Confidences en cuisine

© S.Mirshak/Tara Expéditions

12 août 2015

À bord de Tara, la cuisinière joue un rôle primordial. C’est un fait établi, reconnu par tous, bref de notoriété publique. Garante du moral des troupes, « Dominique Limbour, dite « Do », veille sur ce que certains appellent « notre deuxième cerveau » : notre ventre. Pour cette infirmière de profession, prendre soin des autres est une seconde nature.

N.Pansiot/Tara Expéditions

N.Pansiot/Tara Expéditions

« Do » est aussi un marin à part entière, elle n’hésite pas à saisir sa veste de quart pour aller prêter main-forte durant les manœuvres. Sa relation à la mer est une évidence. Élément vital pour ce poisson (son signe astrologique), elle a besoin de la voir, de s’y baigner dès qu’elle le peut – même sous les latitudes les plus nordiques – ou de se laisser porter par son mouvement à bord d’un bateau.

Lorsqu’elle ne revêt pas son tablier sur Tara, elle officie à l’infirmerie de la Brittany Ferries. « Do , c’est l’infirmière du cœur », confie Mathieu Oriot, marin plongeur habitué des embarquements en sa présence. « Elle soigne avec la nourriture, la piqûre ou la psychologie. » Sur la goélette, il lui arrive de gérer bobos et blessures en cas de besoin, mais la responsabilité des soins revient au Capitaine. Ici, elle délaisse la pharmacopée pour de bons produits consommables. Des mets qu’elle sélectionne avec soin sur les marchés, en nombre suffisant pour toute la durée des expéditions.

Ses plats font souvent l’unanimité, qu’ils sortent d’un livre de cuisine ou de son imagination. Elle connaît les préférences culinaires de chacun. Daniel Cron, chef mécanicien, le sait : «  elle pensera à moi au moment où il faudra finir une casserole de chocolat chaud… » Mais la cuisinière ne veille pas simplement à la satisfaction de nos estomacs, elle doit gérer les stocks pour que les délices du palais perdurent dans le temps. Comme ici, en région polaire, où les produits frais se font rares.

Douce et calme, jusque dans son timbre de voix, la dame sait prêter l’oreille et sert volontiers de confidente aux Taranautes. Avec Martin, le capitaine, les échanges sont matinaux. Ils discutent souvent devant les fourneaux, à l’heure de préparer thé et café, dans la petite cuisine toute en longueur située en contrebas du grand carré. Alors que tout le monde dort encore, ces deux-là sont déjà complices.

De temps à autre, un marin lui propose de l’aide en cuisine. Do, qui n’aime pas l’intrusion, accepte le coup de main du commis improvisé. Dans le tintement des casseroles et des bruits d’ustensiles, les voix se font basses, les échanges plus personnels. Les protagonistes de la discussion s’isolent naturellement par leurs postures : se tenant face au plan de travail, dos tournés aux équipiers. Le moment se révèle idéal pour évoquer les questions familiales, les maux d’amour, les voyages au long cours…

La dame de cœur de l’équipage tisse des liens de différente nature avec chacun, à son rythme, au gré des conversations et des moments. Louis Wilmotte, benjamin de l’équipage, ne rate jamais une occasion pour la taquiner. Il n’est pas rare  qu’il s’adresse à elle en commençant sa phrase par « maman ». La réaction de Dominique est souvent la même : elle répond en grognant ou en rechignant, pour le principe, mais toujours avec le sourire de celle qui ne résiste pas à l’humour. Pour Louis qui échange quotidiennement dans la légèreté avec ses camarades marins, “lorsqu’une question de fond se présente, c’est vers Dominique que je me tourne”.

Noëlie Pansiot

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