Coupés du monde

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2 septembre 2013

Il est cinq heures du matin lorsqu’une étrange sonnerie retentit dans la timonerie (poste de pilotage). C’est la BLU, cette radio à bande latérale unique qui émet un message à tous les navires. Pas d’alerte, le message est intitulé « no urgent ». Cet appel est néanmoins un bon prétexte pour se plonger dans le guide « système mondial de détresse et de communication en mer » et pour découvrir que Tara navigue actuellement en zone A4, la zone la plus reculée du monde en terme de communication.

Tout comme l’Antarctique, l’Arctique est la région du monde dans laquelle l’information maritime circule le moins bien. A bord de Tara, comme sur chaque navire, nous disposons de deux systèmes de communication : l’un se propage grâce aux ondes et l’autre passe par les satellites. L’appel de ce matin le prouve, la communication par radio BLU fonctionne bien. Mais en feuilletant la bible du système de communication en mer, elle se révèle être le seul instrument de réception et de transmission officiel accessible en Arctique ! Sur d’autres océans, les navires utilisent, outre la BLU, le Navtex, l’Inmarsat et la VHF. Comme la BLU, la VHF est une radio mais sa portée est limitée à 50 milles nautiques. Le Navtex permet de recevoir la météo, des informations sur la navigation… Ces données sont émises par des stations à terre, mais en zone A4 aucune station terrestre ne peut assurer cette fonction. Ces annonces nous auraient pourtant été d’une grande utilité lors du passage du détroit de Vilkitsky. Il reste ensuite l’Inmarsat, ce système de communication relayé par quatre satellites géostationnaires au-dessus de l’équateur. Cependant l’émission de ces satellites ne dépasse pas les 75° Nord et Sud, ne couvrant donc pas l’Arctique et l’Antarctique.

Etant donnée la position actuelle de Tara, il ne reste donc plus que la BLU.

Cette radio à moyennes et hautes fréquences, permet d’envoyer des messages de détresse à travers le monde, aux autres navires et aux centres de coordination et de sauvetage maritime, les MRCC. Actuellement en mer de Sibérie Orientale, nous sommes rattachés au centre de coordination russe de Petropavlovsk-Kamchatskiy, situé sur la côte Pacifique. Toute personne de veille dans un MRCC doit savoir parler l’anglais. Mais comment un Russe et un Français qui peuvent respectivement avoir des accents à couper au couteau parviennent-ils à se comprendre par radio, de surcroit si la communication est mauvaise et si la situation est urgente ? «  A l’école de la marine marchande, tu apprends des phrases standards pour la communication en mer. Dernièrement, j’essayais de me souvenir des phrases types que j’avais apprises à l’école et qui permettent de communiquer avec un brise-glace. Dans toutes les écoles de marine marchande du monde, nous apprenons les mêmes formulations, ce qui permet d’éviter les incompréhensions dans des situations d’urgence. » m’explique Loïc Vallette, le capitaine de Tara. A chaque communication à la BLU, la position du navire qui a émis l’appel est indiquée. Il existe aussi un programme qui permet au bateau en détresse d’indiquer rapidement la situation dans laquelle il se trouve : un homme à la mer, un incendie, une voie d’eau… Ici s’achève la maigre liste des systèmes de communication officiels, c’est à dire qui font référence à la convention internationale signée en 1999, accessibles à Tara en Arctique. Mais heureusement à bord, nous possédons aussi un dénommé Iridium.

C’est grâce à l’Iridium que nous pouvons envoyer et recevoir dans cette zone reculée du monde des mails. En cas de réelle nécessité, nous pouvons aussi passer des appels téléphoniques, mais le coût reste prohibitif. L’Iridium est un système de communication passant par des satellites qui convergent aux pôles, nous bénéficions donc ici de la meilleure connexion possible ! « J’ai enregistré dans le téléphone portable Iridium du bord, les numéros vitaux comme ceux du MRCC (Maritime Rescue Coordination Centres) français, du centre de coordination de l’aide médicale en mer… En cas de besoin, nous sommes au moins sûrs que la connexion passe, quelque soit l’endroit… », confie le capitaine. Sans être superstitieux, touchons du bois pour que l’Iridium demeure simplement un beau système de communication pour envoyer de l’Arctique des nouvelles aux gens que l’on aime…

Anna Deniaud Garcia

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