D’un océan à l’autre

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29 décembre 2011

Durant le long périple de Tara depuis son départ de Lorient en septembre 2009, le voilier-laboratoire a traversé bien des lieux mythiques, des étapes qui font date lors d’une si longue expédition. La traversée du Canal de Panama fait désormais partie de cette longue liste. Partis le matin de l’océan Pacifique, nous voici maintenant de l’autre coté du continent, voguant dans les eaux de l’Atlantique. Chronique d’une traversée vers l’autre monde.

 

 

7h00 Le calme de la nuit laisse la place au vacarme si familier des moteurs mis en marche. Doucement, la lourde coque se met en mouvement, illuminée par les premiers rayons du soleil.
 
7h15 Aux abords d’une petite bouée, un rapide bateau nous accoste. À son bord, le pilote panaméen qui nous accompagnera une bonne partie de la journée. Sur le pont de Tara, il guidera Loïc Valette, notre capitaine, lors des manœuvres dans les écluses ou il lui indiquera les passages difficiles.
 
7h20 Nous arrivons aux premières bouées signalant le début du Canal. Un périple de près de 80 kilomètres vient de débuter. Nous voici prêts à traverser un continent.
 
7h45 Tara passe sous le « Pont des Amériques », qui fut pendant longtemps le seul moyen de franchir le canal d’un côté à l’autre. Ici, les deux rives semblent se rapprocher pour guider notre route : l’estuaire se transforme en canal.
 
8h20 Les premières écluses commencent à apparaître au loin. Le soleil se met à réchauffer le pont et ses occupants, de plus en plus nombreux à se presser au bastingage.
 
8h55 Nous voici dans les écluses de Miraflores. Un coup de téléphone nous apprend que nous sommes désormais sous le feu des projecteurs, la webcam du Canal braquée sur nous, diffusant l’image de ce drôle de bateau à travers le monde.
 
8h56 Les amarres sont jetées, les portes se ferment, laissant derrière nous l’océan Pacifique. Devant nous, un immense cargo rouge ferait passer Tara et ses 36 mètres pour une simple barque. Imperceptiblement, l’eau élève les deux navires de quelques mètres.
 
9h35 Nous passons dans la seconde chambre. Le ballet des portes colossales s’ouvrant sur notre passage avant de nous emprisonner reprend de plus belle, sous l’œil blasé de quelques pélicans.
 
9h50 Les dernières portes s’ouvrent devant le nez de Tara. Nous pénétrons dans le lac de Miraflores, plein gaz vers la prochaine des trois écluses du canal.
 
10h30 Nous voici repartis dans le jeu d’ascenseur aquatique des écluses, celles de Pedro Miguel cette fois. Seulement deux portes à passer, pour nous amener au niveau du lac Gatún, 26 mètres au-dessus du niveau de la mer.
 
10h50 L’équipage largue les amarres qui retenaient Tara au quai des écluses. Le béton et l’acier laissent place à la végétation luxuriante sur les berges.
 
11h05 Nous passons sous le « Pont centenaire ». Sous un soleil de plomb, la nouvelle équipe scientifique fraîchement embarquée commence à préparer leur première station, prévue dès le lendemain, vérifiant une dernière fois la rosette ou le labo humide.
 
12h00 Le lac Gatún et sa multitude de petits îlots s’ouvrent à nous. Loïc et le pilote panaméen guident les 120 tonnes de Tara à travers les bouées du chenal.
 
13h30 Après un repas sur le pont, c’est le moment du briefing d’accueil à bord, même si parmi les nouveaux venus se trouvent pas mal d’habitués de Tara. L’équipe scientifique enchaîne alors sur une petite mise au point sur le déroulement et les enjeux des stations de ce leg.

14h40 Petit imprévu, il faut changer de pilote. Tara coupe ses moteurs et jette l’ancre dans un des recoins du lac. L’attente sera longue… Nous resterons au mouillage jusqu’à la tombée de la nuit, avant de pouvoir enfin passer les dernières écluses avant l’Atlantique.
 
19h40 Après cinq heures dans le silence sous un ciel embrasé par le soleil couchant, les moteurs se remettent en route. Le nouveau pilote est à bord, la voie est libre, nous pouvons enfin entamer la dernière étape de notre périple.
 
20h10 La nuit est tombée sur le canal, nous voici aux écluses de Gatún. Cette fois, ces dernières nous feront descendre peu à peu vers le niveau de la mer. Encore quatre écluses à passer avant de pouvoir naviguer sur un autre océan, sous un ciel étoilé.
 
22h00 Lentement, la dernière porte s’ouvre. Derrière elle, c’est l’océan Atlantique qui se dévoile à nous. Enfin.
 
22h40 Nous dépassons la dernière bouée qui nous guidait jusqu’au grand large. Nous abandonnons ici le pilote, pour se retrouver tous les 15 sur le pont, fins prêts pour ce nouveau leg (étape) qui commence. Une longue traversée s’achève : ce matin, nous voguions encore sur le Pacifique, nous voici maintenant face à l’Atlantique. Tara ne le quittera plus jusqu’à Lorient.

Yann Chavance