Dans le sillage du Kon-Tiki

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7 mars 2011

Dans deux jours, Tara quittera le port de Valparaiso pour  prendre la direction de l’île la plus isolée du monde, la célèbre et mythique île de Pâques. Le voilier scientifique s’apprête à parcourir 2100 miles marins, au cours desquels les scientifiques opèreront trois stations longues.

A bord, la nouvelle équipe est au grand complet. Sept marins et sept scientifiques, dont Marcela, l’observatrice du gouvernement Chilien. Pendant ce leg de vingt-et-un jours, ce sera Lee Karp, qui prendra la direction d’une équipe scientifique aux allures plutôt féminines. La nouvelle chef scientifique embarque pour la première fois à bord de la goélette, mais loin d’être une novice, cette chercheuse américaine a déjà sept expéditions dans le Pacifique Nord à son actif.

Originaire d’Israël, Lee vit depuis vingt ans aux Etats-Unis. Elle travaille actuellement comme chercheur professeur à l’école des sciences marines de l’université du Maine. Son thème de recherche porte sur les relations entre la forme et la fonction du phytoplancton ainsi que leurs rôles pour l’environnement. «  Je suis ravie de participer à ce leg, il est particulièrement intéressant puisque nous allons passer d’un upwelling à un désert océanique ».

L’upwelling, situé près des côtes chiliennes et péruviennes, est une zone particulièrement riche en micro-organismes, ce qui explique la grande quantité de poissons dans la région. A l’inverse, dans les déserts océaniques, plancton et phytoplancton se font rares. « Au delà de l’intérêt scientifique, je suis aussi excitée à l’idée de naviguer dans les mêmes eaux que le Kon Tiki. L’aventure de ce radeau était mon livre préféré quand j’étais adolescente. »

Tout comme Lee, Loïc Vallette, le nouveau capitaine de Tara, a plongé enfant dans le récit de Thor Heyerdahl*. Emprunter cette même route maritime, qui de surcroit reste très peu fréquentée, devrait être un grand moment pour le jeune capitaine et son équipage. Après un mois et demi à bord en tant que mécanicien, Loïc prendra donc les commandes du voilier scientifique.

« Devenir capitaine à Valparaiso, c’est une chance, ça n’arrive pas à tout le monde ! Ce port est mythique dans le monde maritime ». Cette promotion, il ne l’a pas gagné à coups de tours de clef dans la salle des machines, Loïc possède un diplôme de capitaine de première classe de la marine marchande. Depuis maintenant quinze ans, le marin navigue à bord de bateaux de commerce. La voile, il pratique cela depuis qu’il est enfant. «  Mon père est marin, on avait un voilier. Quand j’étais gamin, dès qu’il n’y avait pas école, j’étais dessus. »

En attendant l’heure du départ, scientifiques et marins poursuivent les préparatifs du leg. Au yacht club du Chili, près duquel Tara est au mouillage, Loïc a fait la rencontre du capitaine Jaime Von Teuber… Une casquette bleue, une pipe à la bouche et la barbe grisonnante, Jaime rappelle les traditionnelles figurines de marins. Auprès de ce vieux loup de mer, Loïc a recueilli des informations utiles pour les prochaines navigations. Deux, trois coups de fil de Jaime, et nous voilà officiellement attendu à Pâques.

Anna Deniaud

* Thor Heyerdahl a mené une expédition en radeau, du Pérou jusqu’à l’île de Pâques. Ce norvégien souhaitait démontrer que les Pascuans pouvait être originaires d’Amérique du Sud. Une majorité de chercheurs adoptent plutôt la thèse de l’origine polynésienne des Pascuans.

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