Départ des Iles de la Société

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30 août 2011

Ce matin, c’est la fin de notre escale dans le port commercial de Papeete, Tara s’apprête a quitter le quai avec une nouvelle équipe de scientifiques. Des amis, en signe d’adieu sont venus nous offrir les traditionnels colliers de coquillage des départs polynésiens.

La corne de brume sonne l’appareillage vers d’autres horizons, et avec un pincement au cœur, les amarres qui nous retiennent à la terre sont larguées. L’autorisation de prendre le chenal est donnée par la vigie. Les voiles sont hissées et déjà dans le sillage disparaissent les îles de la Société (Polynésie française).

Deux mois de vagabondages scientifiques dans l’archipel des Gambier et des Marquises, nous ont permis de mieux connaître la vie des îles du bout du monde et de ses îliens, isolés au cœur de cet immense Océan Pacifique. Une vie tournée vers la mer et ses ressources, où les problèmes environnementaux prennent une autre valeur dans ces lieux aux écologies fragiles : une vie rude au paradis.

De la culture des perles au travail du coprah*, ce monde polynésien en pleine évolution cherche son avenir au milieu des bribes du passé. Il retrouve peu à peu les racines de son passé caché au fond des mémoires depuis l’évangélisation. Juste retour des choses pour ces hommes qui ont su garder les lettres de noblesses au mot accueil. Au pays des guerrier tatoués et des marae*, l’histoire s’accroche au présent, le futur est incertain pour ce monde maritime fragile des régions d’Outre-Mer qui représente 80% de la biodiversité française.

A bord, 4 marins et 7 scientifiques dirigés par Xavier Durrieu de Madron, s’affairent déjà pour préparer la prochaine mission d’échantillonnage. Le parcours vers Hawaï va nous permettre de croiser l’Equateur et de réaliser des prélèvements dans la zone équatoriale et intertropicale afin de pouvoir étudier les courants et les contre-courants équatoriaux ainsi que leurs populations planctoniques associées.

Cette zone est sujette à des courants convergents qui jouent sur les grands systèmes climatiques à l’échelle des océans et de la planète, ainsi que sur les phénomène météo-océaniques tel que “el nino” et “el nina” qui ont une influence considérable sur les conditions climatiques et économiques des pays qui bordent le Pacifique équatorial.

C’est l’occasion pour Tara de traverser cette zone de convergence afin d’étudier la biodiversité et de percer les mystères planctoniques de l’océan. L’équipe scientifique s’attend à un travail d’enquête passionnant. Pour les marins le défi est tout aussi intense, car les zones traversées entre l’équateur et le 5°N sont considérées comme des lieux de formation des dépressions tropicales et des cyclones, peu apparent à la lecture des cartes météo. A partir du 10°N, nous retrouverons le vent des alizés réguliers de secteur E-NE, pour finir la route sur Hawaï.

Pour l’instant, toutes voiles dehors, l’écume à l’étrave, Tara va rejoindre la première station de prélèvements de cette nouvelle mission.

Hervé Bourmaud, capitaine de Tara

* Coprah : Pulpe séchée de la noix de coco qui sert à produire de l’huile.
* Marae : Lieu sacré tahitien