Dernière station longue

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30 septembre 2010

Dernière station longue

Toutes les bonnes choses ont une fin dit-on. Pour une partie de l’équipage, c’est une nouvelle étape qui va commencer à partir d’Ascencion, mais pour quatre d’entre nous c’est la fin d’une aventure, un arrêt brutal.

Hier, la dernière station longue de ce parcours entre Capetown et Ascencion a commencé dès huit heures. Il y avait du travail pour jusqu’à la fin de la soirée.

A voir les personnes affectées à ces dizaines de manipulations sur le pont arrière, immersions et remontées millimétrées, on avait plus l’impression qu’elles étaient en train de partager un moment d’agrément que de basse besogne. La complicité entre Sarah Searson et Linda Mollestam crevait les yeux, celle côté biologie entre Céline Dimier et Lucie Subirana aussi. Tout cela sous le regard serein des deux chefs d’orchestre, Phillipe koubbi le chef de mission, et Olivier Marien le capitaine. Des gestes quasi automatiques, des mains qui se coordonnent et agissent au bon moment entre deux gestes ou clins d’œil. Un ballet bien huilé.

« Un parcours (un leg) d’un mois c’est clairement l’occasion de souder un groupe, et si ça marche après c’est une mécanique qui fonctionne presque toute seule » pour Philippe Koubbi, un des quatre sortants, avec qui je faisais ce matin un peu le bilan de ce mois de mer.

Rompu aux campagnes océanographiques, il fit sa première au Kerguelen en 1987, Phillipe a particulièrement apprécié la diversité de ce groupe, et la proximité induite par Tara. « Tara est un bateau déroutant pour moi. Avec lui, on espère qu’il y aura du vent, et une fois calé à la voile pour les étapes de transition, c’est génial. J’apprécie aussi l’ingéniosité avec laquelle les opérations de mise à l’eau ont été prévues et sont réalisées. Il faut faire attention sur ce bateau, mais tout est bien dimensionné, et les compétences sont là, considérables.

Enfin, il y a aussi la variable météorologique. Depuis le bord, en fonction des souhaits de recherche émis par la terre, nous devons prendre quelquefois des décisions difficiles. J’ai particulièrement apprécié à ce titre le binôme que nous avons formé avec Olivier, le capitaine. La traque du gyre (tourbillon marin) venu de l’océan indien a été un grand succès grâce à tous ces facteurs ».

Pour Lucie, 24 ans, qui nous quitte aussi à Ascencion, c’était la première campagne océanographique de sa vie. En un mois la cadette du bord « a appris plein de choses, notamment pour les filets à plancton. C’est encore mieux que ce que j’imaginais. Les filtrations quand il y avait delà mer c’était difficile mais il fallait s’adapter, après des débuts douloureux j’y suis arrivée. Il y avait en plus une super ambiance, on a bien rigolé en travaillant dur, et c’est déjà la fin !

J’ai acquis deux certitudes en plus, j’ai envie de faire d’autres campagnes océano, et je suis vraiment passionnée parce que je fais. Avec cette expédition, j’ai en plus découvert le zooplancton que je connaissais peu, mon domaine c’est plus le phytoplancton. La biologie moléculaire où on se sert de l’ADN pour découvrir les caractéristiques d’un organisme est fascinante, je suis vraiment dans la voie qui m’intéresse ».

Autre scientifique sortant, Patrick Chang, il a travaillé pendant des heures dans son laboratoire sec, dans une chaleur souvent dure à supporter. « Ce leg était intense, c’est dur de partir maintenant alors que tout fonctionne tellement bien. Il aura fallu une semaine pour que les liens se créent. J’ai toujours réfléchi en me disant de faire attention à ne froisser personne. Sinon on aurait appris seulement le lendemain matin au petit déjeuner que quelqu’un était passé la nuit d’avant par dessus bord ! (grand rire de Patrick).»

Lui qui a passé des heures au dessus du microscope binoculaire à traquer le vivant confesse une frustration : « Quand Tara roule et qu’on est au dessus du microscope à essayer de prendre les photos, il faut trouver le moment pour déclencher et c’est pas facile, il y a des organismes si petits que je ne les ai jamais revu après dans la lentille. C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Finalement un mois c’est court, pour observer un maillon essentiel d’une chaîne énorme. Mais il faut rester humble, on est de passage sur cette terre. C’est sûrement un autre qui finira ce qu’on a commencé sur Tara ».

Dernier partant : Marc Picheral, ingénieur océanographe. « On a réussi notre mission sur ce leg, en dépit de conditions météorologiques difficiles. Cette deuxième année c’était un nouveau départ, il fallait remettre en route l’instrumentation. Avec Sarah Searson, l’autre ingénieur océanographe, on a résolu en plus des problèmes qui duraient depuis le début de l’expédition comme le fonctionnement du thermosalinographe. De manière générale, cet échantillonnage de l’Atlantique Sud n’était pas évident, on a bien travaillé et on a eu en plus de la chance. A bord tout était en plus bien organisé, et pour le « voileux » que je suis, j’ai participé à plusieurs manœuvres.

On a eu aussi à certains moments une équipe complètement féminine sur le pont pendant les manipulations. Et puisqu’on parle des femmes à bord, mention spéciale pour Marion Lauters, notre cuisinière. »

Voilà qui vous laisse un peu mieux imaginer, l’ambiance qui régnait pendant la dernière station longue de ce leg.

Vincent Hilaire