Départ de Pevek avec deux invités surprise

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8 septembre 2013

Comme prévu dans le planning de l’expédition Tara Oceans Polar Circle, nous avons quitté samedi matin, après les formalités administratives de sortie du territoire russe, le port de Pevek.
L’équipe scientifique a été en grande partie renouvelée, seuls la plupart des marins de l’étape précédente entamée à Doudinka sont encore à bord.
Au lieu de partir à treize, nous avons reçu deux renforts imprévus avec l’arrivée de Sébastien Roubinet et Vincent Berthet. Ces deux aventuriers partis pour traverser l’Océan Arctique sur leur catamaran en carbone, 
capable de glisser aussi sur la glace, ont du renoncer à leur incroyable défi.

Sébastien Roubinet et Vincent Berthet étaient partis il y a deux mois de Barrow en Alaska pour tenter de rallier à bord de Babouchka, ce petit esquif de six mètres, les îles Spitzberg en Norvège, autrement dit l’Océan Arctique en diagonale. Mais un vent et une dérive de face quasi permanents et un retour du gel en avance pour la saison, les ont conduit à renoncer à ce pari. Il y a quelques jours ils déclenchaient leur balise de détresse et ont été recueillis ensuite en plein pack de glace à environ 800 miles de Pevek par l’Admiral Makarov, le plus puissant des brises glaces russes non nucléaires.

N’ayant pas prévu cette escale forcée en Tchoukotka (Russie) et sans autorisation d’entrée sur le sol russe, il a été décidé que Tara servirait de refuge à ces deux aventuriers. Sébastien et Vincent, qui ont du laisser à regrets leur Babouchka à Pevek, font désormais partie de l’équipage depuis hier. Sébastien Roubinet avait d’ailleurs déjà embarqué à bord de Tara en 2004 direction le Groenland quelques mois après le rachat du bateau par Étienne Bourgois et agnès b.

Comme toujours ce départ était très émouvant entre les équipiers sortants sur le quai en attente de leur vol de retour et ceux du bord. L’équipage après la relève contenant encore des membres de la précédente étape vécue entre Doudinka et Pevek avec ce délicat passage du Nord-Est, forcément certains cœurs étaient un peu gros.
Le ciel apportait lui un peu de clémence avec encore un généreux soleil et des températures douces pour cet endroit du monde.
Lentement, Tara a quitté le grand quai de déchargement du port de Pevek, en pleine danse des grandes grues multicolores employées à décharger un cargo russe. Loïc Vallette, notre capitaine, ne cachait pas sa joie de repartir et faisait retentir plusieurs fois la corne de brume pour saluer ceux laissés sur ces quais. Et avant de prendre un peu plus le large, nous avons longé le flanc tribord de l’Admiral Makarov qui avait pris en charge après leur abandon nos deux invités surprises.

Tara fait maintenant route depuis hier dans le corridor maritime de 200 miles de long et 40 miles de large qui nous est imposé jusqu’à la sortie des eaux russes. Une première station de prélèvements pourrait avoir lieu dimanche après-midi puisque nous en avons la possibilité jusqu’au 9 septembre, minuit.
A condition que les océanographes à terre confirment bien à Emmanuel Boss, notre chef scientifique à bord, qu’il s’agit bien des eaux du Pacifique qui rentrent par Béring. Car les eaux côtières russes ont déjà été échantillonnées juste avant l’arrivée à Pevek.

Vincent Hilaire

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