Etienne Bourgois et Romain Troublé : “le lien entre les acteurs du terrain et les politiques”

© G.Bounaud/Tara Expéditions

15 février 2015

Etienne Bourgois est l’initiateur et le président de Tara Expéditions. Avec Romain Troublé le secrétaire général de Tara, ils se partagent la responsabilité du projet. De leur propre aveu, ils ont trouvé « l’accord parfait ».

Etienne qui est avant tout, directeur général d’agnès b, intervient sur la stratégie et la vision à  long terme de Tara Expéditions. Il se définit aussi comme un « agitateur ». Romain œuvre lui au quotidien pour Tara. Interview à deux voix.

On n’a pas l’habitude de vous entendre ensemble. Qu’est ce qui vous lie ?

Etienne Bourgois : Nous sommes tous les deux passionnés de mer, d’aventure et d’environnement. Il y a aussi sans doute chez nous un grain de folie car nous avons pris beaucoup de risques avec ce projet depuis plus de 10 ans. Paradoxalement c’est ce qui fait que nous ne nous ennuyons pas et que le projet dure !

Romain Troublé : Ce qui nous lie c’est le bonheur, grâce à Tara, de rencontrer des gens fantastiques, compétents et si différents à la fois. Je pense que nous sommes tous les deux conscients de cette richesse.

Bonne année même avec un petit peu de retard… Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour cette année 2015 ?

Etienne Bourgois : Que la Conférence sur le climat à Paris à la fin de cette année soit à la hauteur de nos attentes et que la France entraine l’Europe à cette occasion sur le chemin concret de l’environnement.

Romain Troublé : Pour compléter, je souhaite que l’Océan prenne plus de place dans les discussions sur le climat dans les prochaines années. Et aussi que nos partenaires, si importants, soient toujours fiers de leur engagement à nos cotés.

Qu’allez vous faire cette année justement dans le cadre de la Conférence sur le Climat ?

Romain Troublé : Nous souhaitons mettre en évidence les relations entre l’Océan et le Climat par le biais d’évènements, de conférences et des escales de Tara. Nous sommes membre et consacrons beaucoup d’énergie à la Plateforme Océan et Climat qui réunit près d’une quarantaine d’organismes scientifiques, d’universités, d’organisations à but non lucratif, de fondations, de centres de science, d’établissements publics et d’associations d’entreprises avec l’appui de I’UNESCO. Cette plateforme collaborative a vraiment pour but d’apporter plus de visibilité aux enjeux liant l’Océan et le Climat avant et pendant la Conférence Climat de Paris en décembre 2015.

Tara a développé un volet plus citoyen ces dernières années…

Etienne Bourgois : Le bateau est bien sûr toujours aussi important, c’est notre principal outil et symbole. Mais nous avons passé énormément de temps en mer depuis plus de 10 ans, il est important aussi de prendre du temps pour restituer le fruit de nos recherches et de nos expériences auprès du grand public et des décideurs. Il est primordial pour nous de faire le lien entre les acteurs sur le terrain et les décideurs politiques. C’est pourquoi nous développons notamment notre engagement environnemental. C’est à dire notre présence lors de discussions internationales sur l’Océan. C’était le cas par exemple il y a quelques jours à l’ONU sur la question du statut juridique de la Haute Mer, c’est une bataille que nous menons depuis près de trois ans. Les nations se sont mises d’accord pour lancer les négociations sur ce futur statut juridique de la Haute Mer qui représente tout de même la moitié de la planète. Pour nous, c’est un grand pas en avant qui annonce cinq années de négociations.

Quels sont les temps forts pour vous cette année ?

Etienne Bourgois : Le point d’orgue de notre année 2015 sera la venue de Tara à Paris durant les deux derniers mois de l’année. Nous « apporterons » l’Océan à Paris. Avant cela, un premier moment fort aura lieu le 8 juin à l’UNESCO lors d’une conférence internationale « Océan et Climat » organisée avec la France, Monaco et l’UNESCO. Il est prévu ce jour là un appel des scientifiques auprès des politiques.

Aussi au programme pour Tara : un documentaire long métrage que nous co-produisons, diffusé en prime time en novembre toujours sur le thème de l’Océan et du Climat.

Romain Troublé : Un autre volet important cette année concerne notre programme sur le plastique et les suites de l’expédition Tara Méditerranée 2014. Après le constat, que fait-on ? Afin de rassembler de nombreux acteurs du secteur en Méditerranée, nous organisons à Monaco, les 10 et 11 mars prochain avec Surfrider Foundation Europe, la Fondation Mava et la Fondation Prince Albert II de Monaco la conférence « Plastique en Méditerranée : Au delà du constat, quelles solutions ? ».

Et à la Base Tara à Paris nous organiserons cette année un cycle d’expositions, de projections et de conférences sur les thèmes qui nous sont chers.

Tara est en chantier. Dans quel état est-il rentré de Méditerranée en novembre dernier ?

Etienne Bourgois : Les moteurs sont rentrés fatigués de cette expédition. Ils ont été éprouvés par le fait de tourner au ralenti pendant les nombreuses stations scientifiques. La priorité de ce chantier est donc de les reconditionner. Nous avons aussi spécialement fabriqué deux trappes dans le plancher du carré pour pouvoir les sortir. Avant il nous fallait découper et ressouder le plancher à chaque fois !

Romain Troublé : Aujourd’hui le bateau est au sec car l’équipe travaille aussi sur les œuvres vives du bateau. Ainsi que sur l’électricité : tout l’éclairage des cabines, du pont, des mâts et des machines va être remplacé par des leds.

En quoi va consister l’expédition de Tara sur le Corail dont le départ aura lieu en 2016 ?

Etienne Bourgois : On avait commencé le travail sur le corail pendant l’expédition Tara Oceans entre 2009 et 2012 mais nous ne l’avions pas approfondi. Cette grande expédition conçue avec les excellents scientifiques avec lesquels nous avons l’habitude de travailler et d’autres en sera l’occasion.

Romain Troublé : Le corail est le seul animal que l’on voit de l’espace. Les récentes estimations indiquent qu’environ 20% des récifs ont définitivement disparu, que 25% sont en grand danger et que 25% supplémentaires seront menacés d’ici à 2050. C’est dans ce contexte que s’intègre la mission de Tara sur le Corail entre 2016 et 2018 qui se fera aussi en collaboration avec des laboratoires asiatiques. La zone de recherche s’étendra de la Colombie, à l’Indonésie, via la Polynésie, le Japon, la Nouvelle Calédonie, la Papouasie, Palau, et Taiwan. Nous approchons à la fin de la phase de définition scientifique de l’expédition. Et ce que je peux vous dire, c’est que la plongée pendant cette expédition constituera un nouveau volet de l’histoire de Tara et ça c’est très excitant !

Avez vous des projets d’expéditions polaires pour Tara ?

Etienne Bourgois : Nous avons de grandes ambitions pour la prochaine mission polaire de Tara en 2019. Nous prenons donc le temps de la préparer. Surtout, et ça c’est un scoop, nous commençons aussi à réfléchir à la construction d’un concept de base polaire, et d’un nouveau bateau, une sorte de fils ou de fille pour Tara !

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