Embruns nocturnes

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15 mai 2011

La fin des longues stations scientifiques se célèbre avec un apéro. La tension d’un travail ininterrompu de presque trois jours se relâche, les esprits peuvent à nouveau vagabonder et ne plus être concentrés sur la tâche à accomplir sans faillir.

Pendant les stations le temps est compté alors il ne peut être gâché. Tout est millimétré et doit parfaitement s’enchainer. La bateau a tracé sa route cap sur Guayaquil pour y arriver lundi soir.

Sarah dormirait bien 48h non stop pour récupérer autant d’énergie dépensée en un temps aussi court.

Mais cette nuit les éléments en ont décidé autrement. Le bateau trace sa route vers Guayaquil. Les hublots des cabines sont grand ouverts pour rafraichir ces antres que le soleil réchauffe pendant toute la journée. Une première vague un peu plus forte que les autres vient frapper la coque, l’écume gicle par-dessus bord, et retombe par la lucarne…. il pleut dans ma cabine, le bain de pied impromptu me réveille. Mais j’entends surtout rugir une seconde vague qui paraît bien plus puissante que la petite dernière, je rétracte automatiquement les jambes, mais la lame survole mon hublot pour s’engouffrer par celui d’à côté.

Un grand « boum » suivi d’un « shit, shit, shit » rompt le silence nocturne… et la lumière s’allume dans la cabine d’en face. Puis de dépit s’éteint. Sarah renonce j’imagine comme moi à éponger vraiment l’inondation. Une serviette suffira pour ne pas moisir avant la fin de la nuit, et nous replongeons dans notre bannette.

Nous hésitons entre fermer totalement le hublot et tenter de dormir dans un sauna, ou le laisser encore un peu ouvert et risquer l’ambiance plus humide type « hammam » avec l’assaut possible d’une prochaine vague plus tonique que les autres… Aurore dormant dans le lit sous celui de Sarah goûte aussi pleinement aux joies des embruns nocturnes. Les deux écoles se défendent.

Le lendemain, le rythme est encore soutenu, l’équipement doit être nettoyé après les stations, et l’équipe scientifique se plonge dans ses rapports. Sarah, Gaby, Christian, et Silvia bouclent le travail de ces stations mais aussi celui de leur « leg » : ils descendent à Guayaquil et doivent se préparer à passer le flambeau aux autres scientifiques.

A l’arrivée à Guayaquil, la journée de déchargement des échantillons demandera de nouveau une énergie décuplée.

Le sommeil de retard sera récupéré plus tard sur la terre ferme…
 

Sibylle d’Orgeval