Eric Karsenti : Neptune à bord

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13 janvier 2014

Eric Karsenti : Neptune à bord

Scientifique chevronné et reconnu, le codirecteur des expéditions Tara Oceans (2009-2012) et Tara Oceans Polar Circle (2013) est un homme « heureux ». Rencontre avec un sage.

Avec ce biologiste né, rivé à ses lubies et toujours prêt, à ce titre, à se laisser dériver, le charme opère à la vitesse d’une lumière. Grâce à Tara, il a pu faire partager sa passion. « C’est un peu le drame de la science, reconnaît-il, la voix claire, le verbe fluide. Un scientifique peut travailler une éternité dans l’ombre d’un laboratoire. Comme chercheur, j’avais perdu pour ma part le contact avec l’extérieur. Tara, de ce point de vue, m’a beaucoup apporté, énormément enrichi. J’ai retrouvé le contact avec la société civile. Tara m’a fait sortir de ma tour d’ivoire. Nous avons amené aussi la science au grand public et aux enfants, et ça, c’est génial!»

Diplômé de biophysique à la faculté des Sciences de Paris, Éric Karsenti a rejoint assez tôt la cime des vagues, en naviguant notamment avec Éric Tabarly. Au fil du temps, l’océan est devenu un de ses domaines de prédilection. Directeur de recherche au CNRS, chef d’unité au Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL), il a contribué à la compréhension des mécanismes moléculaires gouvernant le cycle cellulaire. Ses pairs assurent qu’il a développé « une nouvelle approche qui a aidé à comprendre comment la forme des cellules et leur division émergent d’interactions complexes et dynamiques.»

Son « œuvre  » à bord de Tara, fruit de son imagination, mais aussi d’une collaboration interdisciplinaire intense entre une armée de chercheurs, a abouti entre autres, durant l’odyssée Tara Oceans, à la récolte, dans les écosystèmes marins, d’une banque de données planctoniques de 28 000 échantillons. Un vrai « trésor scientifique » aujourd’hui à l’étude pour de longues années, dont les résultats, prometteurs, commencent à être publiés. « Le projet Tara Oceans, dit-il, s’est tellement professionnalisé que ses recherches ont acquis une vraie crédibilité auprès de la communauté scientifique. Et cela, c’est un élément de satisfaction. » Grâce encore à Tara, Éric Karsenti (dont le portrait a d’ailleurs été publié dans la prestigieuse revue Nature en septembre 2013) a d’autres raisons d’être « comblé. » Car les souvenirs fusent. « Je me souviens de cette équipe de Thalassa montée à bord en 2009 au début de l’expédition, qui devait réaliser un 5 minutes chaque vendredi, pendant que les scientifiques mettaient en place les protocoles. Tout le monde était un peu stressé. C’était tendu, sympa, parfois drôle!»

«Nous avons amené aussi la science au grand public et aux enfants, et ça, c’est génial!»

Impossible, non plus, d’oublier, à bord, cette mer démontée entre Buenos Aires et Ushuaïa en novembre 2010, avec un vent de 30 à 80 nœuds pendant trois semaines. «Comme chef scientifique, j’assurais le routage en fonction des conditions météo avec le capitaine Hervé Bourmaud, en utilisant des cartes satellites et des masses d’eau à échantillonner. Il fallait choisir la bonne stratégie de navigation pour arriver au bon endroit au bon moment. C’était très intéressant. Un peu comme dans un jeu vidéo en temps réel…» Sacré Éric Karsenti ! En savoir plus

Michel Temman, rédacteur en chef du journal Tara “spécial 10 ans”