« Et puis tout est devenu blanc… »

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16 décembre 2009

Ça commence par des bruits dans la coursive ; des pas rapides et chancelants…

« Hervééé ! » – c’est Fabrizio l’officier de pont qui appelle, et il a l’air nerveux. Terminé la sieste à bord de Tara : on est en train d’essuyer un grain, et celui ci s’est pointé sans prévenir !

D.Sauveur/Tara Expéditions.  Sur le pont de Tara pendant la tempête. Fabrizio et François en train d'abattre les voiles.

D.Sauveur/Tara Expéditions.
Sur le pont de Tara pendant la tempête. Fabrizio et François en train d’abattre les voiles.

Tension. L’équipage saute dans les cirés et les combinaisons : tout le monde se presse vers le pont. Une frénésie s’empare du navire, encore silencieux il y a quelques instants. Hervé sort de sa cabine au pas de charge et à voir son visage je suis sûr qu’il se passe quelque chose. Il faut faire vite : le vent a tourné très rapidement et la mer n’a pas eu le temps de suivre et de se former ; elle commence à croiser. La Méditerranée est comme ça, hystérique, une mer « casse-bateaux », et la manœuvre va être dure à négocier.
« J’ai vu arriver le grain, et puis tout est devenu blanc… Je ne m’attendais pas à ça. », fait Olivier, le second. Entre la pluie et l’écume on a un peu l’impression d’être enrobés dans un nuage.

Tension. Dans les bouts comme sur les visages des hommes à la manœuvre. Eric a empoigné un winch sur le pont arrière ; son sourire habituel a quitté son visage barbu de petit Neptune. Fabrizio parcourt le pont à grandes enjambées hâtives. Guillaume est déjà monté sur la baume, dents serrées, accroché à la voile. Autour du mât, il y a aussi François et Denys, au taquet comme on dit, à s’esquinter les mains sur les cordes. On a trop de toile pour un temps comme ça et il faut affaler la Grande Voile arrière. Une manœuvre délicate alors que le bateau se fait secouer dans tous les sens au milieu d’une mer démontée.

Abrités derrière le cockpit, le reste des passagers suit attentivement les évènements. Nos scientifiques n’ont plus besoin d’envoyer toutes sortes d’engins à la mer pour prélever de l’eau, sur le pont elle leur arrive par paquets plein la tête !
Hervé dirige les opérations avec tout son savoir faire de vieux pirate ; on sent qu’il connaît son bateau et je devine même qu’il doit y prendre un certain plaisir… Très vite il quitte la barre à peine la manœuvre terminée pour aller sur le pont accueillir l’équipage d’un grand rire sympathique. Le bateau est recalé face aux vagues et le grain commence à passer. Il faut maintenant ferler la voile, et c’est lui qui s’y colle en compagnie de Denys et François.

Voilà que c’est fini, ou presque… Le temps n’est pas prêt de se calmer et le jour va bientôt tomber, entraînant dans l’écume un soleil tout blanc. La nuit va être longue, à tirer des bords au large de l’Egypte alors qu’on annonce la fermeture du port d’Alexandrie pour cause de météo infréquentable. On ne sera pas à l’heure pour assurer le protocole mais tant pis ; aujourd’hui on a senti qu’on était bien en mer…

David Sauveur