De la Méditerranée au Maine, itinéraire d’un Taranaute.

© N.Pansiot/ Tara Expéditions

5 mai 2015

Dans la famille Haëntjens, il y a le père, Cyril, partenaire de Tara Expéditions avec sa société France Collectivités SAS, et le fils, Nils, ingénieur et stagiaire polyvalent à bord de Tara Méditerranée. Deux passionnés de voile. Nils, c’est la force tranquille ! Souriant et avenant, il possède le profil idéal du compagnon de navigation. Pour le jeune ingénieur, l’aventure Tara s’est prolongée, loin du bassin méditerranéen où elle avait commencé.

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Tandis que la goélette a passé l’hiver à Lorient, Nils était de l’autre côté de l’Atlantique, à l’est des Etats-Unis, non loin de la frontière canadienne. Et c’est grâce à une rencontre à bord de Tara qu’il poursuit l’aventure scientifique au sein d’un laboratoire de l’Université du Maine. A l’occasion d’un échange sur Skype avec Noëlie, journaliste correspondante, Nils expliquait le lien entre Tara et le projet de mesures optiques des océans financé par la Nasa depuis plusieurs années sur lequel il travaille actuellement. Voici un petit résumé de leur conversation.

« La neige a enfin fondu ! » Après quelques minutes de discussion sur Skype, cette phrase sonnait comme le cri du cœur. Installé dans le Maine depuis le mois de janvier, Nils a découvert un climat rigoureux qui n’a rien à voir avec celui de l’hexagone. Il semble pourtant avoir profité de la saison hivernale en arpentant les 40 kilomètres de pistes de ski de fond situés aux abords de l’Université. Mais le retour du printemps lui offre de nouvelles perspectives d’exploration et il a déjà troqué ses raquettes et ses skis contre un canoë.

Installé au bureau de sa chambre d’étudiant, sur le campus, Nils me présente le projet dans lequel il s’est engagé pour les deux années à venir : «Je réalise un master en océanographie dans le laboratoire du scientifique Emmanuel Boss au sein de l’Université du Maine» C’est à bord de Tara, sur l’étape reliant Chypre à Maltes pendant Tara Méditerranée, que les deux hommes ont fait connaissance. Emmanuel, professeur de sciences marines et spécialiste des données optiques, cherchait une personne de confiance pour gérer plusieurs instruments embarqués et réaliser des manipulations sur le radiomètre hyperspectral flottant (HTSRB) et les capteurs de  conductivité, température et profondeur (CTD). Et c’est à Nils qu’il confia cette mission. Peu de temps après, Emmanuel lui proposait un poste aux Etats-Unis, pour travailler sur un projet pour lequel il venait d’obtenir une bourse. Nils n’a pas hésité une seconde !

Et lorsque je l’interroge sur le travail qu’il effectue au sein du laboratoire, voici sa réponse : « L’idée c’est d’utiliser l’optique pour étudier les masses de phytoplancton et leur distribution dans les océans. Je m’investis sur un projet bien particulier. En fait, nous recevons des informations des satellites sur la distribution du plancton qui requiert une calibration. Pour cela, nous envoyons des flotteurs, un peu comme la CTD à bord de Tara, sauf qu’il s’agit d’instruments autonomes qui envoient leurs données aux laboratoires par satellites. Nous allons donc concevoir de nouveaux flotteurs, plus précis qu’auparavant, équipés de radiomètres hyperspectraux qui vont contribuer à la calibration de la prochaine génération de satellites envoyé en 2020 ». Sait-on pourquoi les mesures actuelles sont faussées ? « Oui, lorsque les satellites prennent une photo, la lumière qu’ils reçoivent est d’abord modifiée par l’atmosphère. C’est un premier facteur mais il en existe d’autres que nous devons prendre en compte. Par exemple, lorsque nous plaçons un capteur qui mesure la lumière dans l’eau, celui-ci génère sa propre ombre. Donc il modifie l’environnement dans lequel nous souhaitons mesurer. Mon travail est de savoir comment ce capteur va modifier son environnement, de combien, et qu’elles sont les corrections que nous devrons appliquer pour prendre la bonne mesure, comme si le capteur n’était plus là. J’utilise des simulations de Monte-Carlo pour cela. » Nils semble avoir attrapé le virus de la science et ses compétences d’ingénieur lui permettent de traiter une multitude de données à l’aide de la programmation.

Bien intégré à son nouveau milieu, il commence même à chercher ses mots en français ! Son temps libre, il le passe à explorer la côte : « Pour l’instant j’adore, ça change radicalement de Paris. C’est la campagne, et je m’adonne à de nombreuses activités en pleine nature : de la rando, du VTT… La côte est très belle, toute dentelée et bordée par des forêts de sapins. Il n’y a pas une baie qui ressemble à une autre. » De l’autre côté de l’Atlantique, les proches de Nils ont organisé l’escale et les visites de Tara à Penerf en Bretagne en avril denier, le fief des Haëntjens. Tara est un membre à part entière de cette famille, et le passage de Nils à bord semble lui avoir ouvert une nouvelle voie professionnelle.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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