à l’arrêt pour les deux jours et deux nuits de cette station longue. Ensuite, tout le monde compte encore un peu sur ce courant bienveillant pour nous amener dès la fin de la semaine à bon port. Celui de Savannah, en l’occurrence.

Yann Chavance