Dans le canal de Corinthe

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25 novembre 2009

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir l’ensemble de l’équipage sur le pont. Même Julien le chef mécanicien est sorti de sa machine : ce matin on passe le canal de Corinthe. Une tranchée de 6 kilomètres, creusée par l’homme… et qui semble si étroite sur nos cartes de navigation !

Tara s’engage prudemment. Le navire mesure 10 mètres de large ce qui ne laisse que 5 mètres d’eau de chaque côté. Au pilotage, Hervé ne quitte pas la proue des yeux. L’eau bleue prend une couleur menthe glaciale en se superposant sur la pierre jaune crayeuse dans laquelle est taillé le canal.
Tara s’insinue entre les falaises. Vertigineuse vision. 50 mètres au-dessus de nous, plusieurs ponts se jettent d’un bord à l’autre du canal de Corinthe. Des bus, des voitures, des camions traversent à toute vitesse. Quelques touristes nous font signe, minuscules points agités, loin au-dessus de nos têtes. En bas, c’est le calme, personne ne dit mot.

Le canal de Corinthe nous permet d’éviter de faire le tour de la presqu’île du Péloponnèse. Un gain de temps précieux de 400 kilomètres. Seuls les navires de moins de 10 000 tonnes peuvent se faufiler dans cet étroit passage inauguré en 1893. Il a fallu près de 10 ans pour percer cet isthme de calcaire et plusieurs tentatives ratées, dont les prémices remontent à l’Antiquité.

Au VIIème siècle déjà, les navires étaient convoyés par la terre pour relier le golfe Saronique à la mer Egée. Ils étaient hâlés sur des chariots et tractés sur une voie pavée jusque de l’autre côté. La légende veut que l’empereur Néron ait été le premier à imaginer un passage maritime pour les bateaux, inaugurant les travaux avec une pelle en or ! L’ouvrage fût ensuite abandonné par son successeur qui le jugeait trop coûteux. Il faudra attendre 1882 pour qu’une entreprise française, la Société Internationale du Canal Maritime de Corinthe, entame le forage du passage qui existe aujourd’hui.

Les murs témoignent de ce passé tumultueux sur le passage de Tara. Rémi, notre peintre à bord, a juste le temps d’esquisser une aquarelle et déjà nous voilà de l’autre côté, dans l’éblouissant soleil qui baigne la mer Egée.
Mon voyage sur Tara s’arrête à Athènes sur cette somptueuse vision. L’équipage vivra de nouvelles aventures scientifiques, de nouvelles explorations dès la semaine prochaine que vous suivrez désormais sous la plume et l’œil de David !
Merci Tara et bonne route à tous !

Sacha Bollet