Des coraux résistants à la chaleur de l’activité volcanique?

© Vincent Hilaire - Tara Expeditions Foundation

16 novembre 2017

Ce mardi 14 novembre à 15h30 locale, Tara est arrivée à quelques kilomètres de Kimbe, capitale de la province de la Nouvelle-Bretagne occidentale. Longeant la côte nord de cette île de Papouasie Nouvelle-Guinée, nous avons accompli les derniers miles sans vent et à l’aide des moteurs.

Simon Rigal, capitaine de Tara depuis Whangarei (Nouvelle-Zélande) va quitter le bord en passant le relais à Samuel Audrain.

Avec 110 kilomètres de large pour 60 de long, Kimbe Bay est considérée comme le cœur du Triangle de Corail. Pour l’équipe scientifique emmenée par Rebecca Vega Thurber (Oregon State University), trois nouveaux sites d’échantillonnage y sont prévus.

 

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Les “bateaux-île” sur le chemin © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Une succession de volcans, dont certains encore en activité. Des îles-bateaux dont la coque est de la pierre de lave au-dessus de laquelle s’épanouit une végétation luxuriante, tropicale. Pendant ces dernières heures de navigation, le paysage ne cessait de nous raconter que nous nous rapprochions de l’équateur et de l’Indonésie. Ce soir, bien à l’abri au mouillage, Tara n’est plus qu’à 5° sud de cette ligne qui sépare la planète bleue en deux hémisphères.

Nous ne sommes pas là par hasard : Kimbe Bay est un site majeur de la biodiversité et comprendrait à lui seul 60% des espèces de coraux présents dans la zone Indo-pacifique. Ce cœur du Triangle de Corail serait d’ailleurs le lieu d’origine de tous les coraux. Selon Alfred Yohang Ko’ou, notre observateur scientifique papou, bientôt débarquant, « c’est ici le berceau, le nid premier de tous les coraux du Pacifique. Les courants océaniques auraient ensuite fait le reste en disséminant ces souches-mères ».

Une première plongée de repérage et d’échantillonnage a déjà eu lieu à l’entrée de Kimbe Bay. Elle a confirmé l’extraordinaire biodiversité et santé du polype dans ces eaux très chaudes, en moyenne autour de 30°C. C’est d’ailleurs un autre point qui intéresse particulièrement les chercheurs : Pourquoi le corail ne subit-il pas de blanchissement dans des eaux aussi chaudes ? Les coraux de Kimbe Bay apporteront ils de nouveaux éléments pour comprendre plus finement pourquoi ces colonies résistent à de telles températures, liées à une activité volcanique environnante intense ?

 

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La Papouasie Nouvelle-Guinée : pays des volcans et des coraux © Vincent Hilaire – Fondation Tara Expéditions

 

Car à deux pas d’ici, au milieu d’un parc de plus d’une centaine de volcans visibles depuis le bord, nous avons eu la chance de longer, en toute sécurité, les plus destructeurs de cette zone : les monts Vulcan et Tavurvur, proches de la nouvelle Rabaul. Alors que des fumerolles s’échappent encore de la caldeira du Vulcan, avec de fortes odeurs de souffre, l’histoire nous rappelle que ces géants en partie endormis ont littéralement englouti l’ancienne Rabaul en 1994. Une Pompéi papoue toujours enfouie sous une lave aujourd’hui solidifiée.

Le corail vit donc ici dans des eaux dont les températures sont, entre autre, influencées par cet environnement, où les stress thermiques se conjuguent. Ces nouvelles plongées, dans le cadre de l’expédition Tara Pacific, s’avèrent donc passionnantes.

 

Vincent Hilaire

 

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